Israël-Usa .
En dépit des liens d’amitié et de complicité qu’entretient
Israël avec les Etats-Unis, celui-là ne s’empêche guère
d’espionner son puissant allié. Des scandales que les deux
parties tentent d’étouffer rapidement.
Un ami, mais aussi un voyeur
«
L’allié stratégique de Washington », « L’espion le plus
agressif contre les Etats-Unis ». Deux qualificatifs aussi
contradictoires désignant Israël auprès des Etats-Unis.
Malgré la parfaite harmonie, que personne ne peut nier,
entre les deux pays, des affaires d’espionnage en faveur
d’Israël se manifestent au grand jour.
Des zones d’ombre dans les relations « stratégiques »
israélo-américaines qui ne manquent pas de provoquer
certaines frictions, mais sans toutefois affecter l’alliance
israélo-américaine qui va toujours bon train. En fait,
Israël possède une longue histoire d’espionnage contre les
Etats-Unis, qui remonte au début même de la création de l’Etat
hébreu. La première affaire d’espionnage a vu le jour, en
juin 1948. Elle impliquait Ephreïm Ben Artez, le premier
attaché militaire israélien à Washington. Celui-ci a
embauché des agents, les a entraînés aux méthodes
d’espionnage à l’utilisation de l’encre sympathique et des
codes dans les correspondances. Mais après Ephreïm, la liste
d’espions pour le compte d’Israël s’est encore allongée.
L’affaire la plus importante était signée Jonathan Pollard.
Cet officier de la marine US a été condamné en 1985 à la
prison à vie pour avoir communiqué depuis 1980 des mètres
cubes de documents aux services secrets israéliens. Des
documents de toutes sortes sur les cibles des implantations
de la NSA à travers le monde, des données sensibles sur
l’activité des services de renseignements américains au
Moyen-Orient, des éléments aussi stratégiques que les noms
des informateurs des Etats-Unis au sein des différents
gouvernements arabes.
A l’époque, l’Etat hébreu avait promis d’empêcher
l’espionnage à l’intérieur des Etats-Unis. Une promesse qui
n’ a jamais été respectée. L’affaire la plus récente est
devant la justice américaine depuis 2005. Elle concerne deux
lobbyistes pro-israéliens, Steven Rosen et Keith Weissman,
qui travaillaient pour le lobby israélien le plus puissant,
l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Committee).
L’un est le directeur politique du lobby et l’autre est
spécialiste de l’Iran.
I
ls
sont accusés d’avoir transmis à des personnes non
autorisées, Israël en l’occurrence, des informations
classées secret défense, sur le réseau d’Al-Qaëda, sur
l’Iran, sur la région d’Al-Khobar en Arabie saoudite et sur
les Israéliens dans le nord de l’Iraq.
Le juge du tribunal fédéral d’Alexandria a, à la demande de
la défense, convoqué la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice,
ainsi que le conseiller présidentiel américain à la sécurité
nationale, Stephen Hadley, pour audience en janvier.
Treize autres actuels ou anciens hauts responsables
gouvernementaux, dont l’ancien numéro deux du Pentagone,
Paul Wolfowitz, sont également appelés à déposer dans ce
procès.
« Les accusés estiment que le témoignage de ces responsables
actuels ou passés tendront à montrer que leurs actions ne
reflètent rien d’autre que la pratique officielle des
discussions par des canaux officieux, bien connue à
Washington ».
Le dossier risque cependant d’être classé, comme ses
précédents sans toucher à la relation entre Washington et
Israël. La nouveauté réside pourtant dans le fait que c’est
la première fois où une affaire d’espionnage est intimement
liée à un des puissants lobbies juifs.
La « Franklin Get » avait déjà vu l’implication de l’AIPAC
mais différemment. C’est l’exemple type de l’influence
sioniste dans la politique des Etats-Unis. Franklin était un
chef-analyste au Pentagone dans le Bureau des Plans Spéciaux
(Office of Special Plans, OSP). C’est dans ce bureau que
Franklin avait travaillé en étroite collaboration avec
Douglas Feith, sous-secrétaire à la Défense en gonflant les
informations fournies par les services de renseignements sur
l’Iraq, ce qui a mené à son invasion. Il a travaillé aussi à
promouvoir l’agenda israélien en vue d’une confrontation
USA-Iran, et cela malgré l’opposition forte du département
d’Etat, de la CIA, du renseignement militaire et des
commandants sur le terrain. Toutes ces informations, il les
aurait transmises à l’AIPAC, puisqu’il collaborait avec les
deux lobbyistes impliqués, dans le procès actuel. Franklin a
plaidé coupable après une série d’audiences à huis clos et a
été condamné à 12 ans et 7 mois de prison, mais l’AIPAC a
été acquitté.
On se demande d’ailleurs pourquoi Israël prend tant de
risques pour espionner Washington, alors que
l’Administration américaine quelqu’elle soit place sa
sécurité parmi ses priorités ? Saïd Okacha, politologue,
estime que « dans le jeu de la politique, il n’y a ni amis
permanents ni ennemis durables. C’est une question
d’intérêts. Or, les intérêts israéliens et américains se
croisent et se confondent aujourd’hui, mais ils pourraient
aussi diverger demain ».
Okacha rappelle que dans les années 1960, parmi les
priorités de la politique américaine était de limiter
l’accès au nucléaire, y compris pour Israël. Aujourd’hui,
Israël jouit du soutien américain inconditionnel dans ce
domaine. Alors, il est très important pour Israël, de
guetter au fur et à mesure tout changement dans
l’Administration américaine qui pourrait se révéler
contraire aux intérêts israéliens. L’Etat hébreu anticipe,
encouragé, semble-t-il par le silence américain ou la
non-action sur les affaires d’espionnage dévoilées. A aucun
moment, les autorités américaines n’ont ouvertement
protesté. C’est ce que Gamal Mazloum, expert stratégique
égyptien, explique par le fait que Washington ne veut pas se
trouver dans une situation embarrassante. Israël est pour
les USA un veau d’or, mais qui sait donner des coups de
sabot .
Aliaa
Al-Korachi