Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un ami, mais aussi un voyeur
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Israël-Usa . En dépit des liens d’amitié et de complicité qu’entretient Israël avec les Etats-Unis, celui-là ne s’empêche guère d’espionner son puissant allié. Des scandales que les deux parties tentent d’étouffer rapidement.

Un ami, mais aussi un voyeur

« L’allié stratégique de Washington », « L’espion le plus agressif contre les Etats-Unis ». Deux qualificatifs aussi contradictoires désignant Israël auprès des Etats-Unis. Malgré la parfaite harmonie, que personne ne peut nier, entre les deux pays, des affaires d’espionnage en faveur d’Israël se manifestent au grand jour.

Des zones d’ombre dans les relations « stratégiques » israélo-américaines qui ne manquent pas de provoquer certaines frictions, mais sans toutefois affecter l’alliance israélo-américaine qui va toujours bon train. En fait, Israël possède une longue histoire d’espionnage contre les Etats-Unis, qui remonte au début même de la création de l’Etat hébreu. La première affaire d’espionnage a vu le jour, en juin 1948. Elle impliquait Ephreïm Ben Artez, le premier attaché militaire israélien à Washington. Celui-ci a embauché des agents, les a entraînés aux méthodes d’espionnage à l’utilisation de l’encre sympathique et des codes dans les correspondances. Mais après Ephreïm, la liste d’espions pour le compte d’Israël s’est encore allongée. L’affaire la plus importante était signée Jonathan Pollard. Cet officier de la marine US a été condamné en 1985 à la prison à vie pour avoir communiqué depuis 1980 des mètres cubes de documents aux services secrets israéliens. Des documents de toutes sortes sur les cibles des implantations de la NSA à travers le monde, des données sensibles sur l’activité des services de renseignements américains au Moyen-Orient, des éléments aussi stratégiques que les noms des informateurs des Etats-Unis au sein des différents gouvernements arabes.

A l’époque, l’Etat hébreu avait promis d’empêcher l’espionnage à l’intérieur des Etats-Unis. Une promesse qui n’ a jamais été respectée. L’affaire la plus récente est  devant la justice américaine depuis 2005. Elle concerne deux lobbyistes pro-israéliens, Steven Rosen et Keith Weissman, qui travaillaient pour le lobby israélien le plus puissant, l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Committee).

L’un est le directeur politique du lobby et l’autre est spécialiste de l’Iran.

Ils sont accusés d’avoir transmis à des personnes non autorisées, Israël en l’occurrence, des informations classées secret défense, sur le réseau d’Al-Qaëda, sur l’Iran, sur la région d’Al-Khobar en Arabie saoudite et sur les Israéliens dans le nord de l’Iraq.

Le juge du tribunal fédéral d’Alexandria a, à la demande de la défense, convoqué la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, ainsi que le conseiller présidentiel américain à la sécurité nationale, Stephen Hadley, pour audience en janvier.

Treize autres actuels ou anciens hauts responsables gouvernementaux, dont l’ancien numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, sont également appelés à déposer dans ce procès.

« Les accusés estiment que le témoignage de ces responsables actuels ou passés tendront à montrer que leurs actions ne reflètent rien d’autre que la pratique officielle des discussions par des canaux officieux, bien connue à Washington ».

Le dossier risque cependant d’être classé, comme ses précédents sans toucher à la relation entre Washington et Israël. La nouveauté réside pourtant dans le fait que c’est la première fois où une affaire d’espionnage est intimement liée à un des puissants lobbies juifs.

La « Franklin Get » avait déjà vu l’implication de l’AIPAC mais différemment. C’est l’exemple type de l’influence sioniste dans la politique des Etats-Unis. Franklin était un chef-analyste au Pentagone dans le Bureau des Plans Spéciaux (Office of Special Plans, OSP). C’est dans ce bureau que Franklin avait travaillé en étroite collaboration avec Douglas Feith, sous-secrétaire à la Défense en gonflant les informations fournies par les services de renseignements sur l’Iraq, ce qui a mené à son invasion. Il a travaillé aussi à promouvoir l’agenda israélien en vue d’une confrontation USA-Iran, et cela malgré l’opposition forte du département d’Etat, de la CIA, du renseignement militaire et des commandants sur le terrain. Toutes ces informations, il les aurait transmises à l’AIPAC, puisqu’il collaborait avec les deux lobbyistes impliqués, dans le procès actuel. Franklin a plaidé coupable après une série d’audiences à huis clos et a été condamné à 12 ans et 7 mois de prison, mais l’AIPAC a été acquitté.

On se demande d’ailleurs pourquoi Israël prend tant de risques pour espionner Washington, alors que l’Administration américaine quelqu’elle soit place sa sécurité parmi ses priorités ? Saïd Okacha, politologue, estime que « dans le jeu de la politique, il n’y a ni amis permanents ni ennemis durables. C’est une question d’intérêts. Or, les intérêts israéliens et américains se croisent et se confondent aujourd’hui, mais ils pourraient aussi diverger demain ».

Okacha rappelle que dans les années 1960, parmi les priorités de la politique américaine était de limiter l’accès au nucléaire, y compris pour Israël. Aujourd’hui, Israël jouit du soutien américain inconditionnel dans ce domaine. Alors, il est très important pour Israël, de guetter au fur et à mesure tout changement dans l’Administration américaine qui pourrait se révéler contraire aux intérêts israéliens. L’Etat hébreu anticipe, encouragé, semble-t-il par le silence américain ou la non-action sur les affaires d’espionnage dévoilées. A aucun moment, les autorités américaines n’ont ouvertement protesté. C’est ce que Gamal Mazloum, expert stratégique égyptien, explique par le fait que Washington ne veut pas se trouver dans une situation embarrassante. Israël est pour les USA un veau d’or, mais qui sait donner des coups de sabot .

Aliaa Al-Korachi

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Un Etat dans l’Etat 

Les organisations pro-israéliennes aux Etats-Unis ont un pouvoir des plus intimidants. En voici quelques-unes parmi les plus en vue.

1. L’AIPAC : Comité américano-israélien des affaires publiques

Créé en 1951 aux Etats-Unis, l’AIPAC est l’organisation la plus puissante qui influence les relations de l’Amérique avec Israël. Sa mission est de : pratiquer le lobbying auprès des membres du Congrès pour que la politique étrangère des Etats-Unis soit toujours favorable à l’Etat hébreu, d’un point de vue politique, sécuritaire, et surtout financier. L’AIPAC compte aujourd’hui 100 000 membres et 165 employés et dispose d’un budget annuel de 45 millions de US$. Il dispose également de nombreux bureaux dans la plupart des Etats américains mais également d’un siège social à Washington proche du Congrès. L’AIPAC s’appuie sur un réseau de plus de 70 organisations qui lui sont affiliées, dont les représentants siègent à son conseil directeur. Cette organisation a le droit de participer aux travaux des commissions parlementaires, d’élaborer des propositions de résolutions ou de lois à soumettre ensuite au vote du Congrès, de nommer des membres dans les cabinets des élus. Son influence est telle que tout membre du Congrès qui oserait critiquer Israël deviendrait la cible du réseau de l’AIPAC.

2. L’ADL : La Ligue de l’anti-diffamation

C’est l’un des principaux organes d’intimidation, de diffamation, de manipulation et de désinformation pro-israéliens. Une des officines de manipulation aux Etats-Unis en faveur l’Israël. Créée en 1949, cette ligue est à l’origine une association de lutte contre l’antisémitisme. Aujourd’hui, elle s’est transformée en défenseur vigilant du sionisme, surveille ceux qui critiquent Israël et lance des campagnes médiatiques pour les « démolir » au sein de l’opinion publique.

3. L’AJC : Comité américano-juif

Organisation créée en 1906 par des juifs venus d’Allemagne qui voulaient défendre les droits de leur communauté en expansion aux Etats-Unis. Antisioniste à l’origine, elle se convertit au sionisme après 1945. Au départ, il s’agissait de soutenir les immigrés juifs s’installant aux Etats-Unis, une fois l’Etat d’Israël créé et les juifs bien installés aux Etats-Unis, la priorité devint la défense du nouvel Etat. L’AJC s’occupe particulièrement des « affaires étrangères » du lobby.

4. Les « Think Tanks » : Comités locaux et laboratoires de pensée

117 comités locaux poursuivent sur le terrain les mêmes objectifs généraux que ceux des structures nationales. Le militantisme pro-sioniste de terrain est nourri par le travail idéologique réalisé par un certain nombre de laboratoires de pensée (Think Tanks) parmi lesquels se détachent :

L’Institut de Washington pour la politique proche-orientale

L’Institut d’Entreprise américaine

La Fondation pour la défense de la démocratie, créée par Bush après le 11 septembre.

5. CUFI : Chrétiens unis pour Israël

Organisation fondée fin 2005 par John Hagee, la figure sioniste chrétienne la plus puissante et la plus influente en Amérique. Le CUFI a pour mission de transformer 50 millions d’évangélistes en militants de guerre. La fonction de ce groupe est de propager la théologie sioniste dans les Eglises évangéliques et au-delà, de sorte que le soutien aux offensives israéliennes soit perçu par une majorité d’Américains comme un devoir religieux. John Hagee a indiqué avant sa création que le groupe serait une version chrétienne - et plus puissante – de l’Aipac et que les activités du lobby équivaudraient à un « véritable séisme politique ».

6. PAC : Les Comités des actions politiques

Les PAC sont des organismes locaux qui font sur le terrain le même travail que les lobbies à Washington : campagnes d’opinion, pressions sur les élus, soutien électoral. Les PAC pro-israéliens sont au nombre d’une quarantaine, mais se cachent sous des identités diverses et anodines, évitant ainsi d’apparaître comme des organes de soutien à un pays étranger. Ils jouent un rôle-clé au moment des élections. Très actifs, ils sont capables d’organiser le déplacement des votes entre Républicains et Démocrates pour barrer la route à tout candidat qui ne leur conviendrait pas et d’apporter un soutien financier à son adversaire .

Chaïmaa Abdel-Hamid

 

 




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