Al-Ahram Hebdo, Egypte | Femmes et coptes, abstenez-vous
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Egypte

Frères musulmans. Ils se sont finalement prononcés dans leur programme politique sur le poste de président de la République, le limitant aux hommes et aux musulmans.

Femmes et coptes, abstenez-vous

Les femmes et les coptes n’ont pas le droit d’occuper le poste de président de la République, la version finale du programme des Frères musulmans par lequel ils veulent se constituer en parti n’est guère surprenante. Elle met cependant fin à de multiples spéculations. « Cette décision est finale et indiscutable. La création d’un parti politique doit refléter l’idéologie et les principes de ses fondateurs », affirme Mohamad Habib, le numéro 2 de la confrérie. S’il y a eu débat sur la question, celui-ci a opposé l’ancienne garde au courant réformateur. Les membres du bureau politique étaient en effet divisés sur la légitimité, du point de vue islamique, d’un accès d’une femme ou d’un copte à la magistrature suprême. Le guide suprême de la confrérie, Mahdi Akef, est venu dire le mot de la fin : « La présence d’une femme ou d’un non-musulman à la tête d’un Etat islamique serait contraire aux principes de la charia et à l’idéologie des Frères musulmans ».

Les Frères musulmans avaient annoncé il y a quelques mois leur intention de créer un parti politique sans passer par les voies d’accréditation officielles. La confrérie avait alors annoncé une première version du programme de ce parti qu’elle a soumis à la classe politique pour recueillir son avis. Or, l’attitude de la confrérie par rapport à la participation des femmes et des coptes restait floue. La version finale du programme, annoncée cette semaine, apporte donc une réponse à la question. Cette décision prouve que le courant « réformateur » au sein de la confrérie reste marginal. « Les Frères ont voulu se démarquer du courant laïque et garder leurs principes idéologiques fondamentaux sur lesquels ils basent leur légitimité de groupe religieux conservateur », analyse Diaa Rachwan, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Plusieurs membres de la confrérie avaient soutenu l’idée de la citoyenneté et de l’Etat civil acceptant que le poste de président soit ouvert à tous les citoyens. C’est le cas de Essam Al-Eriane, un des cadres de la confrérie exclu des débats sur le programme du parti étant donné ses positions jugées trop conciliantes. « Cette décision nuit au programme du parti et à sa forme démocratique », proteste Al-Eriane. Avis partagé par Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, membre de la direction de la confrérie qui pense que le choix du président doit revenir au peuple.

La décision des Frères relance les craintes sur leur position vis-à-vis de la démocratie et leur conception de la citoyenneté. La percée des Frères lors des récentes élections législatives où ils ont obtenu 88 sièges avait alimenté les craintes de la communauté copte. L’ancien guide de la confrérie Moustapha Machehour avait provoqué une polémique il y a dix ans en déclarant que les coptes ne doivent pas accomplir le service militaire et qu’ils doivent s’acquitter de la guézya (somme versée par les non-musulmans dans un Etat islamique en échange de laquelle ils ont la garantie de la sécurité pour leurs biens et leurs âmes). Mohamad Habib tente d’apaiser les craintes. Pour lui, déterminer des critères de sélection pour le poste de président de la République n’est pas en contradiction avec l’Etat civil et le principe de la citoyenneté. « Nous respectons les coptes et nous respectons les femmes car l’islam nous y incite. Nous respectons aussi le principe d’un Etat civil. Nous disons franchement dans le programme que nous appelons à un Etat civil à référence islamique. Un Etat où tous les citoyens sont à pied d’égalité et ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Toutefois, nous pensons que les pouvoirs qui sont attribués au président de la République, comme par exemple la direction de l’armée, ne sont pas compatibles avec la nature de la femme et son rôle social. De même, les prérogatives attribuées au président en ce qui concerne les affaires des musulmans comme les mosquées, le pèlerinage, etc. ne peuvent pas être accomplies par un non-musulman », explique le numéro 2 de la confrérie.

Des arguments qui ne semblent pas convaincre les milieux coptes. Le célèbre homme d’affaires copte, Naguib Sawirès, a été l’un des premiers à réagir au programme des Frères. « Nous n’attendons pas les Frères musulmans pour nous donner des leçons sur la citoyenneté. Les coptes sont des Egyptiens et ont les mêmes droits que les musulmans. En quel honneur donc la confrérie se permet-elle de distribuer les postes à son gré ? », s’est demandé Sawirès. Il a également dénoncé ce qu’il a appelé le « flux religieux extrémiste » aussi bien islamique que copte. Ibrahim Eissa, rédacteur en chef du quotidien indépendant Al-Dostour commente ironiquement : « Pourquoi cette controverse sur les critères de sélection du président de la République ? Ne devons-nous pas avoir d’abord une élection libre et transparente ? Pour le moment, seul le PND peut proposer et soutenir un candidat à la présidence », conclut-il.

May Al-Maghrabi

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En bref

Frères musulmans
Onze membres des Frères musulmans ont été interpellés vendredi soir dans la région du Delta du Nil et placés en détention, a indiqué samedi une source au sein des services de sécurité. Ces onze personnes, accusées selon la même source d’« appartenance à une organisation illégale », ont été arrêtées lors d’un raid mené au domicile de l’une d’entre elles, à Sakla, une ville de la région de Mansoura. La veille, 22 autres membres ont été interpellés dans le gouvernorat de Charqiya à la suite d’accrochages au cours desquels six policiers ont été blessés, a indiqué une source au sein des services de sécurité. A Al-Salhiya Al-Guédida (nord), des Frères musulmans ont lancé des pierres sur des policiers venus les interpeller et ont tenté de les repousser en utilisant des bâtons, faisant six blessés parmi les forces de l’ordre, a expliqué cette source. La police a répliqué en lançant des grenades lacrymogènes sur les membres de la confrérie islamiste.

Emigration
Un bateau ayant émis un signal de détresse la semaine dernière a été retrouvé près de la Crète par les autorités grecques avec 100 clandestins égyptiens à son bord, selon un responsable au ministère des Affaires étrangères, Ahmad Al-Qoweisniya. « 85 cinq passagers ont été sauvés et (...) les recherches continuent pour les autres », a-t-il précisé. Un autre bateau transportant des clandestins égyptiens avait coulé à proximité des côtes italiennes une semaine auparavant faisant près de 150 victimes. Le fils cadet du président Hosni Moubarak, Gamal Moubarak, a jugé le phénomène « douloureux et regrettable », mais a refusé de faire le lien avec la situation économique, évoquant un taux de croissance de 7,2 % et la création de 400 000 emplois en deux ans. Le chef de la diplomatie, Ahmad Aboul-Gheit, a pour sa part promis que son ministère allait immédiatement entamer une étude sur le phénomène de l’immigration clandestine et « les moyens de le contrer ».

Nucléaire
Le ministre israélien des Affaires stratégiques, Avigdor Lieberman, s’est alarmé des projets nucléaires de l’Egypte, estimant qu’ils risquaient de mener à un « scénario apocalyptique », dans une interview au Jerusalem Post publiée vendredi. Lieberman est le chef du parti d’extrême droite russophone Israël Beiteinou (11 députés). « Leurs intentions doivent être prises au sérieux et visent à préparer le monde à ce qu’ils vont faire », a-t-il poursuivi, sans plus de précisions. Le président Hosni Moubarak a annoncé le 29 octobre que l’Egypte allait se doter de plusieurs centrales nucléaires civiles, relançant un programme gelé il y a 20 ans après la catastrophe de Tchernobyl, en 1986. Le Caire, qui a reçu l’immédiate bénédiction de Washington, a affirmé avoir opté pour le nucléaire civil, encadré internationalement, afin d’assurer sa sécurité énergétique.

 

 




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