Peine capitale.
Le Conseil national des droits de l’homme étudie la
possibilité de l’abolir.
La
question est au centre d’un vif débat.
Le droit à la vie en question
Faut-il abolir la peine de mort en Egypte ? La question est
au centre d’un vif débat politico-religieux. Le Conseil
national des droits de l’homme a annoncé cette semaine qu’il
entendait organiser un débat public sur la question. « Nous
avons demandé à des juristes, des hommes de religion et des
activistes des droits de l’homme de s’exprimer sur cette
question », affirme le vice-président du conseil, Ahmad
Aboul-Magd. « Nous pensons qu’il est nécessaire d’examiner
les normes d’application de la peine de mort », affirme
Aboul-Magd. Il ajoute qu’il existe une tendance
internationale vers l’abolition universelle de la peine
capitale.
La peine de mort est une sentence appliquée par le pouvoir
judiciaire consistant à retirer légalement la vie à une
personne ayant été reconnue coupable d’un crime qui
s’inscrit sous une qualification pénale passible de cette
peine. En Egypte, la peine de mort est applicable dans pas
moins de 70 cas de figure dont le meurtre avec
préméditation, le terrorisme, le viol et le trafic de
drogue, l’incendie avec préméditation, l’homicide aggravé et
l’espionnage. Une situation que les organisations des droits
de l’homme, qui font valoir le droit à la vie, jugent
abusive. « La peine de mort est reconnue comme une punition
cruelle, inhumaine et dégradante », souligne Ayman Oqeil,
directeur du Centre Maat pour les études des droits de
l’homme et coordinateur de l’Alliance égyptienne contre la
peine de mort. Cette alliance a été créée en août 2006 par
12 organisations non gouvernementales et 194 personnalités
publiques qui réclament l’abolition de la peine de mort en
Egypte.
Faut-il l’abolir ou non ? Les avis sont partagés. Alors que
les uns comme les ONG invoquent le droit à la vie,
l’irréversibilité de la peine et l’importance du pardon, les
autres appellent à la protection de la société et à la
nécessité de donner l’exemple pour dissuader les crimes.
Ainsi, les demandes d’abolition de la peine de mort
soulèvent l’opposition des islamistes. « Nous sommes contre
l’abolition de la peine de mort. Notre position émane de la
charia. C’est une bonne chose de défendre le droit à la vie.
L’islam incite à préserver la vie humaine. Mais où sont les
droits des victimes ? Celles qui ont été tuées par les
criminels. Va-t-on leur restituer leur vie perdue ? A ceux
qui réclament l’abolition de la peine de mort, je dis : que
ressentiriez-vous si la victime était l’un de vos enfants ?
Est-ce que vous allez défendre le droit à la vie du criminel
? », interroge Hamdi Hassan, porte-parole des Frères
musulmans au Parlement.
Pour lui,
l’islam incite au pardon. Mais ceux qui doivent pardonner
sont la famille de la victime. « Celui qui a tué doit être
tué, car c’est ainsi que la justice est rétablie. Cela évite
à la société la haine et les désirs de vengeance », ajoute
Hamdi Hassan assurant que l’islam prévoit la peine de mort
en cas de meurtre prémédité et d’inceste. Alors que la peine
capitale tend à reculer dans le monde, l’application de ce
châtiment a sensiblement augmenté au cours des dix dernières
années en Egypte. Amnesty International a recensé 530
condamnations à mort et 213 exécutions de 1991 à 2000 en
Egypte. Or, pendant la période de 1981-1990, l’organisation
avait recensé 179 sentences capitales et 35 exécutions.
Selon un rapport général sur l’application de la peine de
mort publié en mars 2001 par la Commission des Nations-Unies
pour la prévention du crime et la justice pénale, l’Egypte
fait partie des 12 pays où plus de 100 exécutions ont été
signalées en l’espace de cinq ans. En juin 2006, deux frères
avaient été exécutés pour trafic de drogue. A la fin de
l’année 2006, trois détenus avaient été condamnés à mort
pour leur participation supposée aux attentats terroristes
de Taba, en 2004.
Le
conseiller Adel Qoura, ancien président de la Cour de
cassation, et membre du Conseil national des droits de
l’homme, penche pour une suppression partielle de la peine
de mort. « Je pense que la peine de mort est nécessaire pour
punir certains crimes odieux. Et même dans ce cas, je crois
qu’il faut examiner chaque cas séparément. En revanche, je
pense qu’il est temps que cette peine soit supprimée dans
les autres cas de figure comme le trafic de drogue par
exemple et la remplacer par d’autres peines qui ne violent
pas le droit à la vie », propose Qoura.
Les
organisations des droits de l’homme en Egypte qui appellent
à l’abolition de la peine de mort affirment que cette peine
n’a pas permis de prévenir la criminalité. Ils basent leur
requête sur l’article 6 du Pacte international des droits
civils et politiques qui garantit le droit à la vie.
L’Egypte a ratifié ce pacte et d’autres conventions
internationales comme la Convention des droits de l’enfant,
la Convention contre la torture et les traitements cruels,
et le statut de la Cour pénale internationale qui interdit
le recours à la peine de mort. En revanche, Le Caire n’a pas
signé la Convention sur l’abolition de la peine de mort
conclue le 10 octobre 1981. La peine capitale n’est pas
appliquée dans la majorité des Etats de la planète. 89 pays
ont aboli le châtiment pour tous les crimes. Certains pays
se réservant la possibilité de l’appliquer uniquement pour
les crimes « exceptionnels ».
Depuis
quelques années, Le Caire subit des pressions dans les
cercles internationaux pour abolir la peine de mort. Hussein
Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement
Unioniste Progressiste (UPI, gauche), pense que «
l’application de cette peine n’apaise pas la famille de la
victime, car le criminel perd sa vie en un instant, mais
s’il reste 20 ou 25 ans en prison, cela sera peut-être mieux
», propose-t-il. Quant à Ayman Oqeil, il affirme : « Abolir
la peine capitale ne signifie pas défendre les criminels
comme pensent certains ».
En
Egypte, la peine capitale doit être approuvée par le mufti
de la République. Les sentences définitives sont finalement
transmises au président de la République à qui la loi
confère le pouvoir de commutation et de grâce. Pour les
partisans de l’abolition, une suppression de la peine de
mort permettrait une réflexion approfondie sur les peines
prévues pour les crimes les plus graves, dans le but de
sanctionner le criminel tout en travaillant à sa
réhabilitation.
Ola
Hamdi