Santé.
Un plan d’augmentation des salaires des médecins commence à
se concrétiser. Cependant, le chemin de la réforme du
secteur médical reste long.
Augmentation peu payante
De
600 à 1 000 %, telle est l’augmentation prévue pour les
salaires des médecins qui travaillent dans les hôpitaux
publics des « zones éloignées ». Cette augmentation
s’inscrit dans le cadre du plan que le ministère de la Santé
a annoncé depuis janvier et qui vise à améliorer les
conditions de vie et de travail du corps médical. Cette
nouvelle grille salariale permettrait également une
augmentation des salaires de l’ensemble des médecins
travaillant pour le secteur public.
Deux autres volets sont inclus dans ce même projet
concernant le développement des résidences des médecins à la
campagne et dans les provinces, qui se trouvent actuellement
dans un état lamentable, et la promulgation d’un projet de
loi sur la formation professionnelle permanente des
médecins. Ce projet de loi devra lier le renouvellement du
permis du travail aux compétences professionnelles des
médecins. Il devra faciliter la participation d’un plus
grand nombre de médecins aux conférences médicales locales
et internationales en leur assurant la couverture des frais
de transport et de logement.
Afin de mettre en œuvre le plan de réforme, le budget annuel
alloué au secteur de la santé devra passer de 4,8 à 5,8
milliards de L.E. « L’Etat adopte actuellement une politique
qui vise à la rationalisation de la subvention. Il s’agit de
préparer une base de données pour identifier les citoyens
qui en ont le plus besoin. Cette politique épargnerait à l’Etat
des milliards de L.E. qui seront utilisées dans la mise en
œuvre du plan de développement du secteur médical »,
explique Nasser Rasmi, responsable du secteur des hôpitaux
publics.
La décision d’améliorer les conditions des médecins a germé
l’an dernier à la suite des protestations des membres de
cette profession, qui réclamaient un statut salarial
amélioré à l’instar des professeurs des écoles. Pour faire
valoir leurs revendications, plusieurs centaines de médecins
s’étaient réunis à cette fin au siège de leur syndicat au
Caire. « Nous ne réclamons que nos droits et l’application
des promesses faites par le président Moubarak lors de sa
campagne électorale. Il avait promis de créer une grille
salariale spéciale pour les médecins », insiste pour sa part
Hamdi Al-Sayed, président du Syndicat des médecins.
Le Syndicat des médecins compte 175 000 membres dont 75 %
ont moins de 10 ans d’exercice. Le salaire de base mensuel
d’un médecin débutant se situe autour de 200 L.E., le
syndicat réclame au moins 500 L.E. comme salaire de base.
En effet, le parcours d’un médecin nouvellement diplômé
n’aide pas beaucoup à acquérir les compétences et
l’expérience nécessaires pour une carrière réussie. Muni de
son diplôme au bout de six ans d’études, le jeune médecin
s’engage dans une année d’internat obligatoire dans un des
hôpitaux classés « zones éloignées », à entendre par là les
provinces les plus éloignées de son gouvernorat de
résidence. Cette année est supposée permettre aux nouveaux
médecins d’acquérir une expérience « professionnelle ».
Cette année d’internat terminée, le médecin est ensuite
recruté dans un hôpital public de son gouvernorat avec un
salaire de 250 L.E., ce qui explique pourquoi la plupart des
médecins évitent la fonction publique préférant se disputer
les places très limitées aux hôpitaux privés, ou faute de
quoi traverser la mer Rouge ... Poursuivre les études de
spécialisation devient un luxe que seuls les médecins issus
de familles aisées peuvent se permettre.
Mais suffit-il d’augmenter les salaires pour changer
l’avenir du métier ? Atef Mahmoud Sadaqa, ancien directeur
de l’hôpital d’Imbaba pour les maladies infectieuses, répond
par l’affirmative. « Beaucoup de médecins compétents donnent
leur démission pour pratiquer dans leurs cabinets privés ou
dans les hôpitaux privés, où ils seront beaucoup mieux
payés. Avec une bonne rémunération, le ministère peut avoir
plus de chance à ne pas perdre ces médecins »,
souhaite-t-il.
Mais pour Akram Al-Chaër, médecin et député, ce plan ne
pourrait résoudre que la moitié du problème. « Il faut un
demi-million de L.E. pour former un bon médecin. Or, avec le
grand nombre d’étudiants en médecine, cela devient
impossible. Le résultat est que nous avons des médecins mal
formés. Comment peut-on envisager un programme de formation
continue pour tout ce nombre, un nombre quatre fois
supérieur à la capacité des hôpitaux », se demande Al-Chaër.
Hamdi Al-Sayed, est parfaitement d’accord. « Ce plan ne
serait efficace que s’il est accompagné d’une diminution du
nombre d’étudiants en médecine », affirme-t-il. Al-Sayed est
allé jusqu’à intenter un procès auprès du tribunal
administratif contre le ministère de l’Enseignement
supérieur pour réduire le nombre de candidats admis par les
facultés de médecine. Le tribunal a prononcé son verdict en
faveur du président du syndicat, mais le ministère a fait
appel.
Selon les chiffres officiels, 12 000 étudiants sont
accueillis chaque année dans les facultés de médecine. Les
moyens dont disposent ces facultés ne sont pas en accord
avec le nombre des étudiants, ce qui affecte le niveau des
médecins. Un problème qui risque de compromettre les efforts
centrés sur les salaires.
Marianne Youssef
Mirande Youssef