Al-Ahram Hebdo, Economie | Le pari burkinabé sur les OGM
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Economie

Agriculture . Le Burkina-Faso a décidé d'opter pour la culture du coton génétiquement modifié. Mais des incertitudes demeurent sur la rentabilité économique d'un tel choix.  

Le pari burkinabé sur les OGM 

Se lancer ou pas dans les cultures Génétiquement Modifiées (GM) ? Cette question, qui n'a pas encore trouvé de réponse dans de nombreux pays, semble être tranchée au Burkina-Faso, l'un des pays les plus pauvres d'Afrique. Ce petit pays de l'ouest de l'Afrique dont l'économie dépend lourdement de la culture et de l'exportation du coton sera bientôt le deuxième pays africain à se lancer dans cette technologie après l'Afrique du Sud. Cette dernière commercialise du Coton Génétiquement Modifié (CGM) depuis 1997.

L'histoire du Burkina résume celles de plusieurs autres pays du continent qui devraient prochainement suivre le même parcours, comme entre autres l'Egypte ou le Kenya. Cela fait actuellement 5 ans que le Burkina mène des expériences sur le coton BT, un coton génétiquement modifié capable de lutter contre certains parasites ravageurs. Cependant, personne ne connaît précisément les conséquences de ce passage du coton conventionnel au coton BT sur l'économie du pays, ni sur les cultivateurs. Par exemple, les négociations sur les prix des semences entre Monsanto (la firme américaine qui produit les semences du coton BT) d'une part, et les différents acteurs du marché au Burkina de l'autre, n'ont pas encore aboutis.

Lors de la consultation des experts sur la biotechnologie appliquée au coton qui s'est tenue du 29 au 31 octobre dernier à Ouagadougou, les commentaires sur le sujet n'ont été qu'hypothétiques. Mais cela ne semble pas freiner les Burkinabés à se lancer dans l'expérience. « J'espère que les négociations prendront fin demain pour commencer la culture du coton BT à grande échelle après-demain  », confie Jeremy Ouédraogo, parlementaire et membre de l'Association Biotech du Burkina. Il s'est montré optimiste en ce qui concerne le prix probable des semences du coton BT : « Monsanto n'a pas intérêt à augmenter le prix de façon à ce qu'il ne soit pas bénéfique aux cultivateurs pour qu'ils ne s'abstiennent pas de cultiver le coton BT » , prévoit-il.

Une confiance qui s'explique facilement. Le professeur Gnissa Kanoté, directeur de l'Institut de l'Environnement et de Recherches agricoles (INERA) au Burkina, rappelle les raisons qui ont mené les chercheurs et les autorités burkinabés à considérer la culture du coton BT. Selon lui, il y a eu des vagues d'attaques importantes de ravageurs, qui ont provoqué une chute de 50 % de la production du coton et donc une crise économique dans le pays.

Deux principaux avantages du coton BT (ou Bollgard 2) ont été exposés lors de la conférence organisée par le Comité consultatif international du coton (ICAC) et l'agence américaine pour le développement international (USAID), entre autres partisans des CGM. D'abord, le Bollgad 2 porte un gène qui tue certains parasites sans avoir recours aux pesticides. Ainsi, à la place de 6 traitements par pulvérisation pour le coton conventionnel, le Bollgard 2 n'en nécessite que deux. Ce qui garantit aux cultivateurs une lutte plus efficace contre certains ravageurs tout en économisant de l'argent et de l'effort, sans oublier l'effet positif sur l'environnement. Ensuite, il a été constaté lors des recherches que le Bollgard 2 donne un rendement de 26 % de plus en moyenne par hectare. Donc, théoriquement, la production augmentera et le coût de production diminuera.

Pas encore de quoi crier victoire. Car la réalité n'est pas aussi simple qu'il le semble. Tout d'abord, ces résultats ont été obtenus en laboratoire. Pour Jean Luc Hofs, chercheur au CIRAD (Centre de coopération International en Recherche Agronomique pour le Développement), il faut au moins trois années d'expérimentation en milieu paysan pour avoir une idée plus claire des avantages et des inconvénients du Bollgard 2. Alors que le Burkina en est à sa première année d'expérimentation en milieu naturel, et encore, sur une superficie très limitée de 1/2 hectare. De plus, « les variations climatiques et celles des populations des ravageurs d'une saison à l'autre peut sérieusement influencer les résultats surtout que la culture du coton au Burkina dépend de la pluie et pas de l'irrigation », explique Hofs.

En outre, un élément manque. Pour affirmer que le coton BT est intéressant, il faut connaître le prix des semences. Jean Luc Hofs rappelle qu'en 2002/2003, en Afrique du Sud, la sécheresse a engendré une baisse de la production dont les conséquences ont été plus néfastes pour les producteurs de coton BT, vu son coût de production plus cher. En effet, dans ce pays, les semences BT sont vendues 45 US$ l'hectare. « Il faut aussi prendre en compte la baisse du prix du coton sur le marché international ... », ajoute Hofs.

Au Burkina, un petit mouvement contre les OGM est né. Sa première inquiétude comme l'a fait entendre Ousmane Tiendrebeogo, membre de la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain et secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l'agro-pâturage, est le coût de production. « Aujourd'hui, les paysans payent 1 600 FCFA/hectare pour les semences (environ 3 dollars), les semences BT seront considérablement plus chères à cause des droits de propriétés intellectuelles. Le coût total de production augmentera même si des économies sont faites au niveau des pesticides », estime-t-il. A Monsanto, on s'abstient de révéler un prix quelconque pour les semences. « On ne peut pas fixer de prix sans connaître les bénéfices de la culture du coton BT au Burkina. Les prix diffèrent d'un pays à l'autre », annonçait un responsable de Monsanto lors de la conférence.


Faible part des exportations agricoles en Europe*  

*En millions de US$

Evolution des exportations agricoles égyptiennes vers l'UE

Source : Union européenne 

Bien que l'Union européenne soit le plus grand importateur de produits agricoles au monde (60 milliards d'euros/an), les exportations agricoles égyptiennes ne comptent que pour une faible part. Malgré une hausse continue ces dernières années, elles n'ont pas dépassé les 700 millions de US$. Alors que les 2/3 des importations agricoles européennes proviennent des pays en voie de développement.

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Les subventions occidentales publiques au coton conventionnel empêchent la culture africaine du coton de s’épanouir.

 Naufrage africain

La question du coton africain ne peut malheureusement pas être traitée sans parler des subventions occidentales. Le Burkina-Faso n’est guère une exception. C’est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, où le coton représente environ 60 % des exportations. En fait, bien que les coûts de production du coton en Afrique soient considérablement bas et bien qu’il s’agisse d’un coton de bonne qualité, le coton africain ne parvient pas à concurrencer le marché international en raison des subventions publiques. Les Etats-Unis versent d’énormes subventions à ces cultivateurs de coton, à savoir 1,5 milliard de dollars par an, qui bénéficient à quelque 15 000 cultivateurs. Alors qu’en Afrique de l’ouest, 16 millions de personnes vivent directement ou indirectement du coton. Le problème des subventions américaines est qu’elles encouragent les producteurs américains à cultiver en masse du coton, pour accroître l’offre mondiale. Par conséquent, les producteurs africains de coton se noient dans les difficultés. Ainsi, la filière cotonnière burkinabée, la Sofitex, n’a pas pu s’en sortir. Cette société qui joue un rôle d’encadrement pour la majeure partie du coton produit au Burkina cumule les pertes d’une année à l’autre. « La Sofitex perd environ 0,33 euro par kilo de fibre alors que le coût de production au Burkina est parmi les plus bas du monde. C’est en grande partie la faute aux subventions occidentales publiques », explique Gilbert Z. Kabore, chef de section Animation et communication de la Sofitex. « Le problème n’est pas seulement les subventions américaines, on nous empêche aussi de subventionner nos producteurs ! », renchérit Gnissa Kanoté, directeur de l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA) au Burkina. En effet, depuis 1991, le Burkina a cessé de verser toute sorte de subventions allouées à ces paysans sous l’ordre de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international qui ont réclamé cette mesure dans le cadre du programme d’ajustement structurel. En vain. A peine, en 2006, ils ont obtenu une suppression des subventions à l’export du coton américain et européen. Or, ces subventions ne représentent que 10 % du montant total des aides allouées aux producteurs de coton aux Etats-Unis.

 

 




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