Agriculture .
Le Burkina-Faso a décidé d'opter pour la culture du coton
génétiquement modifié. Mais des incertitudes demeurent sur
la rentabilité économique d'un tel choix.
Le pari burkinabé sur les OGM
Se
lancer ou pas dans les cultures Génétiquement Modifiées
(GM) ? Cette question, qui n'a pas encore trouvé de réponse
dans de nombreux pays, semble être tranchée au Burkina-Faso,
l'un des pays les plus pauvres d'Afrique. Ce petit pays de
l'ouest de l'Afrique dont l'économie dépend lourdement de la
culture et de l'exportation du coton sera bientôt le
deuxième pays africain à se lancer dans cette technologie
après l'Afrique du Sud. Cette dernière commercialise du
Coton Génétiquement Modifié (CGM) depuis 1997.
L'histoire du Burkina résume celles de plusieurs autres pays
du continent qui devraient prochainement suivre le même
parcours, comme entre autres l'Egypte ou le Kenya. Cela fait
actuellement 5 ans que le Burkina mène des expériences sur
le coton BT, un coton génétiquement modifié capable de
lutter contre certains parasites ravageurs. Cependant,
personne ne connaît précisément les conséquences de ce
passage du coton conventionnel au coton BT sur l'économie du
pays, ni sur les cultivateurs. Par exemple, les négociations
sur les prix des semences entre
Monsanto (la firme américaine qui produit les
semences du coton BT) d'une part, et les différents acteurs
du marché au Burkina de l'autre, n'ont pas encore aboutis.
Lors de la consultation des experts sur la biotechnologie
appliquée au coton qui s'est tenue du 29 au 31 octobre
dernier à Ouagadougou, les commentaires sur le sujet n'ont
été qu'hypothétiques. Mais cela ne semble pas freiner les
Burkinabés à se lancer dans l'expérience. « J'espère que
les négociations prendront fin demain pour commencer la
culture du coton BT à grande échelle après-demain »,
confie Jeremy Ouédraogo,
parlementaire et membre de l'Association
Biotech du Burkina. Il s'est
montré optimiste en ce qui concerne le prix probable des
semences du coton BT : « Monsanto
n'a pas intérêt à augmenter le prix de façon à ce qu'il ne
soit pas bénéfique aux cultivateurs pour qu'ils ne
s'abstiennent pas de cultiver le coton BT »
, prévoit-il.
Une confiance qui s'explique facilement. Le professeur
Gnissa
Kanoté, directeur de l'Institut de l'Environnement et
de Recherches agricoles (INERA) au Burkina, rappelle les
raisons qui ont mené les chercheurs et les autorités
burkinabés à considérer la culture du coton BT. Selon lui,
il y a eu des vagues d'attaques importantes de ravageurs,
qui ont provoqué une chute de 50 % de la production du coton
et donc une crise économique dans le pays.
Deux principaux avantages du coton BT (ou
Bollgard 2) ont été exposés lors
de la conférence organisée par le Comité consultatif
international du coton (ICAC) et l'agence américaine pour le
développement international (USAID), entre autres
partisans des CGM. D'abord, le Bollgad
2 porte un gène qui tue certains parasites sans avoir
recours aux pesticides. Ainsi, à la place de 6 traitements
par pulvérisation pour le coton conventionnel, le
Bollgard 2 n'en nécessite que
deux. Ce qui garantit aux cultivateurs une lutte plus
efficace contre certains ravageurs tout en économisant de
l'argent et de l'effort, sans oublier l'effet positif sur
l'environnement. Ensuite, il a été constaté lors des
recherches que le Bollgard 2
donne un rendement de 26 % de plus en moyenne par hectare.
Donc, théoriquement, la production augmentera et le coût de
production diminuera.
Pas encore de quoi crier victoire. Car la réalité n'est pas
aussi simple qu'il le semble. Tout d'abord, ces résultats
ont été obtenus en laboratoire. Pour Jean Luc
Hofs, chercheur au CIRAD (Centre
de coopération International en Recherche Agronomique pour
le Développement), il faut au moins trois années
d'expérimentation en milieu paysan pour avoir une idée plus
claire des avantages et des inconvénients du
Bollgard 2. Alors que le Burkina
en est à sa première année d'expérimentation en milieu
naturel, et encore, sur une superficie très limitée de 1/2
hectare. De plus, « les
variations climatiques et celles des populations des
ravageurs d'une saison à l'autre peut sérieusement
influencer les résultats surtout que la culture du coton au
Burkina dépend de la pluie et pas de l'irrigation »,
explique Hofs.
En
outre, un élément manque. Pour affirmer que le coton BT est
intéressant, il faut connaître le prix des semences. Jean
Luc Hofs rappelle qu'en
2002/2003, en Afrique du Sud, la sécheresse a engendré une
baisse de la production dont les conséquences ont été plus
néfastes pour les producteurs de coton BT, vu son coût de
production plus cher. En effet, dans ce pays, les semences
BT sont vendues 45 US$ l'hectare. « Il faut aussi prendre
en compte la baisse du prix du coton sur le marché
international ... », ajoute Hofs.
Au
Burkina, un petit mouvement contre les OGM est né. Sa
première inquiétude comme l'a fait entendre Ousmane
Tiendrebeogo, membre de la
Coalition pour la protection du patrimoine génétique
africain et secrétaire général du Syndicat national des
travailleurs de l'agro-pâturage,
est le coût de production. « Aujourd'hui, les paysans
payent 1 600 FCFA/hectare pour les semences (environ 3
dollars), les semences BT seront considérablement plus
chères à cause des droits de propriétés intellectuelles. Le
coût total de production augmentera même si des économies
sont faites au niveau des pesticides », estime-t-il. A
Monsanto, on s'abstient
de révéler un prix quelconque pour les semences. « On ne
peut pas fixer de prix sans connaître les bénéfices de la
culture du coton BT au Burkina. Les prix diffèrent d'un pays
à l'autre », annonçait un responsable de
Monsanto lors de la
conférence.