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Danse contemporaine.
La 1re édition de la Rencontre d’automne pour la scène
contemporaine arabe s’est achevée à Beyrouth (Liban) le 11
novembre, parallèlement à la rencontre du réseau DBM, Danse
Bassin Méditerranéen.
La ville qui ne connaît
pas d’automne
La
salle du théâtre Al-Madina, à Al-Hamra, craquait à
l’ouverture de l’AD 07, Automn Dance ou Rencontre de la
scène de danse contemporaine arabe. Rien que pour regarder
des spectacles de danse contemporaine. Les quelque 450
spectateurs qui occupent la salle, des jeunes pour la
plupart mais aussi une bonne partie de personnes adultes
venant en tenue chic, de Beyrouth, de l’extérieur aussi, d’Al-Achrafiya
ou de la montagne, ont dépassé les remparts avec les agents
de sécurité marquant l’entrée de chaque région et
l’atmosphère pesante qui règne sur la ville.
Alors que la scène de danse contemporaine au Liban était
quasiment déserte depuis dix ans, aujourd’hui on compte
environ 12 compagnies, le théâtre Maqamat dirigé par le
chorégraphe Omar Rajeh organise depuis 2004 le festival
BIPOD (Beyrouth International Platform of Arab Dance). Puis
lance cette année, du 9 au 11 novembre, en parallèle avec la
rencontre bisannuelle des membres du DBM, la première
édition du festival de l’AD. « J’espère que nous tiendrons
ce festival de l’automne d’une manière bisannuelle et qu’il
sera un laboratoire de recherches expérimentales qui le
distinguerait de celui du BIPOD », avance Omar Rajeh. Espoir
puisque la scène culturelle et artistique est vivement
marquée par l’ambiance de conflit qui règne, que ce soit les
divisions au sein de la société, ou entre gouvernement et
différents partis et surtout à la veille des élections
présidentielles, dont les traces inévitables des slogans
acharnés. « Les Libanais sont assoiffés de scènes
artistiques car depuis juin dernier tout est figé, personne
ne prenait l’initiative de lancer des événements ou
d’investir dans le culturel, puisque la situation reste
instable, programmer des choses à l’avance voulait dire
courir de graves risques », explique Mona Knio, professeure
d’art dramatique à l’AUB et responsable du théâtre Al-Madina.
Le spectacle de l’ouverture Concerto 13 Second Mouvement,
signé par Omar Rajeh reflète déjà la tension.
On est
confronté aux banderoles contradictoires représentant les
orientations les plus opposées, allant jusqu’au « non
injustifié ». Il s’agit de retourner aux sources des
conflits, au mot d’ordre devenant aujourd’hui traditionnel
qui est la division, et cela sans cacher un brin d’ironie et
un sarcasme macabre. Le fond de tas de chaussures qui
peuplent la scène, représente la présence manquée, la mort
gratuite et insensée, ce serait l’absence au propre et au
figuré. A l’instar des mouvements qui orchestrent la pièce
musicale, le spectacle nous transpose de multiples
mouvements, comme ceux du concert musical, allant du conflit
latent, à la colère, à la rage à travers un langage corporel
très vif. Néanmoins, l’indécision, la faiblesse ou plutôt la
paralyse étaient exprimées à plusieurs reprises à travers le
langage corporel, comme la scène du danseur qui se dévêtit
en faisant tomber son pantalon tout en le laissant enchaîner
ses jambes et l’empêcher d’avancer et de prendre le pas. Le
politique et le social qui marquent la ville depuis la
guerre civile ne peuvent être évités sur la scène
contemporaine libanaise, c’est ce qu’affirme Rajeh. L’art
contemporain, en l’occurrence la danse, ne peut être isolé
de ce qui l’entoure, « il s’enrichit de toutes les autres
disciplines et du contexte dans lequel il vit », affirme
Kitt Johnson, chorégraphe danoise organisant un atelier de
travail durant la rencontre DBM. Ainsi, le spectacle
libanais contemporain naît de la volonté de danser quelques
jours avant les élections.
Dina
Kabil
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3 questions à
Mark Deputte, président et
un des fondateurs du réseau DBM.
Al-Ahram Hebdo : Est-ce que le choix de Beyrouth en ce
moment pour tenir la rencontre bisannuelle du DBM reflète
une volonté du réseau méditerranéen de soutenir la ville
connue par sa spécificité culturelle ?
Mark Deputte :
Nous avions fait des réunions aux débuts à Casablanca, à
Lisbonne, à Gérone en Espagne, celle de Amman était annulée
lors de la guerre du Golfe. Comme c’est un réseau
méditerranéen, il est important de le tenir dans les pays
concernés. Il y avait sans doute aussi l’idée de connaître
de plus près la réalité du spectacle artistique contemporain
dans cette ville, la vivacité qui s’y trouve et qui stimule
les gens à vouloir continuer et créer. Mais la réunion de
Beyrouth était prévue même avant l’invasion d’Israël. C’est
important pour la nature de notre réseau de voir la réalité
et de ne pas se contenter des contacts par Internet, c’est
pourquoi aussi on essaie de le tenir en parallèle avec une
rencontre de danse pour pouvoir suivre les œuvres des
chorégraphes.
— Vous êtes en partie subventionnés par Anna Lindh, et
recevez plusieurs contributions limitées d’organismes
méditerranéens, comment envisagez-vous la participation
d’Israël dans ce réseau euro-arabe ?
— C’est une chose à discuter parce que jusqu’à présent, les
membres sont divisés en ce qui concerne cette participation,
il y a ceux qui acceptent bien sûr et ceux qui seront
concrètement choqués par leur entourage s’ils partagent la
même réunion que leurs opposés israéliens. A cette rencontre
de Beyrouth, c’était pratiquement interdit de recevoir des
Israéliens. Nous travaillons à la DBM d’une manière
pragmatique, un jour nous serons obligés
d’y faire face.
— Vous êtes membre du DBM depuis sa fondation en 1998,
président depuis deux ans. Comment voyez-vous l’évolution de
la scène de la danse contemporaine qui continue dans de
nombreux pays à être marginalisée ?
— La scène a complètement changé à Istanbul, à Tunis et au
Maroc et aussi il y a l’intérêt d’être
en contact avec les autres danseurs de la Méditerranée et de
savoir ce qui se passe autour. Aujourd’hui, il ne faut pas
voir la Méditerranée comme un système fermé plié sur
lui-même, mais plutôt une réalité qui s’enrichit des
différences faisant partie d’une réalité plus grande.
Propos recueillis par Dina
Kabil
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