Al-Ahram Hebdo, Arts | La ville qui ne connaît pas d’automne
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Arts

Danse contemporaine. La 1re édition de la Rencontre d’automne pour la scène contemporaine arabe s’est achevée à Beyrouth (Liban) le 11 novembre, parallèlement à la rencontre du réseau DBM, Danse Bassin Méditerranéen.

La ville qui ne connaît
pas d’automne

La salle du théâtre Al-Madina, à Al-Hamra, craquait à l’ouverture de l’AD 07, Automn Dance ou Rencontre de la scène de danse contemporaine arabe. Rien que pour regarder des spectacles de danse contemporaine. Les quelque 450 spectateurs qui occupent la salle, des jeunes pour la plupart mais aussi une bonne partie de personnes adultes venant en tenue chic, de Beyrouth, de l’extérieur aussi, d’Al-Achrafiya ou de la montagne, ont dépassé les remparts avec les agents de sécurité marquant l’entrée de chaque région et l’atmosphère pesante qui règne sur la ville.

Alors que la scène de danse contemporaine au Liban était quasiment déserte depuis dix ans, aujourd’hui on compte environ 12 compagnies, le théâtre Maqamat dirigé par le chorégraphe Omar Rajeh organise depuis 2004 le festival BIPOD (Beyrouth International Platform of Arab Dance). Puis lance cette année, du 9 au 11 novembre, en parallèle avec la rencontre bisannuelle des membres du DBM, la première édition du festival de l’AD. « J’espère que nous tiendrons ce festival de l’automne d’une manière bisannuelle et qu’il sera un laboratoire de recherches expérimentales qui le distinguerait de celui du BIPOD », avance Omar Rajeh. Espoir puisque la scène culturelle et artistique est vivement marquée par l’ambiance de conflit qui règne, que ce soit les divisions au sein de la société, ou entre gouvernement et différents partis et surtout à la veille des élections présidentielles, dont les traces inévitables des slogans acharnés. « Les Libanais sont assoiffés de scènes artistiques car depuis juin dernier tout est figé, personne ne prenait l’initiative de lancer des événements ou d’investir dans le culturel, puisque la situation reste instable, programmer des choses à l’avance voulait dire courir de graves risques », explique Mona Knio, professeure d’art dramatique à l’AUB et responsable du théâtre Al-Madina.

Le spectacle de l’ouverture Concerto 13 Second Mouvement, signé par Omar Rajeh reflète déjà la tension. On est confronté aux banderoles contradictoires représentant les orientations les plus opposées, allant jusqu’au « non injustifié ». Il s’agit de retourner aux sources des conflits, au mot d’ordre devenant aujourd’hui traditionnel qui est la division, et cela sans cacher un brin d’ironie et un sarcasme macabre. Le fond de tas de chaussures qui peuplent la scène, représente la présence manquée, la mort gratuite et insensée, ce serait l’absence au propre et au figuré. A l’instar des mouvements qui orchestrent la pièce musicale, le spectacle nous transpose de multiples mouvements, comme ceux du concert musical, allant du conflit latent, à la colère, à la rage à travers un langage corporel très vif. Néanmoins, l’indécision, la faiblesse ou plutôt la paralyse étaient exprimées à plusieurs reprises à travers le langage corporel, comme la scène du danseur qui se dévêtit en faisant tomber son pantalon tout en le laissant enchaîner ses jambes et l’empêcher d’avancer et de prendre le pas. Le politique et le social qui marquent la ville depuis la guerre civile ne peuvent être évités sur la scène contemporaine libanaise, c’est ce qu’affirme Rajeh. L’art contemporain, en l’occurrence la danse, ne peut être isolé de ce qui l’entoure, « il s’enrichit de toutes les autres disciplines et du contexte dans lequel il vit », affirme Kitt Johnson, chorégraphe danoise organisant un atelier de travail durant la rencontre DBM. Ainsi, le spectacle libanais contemporain naît de la volonté de danser quelques jours avant les élections.

Dina Kabil

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3 questions à Mark Deputte, président et un des fondateurs du réseau DBM.

Al-Ahram Hebdo : Est-ce que le choix de Beyrouth en ce moment pour tenir la rencontre bisannuelle du DBM reflète une volonté du réseau méditerranéen de soutenir la ville connue par sa spécificité culturelle ?

Mark Deputte : Nous avions fait des réunions aux débuts à Casablanca, à Lisbonne, à Gérone en Espagne, celle de Amman était annulée lors de la guerre du Golfe. Comme c’est un réseau méditerranéen, il est important de le tenir dans les pays concernés. Il y avait sans doute aussi l’idée de connaître de plus près la réalité du spectacle artistique contemporain dans cette ville, la vivacité qui s’y trouve et qui stimule les gens à vouloir continuer et créer. Mais la réunion de Beyrouth était prévue même avant l’invasion d’Israël. C’est important pour la nature de notre réseau de voir la réalité et de ne pas se contenter des contacts par Internet, c’est pourquoi aussi on essaie de le tenir en parallèle avec une rencontre de danse pour pouvoir suivre les œuvres des chorégraphes.

Vous êtes en partie subventionnés par Anna Lindh, et recevez plusieurs contributions limitées d’organismes méditerranéens, comment envisagez-vous la participation d’Israël dans ce réseau euro-arabe ?

— C’est une chose à discuter parce que jusqu’à présent, les membres sont divisés en ce qui concerne cette participation, il y a ceux qui acceptent bien sûr et ceux qui seront concrètement choqués par leur entourage s’ils partagent la même réunion que leurs opposés israéliens. A cette rencontre de Beyrouth, c’était pratiquement interdit de recevoir des Israéliens. Nous travaillons à la DBM d’une manière pragmatique, un jour nous serons obligés d’y faire face.

Vous êtes membre du DBM depuis sa fondation en 1998, président depuis deux ans. Comment voyez-vous l’évolution de la scène de la danse contemporaine qui continue dans de nombreux pays à être marginalisée ?

— La scène a complètement changé à Istanbul, à Tunis et au Maroc et aussi il y a l’intérêt d’être en contact avec les autres danseurs de la Méditerranée et de savoir ce qui se passe autour. Aujourd’hui, il ne faut pas voir la Méditerranée comme un système fermé plié sur lui-même, mais plutôt une réalité qui s’enrichit des différences faisant partie d’une réalité plus grande.

Propos recueillis par Dina Kabil

 

 




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