Al-Ahram Hebdo,Arts | Un nouveau sens à la scène
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Arts

Théâtre. L’édition 2007 du Festival Meeting Point 5, qui s’achève le 15 novembre, nous offre un beau cadeau : deux spectacles du Libanais Rabih Mroué, qui est le seul, dans le monde arabe, à proposer un projet et une vue d’ensemble tout à fait nouveaux et exclusifs.

Un nouveau sens à la scène

Après avoir travaillé durant six ans, depuis 1990, comme acteur et metteur en scène, de manière « courante », Rabih Mroué s’arrête pour remettre en question sa relation avec le théâtre. Des questions de base — que veut dire théâtre, pourquoi je fais du théâtre, quel théâtre dire et comment ? — qui semblent simples mais qui en fait cherchent une réponse concernant les fondements de cet art du fictif et du réel, du mensonge et de la vérité. Avec Trois affiches en 1996, c’est le début de sa recherche où il s’agit de comprendre comment s’explique dans le temps l’image des martyrs (communistes à cette époque et dont des femmes et non pas des islamistes ayant récupéré l’idée à leur compte) filmés la veille de leur opération en train de témoigner de leur mort prochaine : « moi, le martyr untel, je … » ; quand on les voit sur l’écran, vivants, ils sont en réalité déjà morts !

Cela semble compliqué, mais c’est justement de cette réalité ambiguë, perplexe et angoissante, que Mroué va bâtir tout son travail futur. Il tente de cerner et de condenser toutes les possibilités « minimales » du théâtre afin d’aboutir, peut-être, à l’essence même de cette chose ou de cet espace (ou de ce fil) qui relie le plateau à la vie, ou à la mort. Ainsi, on le verra dans un autre spectacle poser un mur sur l’avant-scène, avec juste une place pour une chaise, et demander aux comédiens de jouer dos au public. Coincés dans ces limites, il leur faudra trouver les moyens de « faire avec », de « s’en sortir ». Avec ces exigences contraignantes, le superflu et l’explicatif sont automatiquement rayés du tableau, il faudra compter sur une autre façon de jouer et de s’exprimer sur scène. Une manière qui ne ressemble pas à l’interprétation communément admise dans les grandes écoles.

C’est ainsi que Rabih Mroué a totalement et radicalement bouleversé les donnes du théâtre arabe, non seulement aux niveaux du texte, du jeu et de la mise en scène mais surtout dans le sens de la théâtralité. Il installe un nouveau rapport entre le matériau théâtre et le matériel vie qui n’a pas de références. Il ne s’inspire de nulle part, créant son propre monde où tout est réalité et vérité, même la fiction et le mensonge.

Cette relation inquiétante est au cœur même de son théâtre que plusieurs considèrent être du non-théâtre. Ils le réfutent car il est bel et bien sorti des sentiers battus en récusant toutes les normes reconnues. Comment donc juger son travail où, comme dans Faites-moi cesser de fumer (à Alexandrie) et Combien Nancy aurait aimé que tout ce qui s’est passé ne soit qu’un poisson d’avril (au Caire), il nous fait partager le contenu de son archive en racontant et critiquant les différents sujets, intimes et publics, dans la première pièce et révisant les histoires et l’Histoire de la guerre civile au Liban avec quatre autres voix, dans la seconde. Il et eux sont conteurs mais pas tout à fait conteurs. Car ils jouent le rôle de conteurs sans être le hakawati qui raconte au café les exploits et la bravoure des héros et d’Abou-Zeid Al-Hilali. A l’encontre de cet individu dont le métier est de transmettre un discours presque officiel, nos amis sont des personnages/conteurs/indépendants qui portent leurs vrais noms transposés sur scène où seront divulgués les actes vaincus des opprimés.

Et dans ce nouveau rapport à la scène, au jeu et au public, la représentation est annulée et le spectateur doit chercher un nouveau statut d’interlocuteur. Car quand la vie et le théâtre, l’image réelle et/ou en même temps fictive, se confondent, en créant un malaise insupportable puisque ce que l’on voit et entend se propose faux et vrai d’emblée, il ne reste, pour survivre, que d’accepter le masque, ce qu’il cache et ce qu’il prétend. C’est-à-dire entrer dans le jeu ou le monde de Mroué qui lui-même cherche à comprendre. Ce phénomène dérangeant où la disparition des choses et des personnes peut être provoquée avant ou après, comme dans Nancy, où il est question de raconter ses propres morts successives, ou dans Trois affiches où l’on annonce sa mort prochaine, ou plus exactement on dit : « Je suis mort » alors qu’on est encore vivant, ce phénomène donc est à la base de la recherche de Mroué qui offre sur scène, avec beaucoup de générosité, son propre questionnement.

Menha el Batraoui

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