Opéra.
Salomon et Schéhérazade, deux livrets d’opéras adaptés de
Tewfiq Al-Hakim, ont été donnés en avant-première au Caire,
et à Alexandrie le 15 novembre, avec l’Ensemble autrichien
de musique contemporaine (OENM), sous la direction de Kai
Röhrig.
Le chant des palais
Après
le succès des deux opéras Prisca et Pygmalion, joués en
automne 2005, à Salzbourg, ensuite à l’Opéra du Caire et
d’Alexandrie, il fallait continuer avec l’œuvre de Tewfiq
Al-Hakim, l’un des plus importants dramaturges égyptiens
dont les textes demeurent d’une grande actualité. Deux
nouveaux opéras, d’après Al-Hakim, sont programmés en
avant-première mondiale, les 13 et 15 novembre, pour
célébrer sa mort, à savoir Schéhérazade, composé par
l’Autrichien Herbert Grassl, et Salomon, composé par l’Egyptien
Hossam Mahmoud. Les quatre opéras contribuent en quelque
sorte à engager un dialogue entre les cultures arabe et
occidentale.
L’écrivain montre comment les cultures arabe et occidentale
se croisent, sont communicantes, voire complémentaires.
«
Tewfiq Al-Hakim connaissait les cultures arabe et
occidentale. Il a grandi en Egypte, avant de partir
séjourner en France pendant plusieurs années. D’ailleurs,
pas mal de ses œuvres ont été traduites vers le français.
Dans ses écrits, il prône la paix entre les peuples et le
dialogue des cultures », déclare l’acteur et metteur en
scène français Ollivier Christian, fondateur de la Compagnie
Théâtre Oui !, membre fondateur de la troupe Theater
Unterwegs et actuellement enseignant-chercheur à l’IUFM et à
l’Université de La Réunion. Il ajoute : « Les pièces d’Al-Hakim
se fondent d’ailleurs sur des sujets extraits de l’Antiquité
(Œdipe, Pygmalion ...), du monde judéo-chrétien (Les
Habitants de la caverne, Prisca, Salomon ...) et de sa
culture d’origine (Schéhérazade). Il s’est enrichi par des
éléments de la philosophie française. Ceci fait que, pour le
lecteur européen, les pièces d’Al-Hakim semblent à la fois
familières et étranges ».
Quoi
qu’il en soit, selon le livret de Christian Ollivier,
Salomon et Schéhérazade reflètent le monde des idées d’Al-Hakim
qui, sa vie durant, s’est engagé dans la recherche d’un
équilibre : équilibre dans l’usage de la force et du pouvoir
(politique) et équilibre entre pensée, sentiment et Eros (divinité
de l’amour chez les Grecs). Dans Schéhérazade, trois
personnages masculins sont prisonniers de leurs mondes
respectifs et condamnés à l’échec. Ils incarnent trois pôles
de l’être humain : la pensée (le roi Schahriyar), le
sentiment (Ammar, le vizir) et Eros (un esclave). Ils sont
incapables de percevoir Schéhérazade comme une femme dans
toutes ses dimensions : femme de savoir, femme de cœur et
femme érotique. Seule Schéhérazade, qui réunit en elle tous
ces aspects de l’être humain, semble pouvoir se déplacer
librement dans le temps et l’espace tandis que Schahriyar
souffre de l’impression d’être prisonnier du temps et de
l’espace. Sa vie se transforme en tentative pour échapper à
son corps et à la terre. Au centre des conceptions d’Al-Hakim,
on trouve l’idée que l’homme est voué à l’échec s’il rompt
ces équilibres en abusant de son pouvoir ou en favorisant ou
ignorant une facette de son être : la pensée ou le
sentiment.
«
L’objectif de ce projet n’est pas de jouer les pièces
Schéhérazade et Salomon, dans leur intégralité, mais d’en
faire une adaptation originale, de transcrire les idées d’Al-Hakim,
en poème lyrique et musique, afin de les redécouvrir et de
les revitaliser, grâce à la musique, les aspects
interculturels des pièces d’Al-Hakim », souligne Christian
Ollivier.
Schéhérazade et Salomon sont le fruit d’une démarche
interculturelle, laquelle a regroupé Herbert Grassl, Hossam
Mahmoud et Christian Ollivier. Le premier est un compositeur
autrichien, actuellement professeur à l’Université Mozarteum
de Salzbourg, qui a occupé le poste de directeur artistique
et chef d’orchestre de l’ensemble autrichien de la musique
contemporaine de 1988 à 1997. Le deuxième, un compositeur
égyptien, lauréat du Grand Prix de la composition qui lui a
été accordé par le gouvernement de Salzbourg en l’an 2000,
pour l’ensemble de ses œuvres comportant musiques de chambre,
morceaux pour orchestre et musique électro-acoustique. Et le
troisième est un librettiste et metteur en scène français.
Les interprètes de tous bords seront accompagnés de
l’Ensemble de musique contemporaine autrichien à Salzbourg.
Celui-ci a pour objectif de faire connaître les nouvelles
tendances de la musique contemporaine internationale et de
donner un auditoire aux compositeurs locaux. C’est dans
cette perspective que l’ensemble travaille avec de jeunes
compositeurs. Il œuvre aussi à véhiculer la musique
contemporaine autrichienne hors des frontières du pays.
Névine Lameï