Cinéma.
La seconde édition de la Caravane des films euro-arabes, qui
s’est achevée au Caire le 8 novembre, a fait la part belle
aux documentaires et courts métrages, deux genres souvent
négligés.
Le documentaire à l’honneur
A
travers une riche programmation et des tables rondes sur le
renouveau du film documentaire et des courts métrages, la
seconde Caravane des films euro-arabes s’est révélée comme
une grande rencontre culturelle.
Aux commandes pour la deuxième année consécutive, Hala Galal
et son équipe ont conçu une programmation à la fois
éclectique et cohérente. « Ce festival, en faisant l’éloge
de ces genres, fait l’éloge de la créativité de l’être
cinématographique avec toute sa force imaginaire », selon
l’expression de Hala Galal, présidente de la manifestation
et fondatrice de la société du cinéma indépendant Semat.
Les films projetés étaient d’une qualité esthétique et
thématique remarquable. La consécration du cinéma
documentaire et des courts métrages vise à stimuler le
retour des cinéastes arabes à la création d’un cinéma
différent, ancré dans son environnement historique et local,
ouvert à l’universalité, se dressant en résistance contre la
mondialisation.
Du côté du documentaire, de bonnes surprises étaient au
programme avec encore une fois une dominante de l’actualité.
Tant de films essayaient de parvenir à une certaine vérité,
tel le film allemand Appelez Calcutta et le documentaire
syrien Un oiseau de pierre de Hazem Al-Hamawi.
A l’autre bout de la palette s’est trouvé le court métrage.
De la médiocrité ambiante de ce type de production émergent
quelques films singuliers. Il s’agit de 10 courts métrages
d’une durée totale de 85 minutes produits par les Tunisiens
Riadh Thabet et Ibrahim Letaïef qui étaient parmi les
invités de la caravane. « L’objectif étant de donner à des
jeunes réalisateurs tunisiens la possibilité de réaliser un
court métrage dans des conditions professionnelles et de
proposer tant aux niveaux national qu’international un
panorama d’une nouvelle génération du court métrage tunisien
», explique Letaïef, le véritable précurseur d’un retour à
des films percutants.
Cette initiative étant devenue une tradition annuelle pour
la découverte de nouveaux réalisateurs, la deuxième
collection de la série 10 courts, 10 regards version 2007 a
été lancée cette semaine à Tunis. Les concours de scénario
ont été lancés par le biais de la presse, les associations
et les instituts de cinéma. Les ateliers de scénario et de
réalisation se sont également tenus pour préparer les jeunes
cinéastes au tournage, sélectionnés parmi les candidats dont
le nombre a avoisiné la centaine.
La caravane a invité également la Tunisienne Afef bin
Mahmoud, l’une de ces dix réalisateurs, dont le court
métrage est intitulé Ghasra … wa taädet (après la pluie, le
beau temps). Celui-ci met en scène une jeune femme citadine
et moderne qui part, pour la journée, vers Aïn-Draham.
Soudain, elle est prise d’une envie pressante. Toute sa
journée s’en trouvera perturbée. C’est que loin de son
monde, c’est à une autre réalité de son pays qu’elle avait à
confronter. « Ce projet véhicule également une dimension
pédagogique puisque des ateliers de scénario et de
réalisation ont précédé la phase de tournage », commente
Afef bin Mahmoud lors de l’un des trois colloques principaux
tenus durant la caravane.
La situation de ces deux genres a été longuement débattue.
Durant l’un des colloques, Ibrahim Letaïef a souligné : « Le
cinéma tunisien est riche et diversifié grâce à l’existence
d’un grand nombre de réalisateurs qui ont eu la chance
d’innover dans un climat de liberté d’expression. Ce genre
de cinéma est en difficulté, car il y a moins de curiosité
de la part du public, il y a une sorte de lassitude de la
part de la presse, même la presse cinéphile, devant le
nombre de sorties à présent chaque semaine ».
En fait, le festival a développé des structures d’aide à la
création, à l’écriture en passant par la production à
travers son atelier. Reste la distribution, qui, selon
Letaïef « est actuellement dans une situation de fragilité,
partout dans le monde arabe, et j’imagine dans d’autres pays
européens aussi ». Un avis partagé par Hala Galal, qui
souligne que « le problème n’est donc pas le public, mais
les gens qui décident pour lui, en présumant de ce qui
pourrait plaire ou non. L’intérêt de changer cette monarchie
de genres paraît évident. On enferme ainsi le spectateur
dans un statu quo de catégories qu’on doit briser en
s’ouvrant sur le court métrage et le documentaire ».
Le documentaire est souvent considéré comme un sous-produit,
alors qu’il doit également s’agir de films d’auteur. Il ne
faut pas se limiter à sa simple diffusion, mais aller plus
loin en créant de vraies rencontres. « Les chaînes
satellites ainsi que les salles préfèrent passer des clips
et des publicités, elles ne veulent pas diffuser quelque
chose de différent. En salle, on doit retourner vers la
projection des courts métrages avant les films commerciaux
», précise Afef bin Mahmoud.
Ce vœu a été appliqué avec succès lors du Festival de Cannes
2007, ayant projeté des courts métrages classiques avant les
films sélectionnés.
De quoi
permettre de découvrir deux genres inexplorés.
Yasser Moheb