Al-Ahram Hebdo, Arts | Le documentaire à l’honneur
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Arts

Cinéma. La seconde édition de la Caravane des films euro-arabes, qui s’est achevée au Caire le 8 novembre, a fait la part belle aux documentaires et courts métrages, deux genres souvent négligés.

Le documentaire à l’honneur

A travers une riche programmation et des tables rondes sur le renouveau du film documentaire et des courts métrages, la seconde Caravane des films euro-arabes s’est révélée comme une grande rencontre culturelle.

Aux commandes pour la deuxième année consécutive, Hala Galal et son équipe ont conçu une programmation à la fois éclectique et cohérente. « Ce festival, en faisant l’éloge de ces genres, fait l’éloge de la créativité de l’être cinématographique avec toute sa force imaginaire », selon l’expression de Hala Galal, présidente de la manifestation et fondatrice de la société du cinéma indépendant Semat.

Les films projetés étaient d’une qualité esthétique et thématique remarquable. La consécration du cinéma documentaire et des courts métrages vise à stimuler le retour des cinéastes arabes à la création d’un cinéma différent, ancré dans son environnement historique et local, ouvert à l’universalité, se dressant en résistance contre la mondialisation.

Du côté du documentaire, de bonnes surprises étaient au programme avec encore une fois une dominante de l’actualité. Tant de films essayaient de parvenir à une certaine vérité, tel le film allemand Appelez Calcutta et le documentaire syrien Un oiseau de pierre de Hazem Al-Hamawi.

A l’autre bout de la palette s’est trouvé le court métrage. De la médiocrité ambiante de ce type de production émergent quelques films singuliers. Il s’agit de 10 courts métrages d’une durée totale de 85 minutes produits par les Tunisiens Riadh Thabet et Ibrahim Letaïef qui étaient parmi les invités de la caravane. « L’objectif étant de donner à des jeunes réalisateurs tunisiens la possibilité de réaliser un court métrage dans des conditions professionnelles et de proposer tant aux niveaux national qu’international un panorama d’une nouvelle génération du court métrage tunisien », explique Letaïef, le véritable précurseur d’un retour à des films percutants.

Cette initiative étant devenue une tradition annuelle pour la découverte de nouveaux réalisateurs, la deuxième collection de la série 10 courts, 10 regards version 2007 a été lancée cette semaine à Tunis. Les concours de scénario ont été lancés par le biais de la presse, les associations et les instituts de cinéma. Les ateliers de scénario et de réalisation se sont également tenus pour préparer les jeunes cinéastes au tournage, sélectionnés parmi les candidats dont le nombre a avoisiné la centaine.

La caravane a invité également la Tunisienne Afef bin Mahmoud, l’une de ces dix réalisateurs, dont le court métrage est intitulé Ghasra … wa taädet (après la pluie, le beau temps). Celui-ci met en scène une jeune femme citadine et moderne qui part, pour la journée, vers Aïn-Draham. Soudain, elle est prise d’une envie pressante. Toute sa journée s’en trouvera perturbée. C’est que loin de son monde, c’est à une autre réalité de son pays qu’elle avait à confronter. « Ce projet véhicule également une dimension pédagogique puisque des ateliers de scénario et de réalisation ont précédé la phase de tournage », commente Afef bin Mahmoud lors de l’un des trois colloques principaux tenus durant la caravane.

La situation de ces deux genres a été longuement débattue. Durant l’un des colloques, Ibrahim Letaïef a souligné : « Le cinéma tunisien est riche et diversifié grâce à l’existence d’un grand nombre de réalisateurs qui ont eu la chance d’innover dans un climat de liberté d’expression. Ce genre de cinéma est en difficulté, car il y a moins de curiosité de la part du public, il y a une sorte de lassitude de la part de la presse, même la presse cinéphile, devant le nombre de sorties à présent chaque semaine ».

En fait, le festival a développé des structures d’aide à la création, à l’écriture en passant par la production à travers son atelier. Reste la distribution, qui, selon Letaïef « est actuellement dans une situation de fragilité, partout dans le monde arabe, et j’imagine dans d’autres pays européens aussi ». Un avis partagé par Hala Galal, qui souligne que « le problème n’est donc pas le public, mais les gens qui décident pour lui, en présumant de ce qui pourrait plaire ou non. L’intérêt de changer cette monarchie de genres paraît évident. On enferme ainsi le spectateur dans un statu quo de catégories qu’on doit briser en s’ouvrant sur le court métrage et le documentaire ».

Le documentaire est souvent considéré comme un sous-produit, alors qu’il doit également s’agir de films d’auteur. Il ne faut pas se limiter à sa simple diffusion, mais aller plus loin en créant de vraies rencontres. « Les chaînes satellites ainsi que les salles préfèrent passer des clips et des publicités, elles ne veulent pas diffuser quelque chose de différent. En salle, on doit retourner vers la projection des courts métrages avant les films commerciaux », précise Afef bin Mahmoud.

Ce vœu a été appliqué avec succès lors du Festival de Cannes 2007, ayant projeté des courts métrages classiques avant les films sélectionnés. De quoi permettre de découvrir deux genres inexplorés.

Yasser Moheb

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