Des questions en suspens à la conférence d’automne
Ahmed Y. Al-Qoreï
Le
compte à rebours a commencé et la date de la réunion
internationale pour la relance du processus de paix au
Moyen-Orient prévue pour la mi-novembre approche. Cependant,
la vision générale qui entoure ladite réunion reste opaque
et il devient alors difficile de connaître au préalable
l’agenda de la réunion, à un moment où les questions se font
de plus en plus nombreuses. Espérons que les jours prochains
apporteront des réponses.
La première interrogation se rapporte au mutisme complet qui
entoure l’agenda de la réunion. Il est important que les
Etats-Unis ne soient pas les seuls à le fixer. Et si c’est
le cas, il est prioritaire d’y inscrire une clause qui
garantirait aux parties palestinienne et israélienne la
liberté de discuter de tout sujet. D’ailleurs, c’est dans
cet esprit que se sont déroulées les négociations d’Oslo en
septembre 1993.
Lorsque
la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Livni,
revendique à l’Assemblée générale des Nations-Unies que le
négociateur palestinien ne fixe pas a priori de conditions à
sa participation et lorsqu’elle a refusé de discuter les
dossiers du statut final, ceci signifie qu’Israël est le
partenaire principal et a contribué seul à déterminer
l’agenda de la réunion avec la partie américaine. Il
apparaît alors que les clauses de l’agenda
américano-israélien seront dictées au négociateur
palestinien. Cet état de fait est probablement ce qui a
incité le président Abou-Mazen à demander au premier
ministre israélien, Ehud Olmert, un accord préalable sur la
déclaration de principes avant la tenue de la réunion
internationale. Mais Olmert continue de tergiverser pour ne
pas exaucer le vœu palestinien.
La
deuxième interrogation est de savoir si l’agenda respectera
les références figurant sur la Feuille de route et dans
l’initiative arabe de paix. D’autant plus que l’on peut lire
littéralement sur la Feuille de route rendue publique le 30
avril 2003 ce qui suit : « Les négociations effectuées entre
les parties concernées se solderont par la création d’un
Etat palestinien indépendant démocrate, coexistant en paix
et côte à côte avec Israël et son voisinage. Le conflit
israélo-palestinien sera réglé et mettra un terme à
l’occupation qui sévit depuis 1967, conformément au principe
de la terre contre la paix, en référence aux recommandations
de la conférence de Madrid et aux résolutions du Conseil de
sécurité n°242, 338 et 1397. Ainsi que les accords auxquels
sont parvenus les parties concernées, l’initiative du prince
héritier saoudien, Abdallah bin Abdel-Aziz, approuvés par le
sommet arabe de Beyrouth en 2002, appelant à considérer
Israël comme un voisin coexistant en paix et en sécurité
dans le cadre du règlement global ». La Feuille de route a
mis l’accent sur ces références dans son communiqué final
comme suit : « Les parties parviennent à un accord
permanent, final et global, mettant fin au conflit
arabo-israélien en 2005. Ce, à travers un règlement qui fera
l’objet de négociations entre les différentes parties
concernées en se référant aux résolutions du Conseil de
sécurité n°242, 338 et 1397 qui mettent un terme à
l’occupation datant de 1967. Un règlement qui comprend une
solution juste, équitable et pratique à la question des
réfugiés et une solution à travers les négociations du
statut de Jérusalem en tenant compte des craintes et
appréhensions politiques et religieuses des deux parties. Un
règlement destiné à garantir les intérêts religieux des
juifs aussi bien que des chrétiens et des musulmans dans les
autres coins du monde et qui réaliserait la vision des deux
Etats. Celle d’un Etat israélien et un autre palestinien
vivant côte à côte et jouissant d’une souveraineté, d’une
indépendance et d’une démocratie vouée à la survie ».
Il est
évident que la déclaration de la création d’un Etat
palestinien selon les lignes de 1967 est un dénominateur
commun et essentiel figurant dans les deux initiatives,
arabe de 2002 et américaine de 2003. Mais ce qui s’est
effectivement déroulé sur le terrain au cours des 4
dernières années entrave la concrétisation du contenu des
deux initiatives. Il suffit de faire allusion au mur de
séparation et aux opérations de creusement qui ont eu lieu
sous la mosquée d’Al-Aqsa. Sans oublier les pressions
exercées par le Congrès sur le président américain pour le
transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.
Il suffit de se rappeler également les événements de juin
dernier, lorsque le Congrès américain a félicité les
habitants de Jérusalem et le peuple d’Israël à l’occasion du
40e anniversaire de la réunification de la Ville sainte, à
l’issue de la guerre de juin 1967. Notons que la conférence
prévue en novembre prochain coïncide avec la promulgation du
rapport semestriel de l’Administration américaine au sujet
du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, et qui
déterminera que le transfert sera exécuté ou reporté de 6
mois.
La
deuxième interrogation nous amène à la troisième. L’on se
demande si le président Bush a bénéficié de l’expérience de
son prédécesseur Clinton sur ce dossier en 2000 à travers
Camp David 2 et qui a été voué à un échec flagrant.
La leçon
que nous en retirons est que le règlement du dossier de
Jérusalem doit être prioritaire, surtout qu’il est le plus
important des dossiers du statut final (les réfugiés, les
frontières, l’eau et les colonies). Le parrain américain,
quant à lui, doit tirer profit des points positifs de Camp
David, éviter ses aspects négatifs et surtout d’éventuelles
pressions sur la partie palestinienne pour l’amener à faire
signer des projets de résolutions préparés au préalable hors
des salles de négociations, et autres comportements suivis
par l’ex-président américain Clinton. Cette manière d’agir
avait élargi le fossé entre les parties palestinienne et
israélienne, malgré la prorogation des échéances des
négociations. Ainsi, les négociations de Camp David 2 ont
duré plus qu’il ne le fallait et ont été finalement vouées à
l’échec. Mais, les leçons tirées de Camp David 2
seront-elles prises en considération lors de la réunion de
l’automne prochain ?.