Le double
jeu européen
Salama
A. Salama
Une
crise s’est déclenchée entre l’Egypte et l’Union Européenne
(UE) autour du projet de promulgation d’une résolution de
l’Agence internationale de l’énergie nucléaire visant à
soumettre toutes les installations nucléaires au Proche-Orient
à un système de garanties internationales. Cette mesure
ayant pour but de mener à l’éradication des armes nucléaires
dans la région. Cette crise prouve que les nombreuses
promesses européennes de faire régner la paix et la sécurité
dans la région manquent de bonnes intentions. Donc, compter
sur un rôle européen dans la région est une pure illusion à
cause des pressions auxquelles il est exposé.
L’Egypte
a gardé secrète la crise qui s’est déclenchée au cours des
réunions annuelles du Conseil des gouverneurs de l’Agence en
septembre dernier. L’Egypte s’est alors contentée de
réclamer des éclaircissements quand elle a été surprise par
le fait que 47 Etats se sont abstenus de voter au profit du
projet, dont 25 Etats européens qui avaient adopté des
positions positives avant le vote et qui ont ensuite changé
de cap. Ceci prouve que toute l’Europe, à part l’Irlande,
s’est mise d’accord sur une position unie envers la question
de la prolifération nucléaire au Proche-Orient. Cette
position implique l’accaparement par Israël de l’arme
nucléaire, avortant toute tentative de lui imposer un
contrôle international. Or, cette position encouragera la
course à l’armement dans la région !
Il
semble que l’Egypte et les Etats arabes se sont trompés en
pensant que l’UE possède une politique extérieure fixe, aux
lignes claires et crédibles. Et ce, alors que des
expériences précédentes concernant des questions critiques,
comme la guerre contre l’Iraq, la position envers le projet
américain du bouclier antimissiles auquel s’oppose la Russie
et le programme nucléaire iranien, prouvent que les Etats
européens n’adoptent pas une position unique et fixe. Ceci
se reflète même sur les relations commerciales extérieures.
L’exception à la règle est quand il est question d’Israël
qui est toujours capable, grâce au pouvoir de ses
communautés dans les Etats européens et grâce à l’alignement
américain, d’obtenir le soutien dont il a besoin dans
n’importe quelle question.
L’Irlande est l’unique Etat européen qui a voté au profit de
la résolution égyptienne, confirmant sa position préalable
envers les questions de non-prolifération des armes
nucléaires. Les positions des autres Etats européens, en
revanche, se basent sur une politique de deux poids, deux
mesures. Il est clair que le refus est venu en même temps
que l’escalade des pressions contre l’Iran, dans l’objectif
de pratiquer des pressions indirectes qui dévoilent le
soutien absolu de l’UE à Israël. Le président français l’a
montré de façon claire et nette lors de sa dernière
rencontre avec Olmert alors qu’il a qualifié Israël de «
miracle du XXe siècle », en promettant que la sécurité
d’Israël reste une ligne rouge indépassable !
Il est
évident que l’on ne peut s’attendre à une position
différente de la part de Sarkozy. Il ne trompera pas ses
origines juives, mais il exprime en même temps un revirement
dans la position française. Cette position exprime
l’enthousiasme exagéré et injustifiable contre l’Iran, en
plus de l’escalade du conflit, même si cette escalade mène à
une guerre !
Or, d’un
autre côté, il faut comparer l’action rapide qu’Olmert a
effectuée en Europe pour faire face à la visite réussie de
Poutine à Téhéran d’un côté et de l’autre la déception qui
s’est installée chez les Arabes après l’échec du vote pour
le projet égyptien. Il est sûr que la réussite des
Etats-Unis à convaincre de nombreux Etats arabes que c’est
l’Iran qui constitue un danger direct pour leur sécurité et
non Israël est significative. Les événements prouvent que
les Arabes sont toujours capables de s’auto-détruire.