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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Opinion
 

Hillary Clinton : Il n’y a pas d’alternative à un Etat palestinien

Mohamed Salmawy

 

En 1999, j’ai rencontré Hillary Clinton qui est actuellement en tête de la course à l’investiture du Parti démocrate pour les présidentielles de 2008 aux Etats-Unis. Le climat politique était à cette époque tendu, car elle avait fait une déclaration selon laquelle les Palestiniens devaient avoir un Etat afin que la paix voie enfin le jour au Moyen-Orient. Cette déclaration, émanant de la première dame des Etats-Unis, a eu un grand effet, d’autant qu’aucun président américain n’avait parlé de la sorte auparavant.

A l’époque, la Maison Blanche s’était empressée d’avancer que les déclarations de la première dame n’exprimaient pas la politique américaine, mais qu’elles relevaient plutôt d’une opinion purement personnelle.

La nuit était belle dans le temple de Louqsor, où l’ami Farouk Hosni, ministre de la Culture, avait organisé entre les collines qui entourent l’édifice un dîner en l’honneur de Hillary Clinton. Nous étions en début de printemps et la brise caressait dans le ciel les derniers nuages de l’hiver. Hillary Clinton avait exprimé sa fascination pour la ville de Louqsor. Lorsque le ministre lui évoqua le problème de l’eau souterraine qui menaçait les antiquités de la ville, elle prit rapidement l’initiative de faire un don de 40 millions de dollars pour les sauver. Hillary Clinton m’a dit : « J’ai beaucoup lu sur Louqsor et ses monuments, mais je n’imaginais pas qu’ils étaient de cette splendeur ». Et puis d’ajouter après une petite pause : « Je dirais presque que Louqsor est l’une des plus belles et plus riches villes au monde ».

J’avais rencontré l’épouse de l’ex-président américain au Caire avant son escale à Louqsor. Les rumeurs circulaient avant son arrivée au Caire sur la possibilité qu’elle avait de se présenter aux prochaines élections du Sénat après le départ de son mari de la Maison Blanche. Lorsque je lui demandai à propos de ces prévisions, elle ne les a pas niées catégoriquement, mais elle affirma qu’elle n’avait pas encore pris sa décision. Cela m’avait confirmé sa volonté de poursuivre sa carrière politique et qu’elle voulait tout simplement choisir le moment opportun pour l’annoncer.

En réalité, je n’ai jamais imaginé Hillary Rodham Clinton se contentant, après la fin du mandat présidentiel de son mari, du rôle de femme au foyer, vu son histoire que je connaissais.

Son nom de jeune fille était Hillary Rodham. Elle était avocate de renom. Au moment de son mariage, elle était l’une des 100 plus célèbres avocats aux Etats-Unis. Son salaire annuel avait atteint, dans l’institution juridique dans laquelle elle travaillait, 100 mille dollars, au moment où celui de son mari, qui était avocat dans l’Etat de l’Arkansas, n’atteignait même pas le tiers de ce chiffre.

Hillary a gardé son nom de jeune fille, même après son mariage en 1975 et jusqu’en 1980, lorsque Clinton a échoué aux élections de renouvellement partiel de l’Arkansas. On lui a alors conseillé d’adopter le patronyme de son époux comme toutes les femmes américaines. Et ceci pour ne pas avoir l’air de se dérober après l’échec de son mari aux élections. Ainsi, Hillary a rajouté le nom de son époux à son nom de famille Rodham. Elle fut alors la première épouse du président de la République à garder son nom de jeune fille. Hillary s’était engagée dans la course au Sénat après le départ de la Maison Blanche, et les Américains savaient bien que le Sénat ne serait pas sa dernière escale. Selon les prévisions, le parcours des Clintons sera sûrement couronné par l’engagement de Hillary dans la course aux présidentielles, pour devenir la première femme à le faire dans l’histoire des Etats-Unis.

J’avais lu des propos attribués à Hillary Clinton dans un entretien qui a été publié en 1996 où elle disait littéralement : « J’espère voir une femme présider les Etats-Unis au début du XXIe siècle ». Et de poursuivre : « Je vois que très prochainement viendra sans nul doute le jour où une femme présidera le Parti démocrate ou républicain et proposerait sa candidature aux présidentielles ».

A cause de cet arrière-plan, j’ai tenu à participer à ce dîner tenu en l’honneur de Hillary Clinton à Louqsor. Je voulais savoir d’elle personnellement la vérité sur ses propos au sujet de l’Etat palestinien et quelle était la vision qu’elle s’est faite du conflit arabo-israélien. Un de ces jours, cette vision régirait peut-être la politique américaine étrangère de notre région.

Je lui ai posé une question directe et soudaine sans préavis au cours de notre conversation à dîner.

— Est-il vrai que vous avez appelé à la création d’un Etat pour les Palestiniens ?

Et je fus surpris de voir une réaction différente de celle que je prévoyais. Je m’attendais à ce qu’elle me dise qu’elle n’était pas en visite politique et donc qu’elle ne désirait pas faire de déclarations en politique. J’ai été surpris de la voir répondre en toute spontanéité, comme si elle ignorait totalement le tollé que ce sujet avait suscité dans son pays.

— Oui, dit-elle, un Etat palestinien est nécessaire si nous prônons une paix véritable au Moyen-Orient.

— Puisque, vraisemblablement, cette question est tranchée, pourquoi donc ces propos ont soulevé tout ce tollé ?

Hillary Clinton m’a expliqué que Rudolph Giuliani, l’ex-maire de New  York, était à l’origine de ce problème, car il se préparait, lui aussi, pour les élections du Sénat et les craignait. Pour la contrer, il a voulu soulever contre elle les voix des juifs de New York, dont le nombre dépassait celui d’Israël.

— Mais la Maison Blanche s’est dérobée de ces propos.

— Toutefois, le porte-parole de la Maison Blanche ne les a pas niés. Il a dit que j’avais exprimé une opinion personnelle, ce qui était d’ailleurs vrai. C’est mon opinion à laquelle je crois. Il n’y a pas d’alternative à la création d’un Etat palestinien.

— Qu’est-ce qui vous a impressionné le plus en Egypte ?

— Cette énorme énergie qui aide toujours les Egyptiens à surmonter les problèmes.

Je rétorquai : Madame, vous avez touché du doigt la plus importante caractéristique de ce peuple. C’est cette énergie qui a créé ces monuments au milieu desquels nous nous trouvons et qui devrait nous trouver une issue à notre actuelle crise.

En fin de compte, j’ai réfléchi à ce sujet et me suis demandé ce que ferait Hillary Clinton lorsqu’elle occuperait dans l’avenir le bureau ovale de la Maison Blanche ? Se rappellerait-elle cette énergie créative dont elle a parlé et se souviendrait-elle de l’Etat palestinien?.

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