Hillary Clinton : Il n’y a pas d’alternative à un Etat
palestinien
Mohamed Salmawy
En
1999, j’ai rencontré Hillary Clinton qui est actuellement en
tête de la course à l’investiture du Parti démocrate pour
les présidentielles de 2008 aux Etats-Unis. Le climat
politique était à cette époque tendu, car elle avait fait
une déclaration selon laquelle les Palestiniens devaient
avoir un Etat afin que la paix voie enfin le jour au
Moyen-Orient. Cette déclaration, émanant de la première dame
des Etats-Unis, a eu un grand effet, d’autant qu’aucun
président américain n’avait parlé de la sorte auparavant.
A l’époque, la Maison Blanche s’était empressée d’avancer
que les déclarations de la première dame n’exprimaient pas
la politique américaine, mais qu’elles relevaient plutôt
d’une opinion purement personnelle.
La nuit était belle dans le temple de Louqsor, où l’ami
Farouk Hosni, ministre de la Culture, avait organisé entre
les collines qui entourent l’édifice un dîner en l’honneur
de Hillary Clinton. Nous étions en début de printemps et la
brise caressait dans le ciel les derniers nuages de l’hiver.
Hillary Clinton avait exprimé sa fascination pour la ville
de Louqsor. Lorsque le ministre lui évoqua le problème de
l’eau souterraine qui menaçait les antiquités de la ville,
elle prit rapidement l’initiative de faire un don de 40
millions de dollars pour les sauver. Hillary Clinton m’a dit
: « J’ai beaucoup lu sur Louqsor et ses monuments, mais je
n’imaginais pas qu’ils étaient de cette splendeur ». Et puis
d’ajouter après une petite pause : « Je dirais presque que
Louqsor est l’une des plus belles et plus riches villes au
monde ».
J’avais
rencontré l’épouse de l’ex-président américain au Caire
avant son escale à Louqsor. Les rumeurs circulaient avant
son arrivée au Caire sur la possibilité qu’elle avait de se
présenter aux prochaines élections du Sénat après le départ
de son mari de la Maison Blanche. Lorsque je lui demandai à
propos de ces prévisions, elle ne les a pas niées
catégoriquement, mais elle affirma qu’elle n’avait pas
encore pris sa décision. Cela m’avait confirmé sa volonté de
poursuivre sa carrière politique et qu’elle voulait tout
simplement choisir le moment opportun pour l’annoncer.
En réalité, je n’ai jamais imaginé Hillary Rodham Clinton se
contentant, après la fin du mandat présidentiel de son mari,
du rôle de femme au foyer, vu son histoire que je
connaissais.
Son nom de jeune fille était Hillary Rodham. Elle était
avocate de renom. Au moment de son mariage, elle était l’une
des 100 plus célèbres avocats aux Etats-Unis. Son salaire
annuel avait atteint, dans l’institution juridique dans
laquelle elle travaillait, 100 mille dollars, au moment où
celui de son mari, qui était avocat dans l’Etat de
l’Arkansas, n’atteignait même pas le tiers de ce chiffre.
Hillary a gardé son nom de jeune fille, même après son
mariage en 1975 et jusqu’en 1980, lorsque Clinton a échoué
aux élections de renouvellement partiel de l’Arkansas. On
lui a alors conseillé d’adopter le patronyme de son époux
comme toutes les femmes américaines. Et ceci pour ne pas
avoir l’air de se dérober après l’échec de son mari aux
élections. Ainsi, Hillary a rajouté le nom de son époux à
son nom de famille Rodham. Elle fut alors la première épouse
du président de la République à garder son nom de jeune
fille. Hillary s’était engagée dans la course au Sénat après
le départ de la Maison Blanche, et les Américains savaient
bien que le Sénat ne serait pas sa dernière escale. Selon
les prévisions, le parcours des Clintons sera sûrement
couronné par l’engagement de Hillary dans la course aux
présidentielles, pour devenir la première femme à le faire
dans l’histoire des Etats-Unis.
J’avais lu des propos attribués à Hillary Clinton dans un
entretien qui a été publié en 1996 où elle disait
littéralement : « J’espère voir une femme présider les
Etats-Unis au début du XXIe siècle ». Et de poursuivre : «
Je vois que très prochainement viendra sans nul doute le
jour où une femme présidera le Parti démocrate ou
républicain et proposerait sa candidature aux
présidentielles ».
A cause de cet arrière-plan, j’ai tenu à participer à ce
dîner tenu en l’honneur de Hillary Clinton à Louqsor. Je
voulais savoir d’elle personnellement la vérité sur ses
propos au sujet de l’Etat palestinien et quelle était la
vision qu’elle s’est faite du conflit arabo-israélien. Un de
ces jours, cette vision régirait peut-être la politique
américaine étrangère de notre région.
Je lui ai posé une question directe et soudaine sans préavis
au cours de notre conversation à dîner.
— Est-il vrai que vous avez appelé à la création d’un Etat
pour les Palestiniens ?
Et je fus surpris de voir une réaction différente de celle
que je prévoyais. Je m’attendais à ce qu’elle me dise
qu’elle n’était pas en visite politique et donc qu’elle ne
désirait pas faire de déclarations en politique. J’ai été
surpris de la voir répondre en toute spontanéité, comme si
elle ignorait totalement le tollé que ce sujet avait suscité
dans son pays.
— Oui, dit-elle, un Etat palestinien est nécessaire si nous
prônons une paix véritable au Moyen-Orient.
— Puisque, vraisemblablement, cette question est tranchée,
pourquoi donc ces propos ont soulevé tout ce tollé ?
Hillary Clinton m’a expliqué que Rudolph Giuliani,
l’ex-maire de New York, était à l’origine de ce
problème, car il se préparait, lui aussi, pour les élections
du Sénat et les craignait. Pour la contrer, il a voulu
soulever contre elle les voix des juifs de New York, dont le
nombre dépassait celui d’Israël.
— Mais la Maison Blanche s’est dérobée de ces propos.
— Toutefois, le porte-parole de la Maison Blanche ne les a
pas niés. Il a dit que j’avais exprimé une opinion
personnelle, ce qui était d’ailleurs vrai. C’est mon opinion
à laquelle je crois. Il n’y a pas d’alternative à la
création d’un Etat palestinien.
— Qu’est-ce qui vous a impressionné le plus en Egypte ?
— Cette énorme énergie qui aide toujours les Egyptiens à
surmonter les problèmes.
Je rétorquai : Madame, vous avez touché du doigt la plus
importante caractéristique de ce peuple. C’est cette énergie
qui a créé ces monuments au milieu desquels nous nous
trouvons et qui devrait nous trouver une issue à notre
actuelle crise.
En fin de compte, j’ai réfléchi à ce sujet et me suis
demandé ce que ferait Hillary Clinton lorsqu’elle occuperait
dans l’avenir le bureau ovale de la Maison Blanche ? Se
rappellerait-elle cette énergie créative dont elle a parlé
et se souviendrait-elle de l’Etat palestinien?.