Le pari
La réunion internationale pour une paix au
Proche-Orient, attendue d’ici fin 2007 près de
Washington, s’annonce un pari très risqué pour les
protagonistes, car elle pourrait révéler l’impossibilité
de combler le fossé entre eux et déclencher une
explosion de violences.
Probablement du fait des échecs successifs de la
diplomatie proche-orientale depuis la Conférence
internationale de Madrid de 1991 et jusqu’aux
différentes étapes du processus d’Oslo en passant par la
réunion ratée de Camp David en 2000, prélude à la
deuxième Intifada, le scepticisme est de mise.
Au
cœur de cette réunion qui devrait, sauf imprévu, se
tenir en novembre à Annapolis dans le Maryland : la
création d’un Etat palestinien souverain. Les parrains
américains restent prudents et veillent à réduire les
attentes de l’opinion publique dans le monde arabe par
crainte d’activer les extrémistes en cas d’échec.
Il
faut dire que le seul point sur lequel le premier
ministre israélien Ehud Olmert et le président
palestinien Mahmoud Abbass sont d’accord porte sur la
profondeur du fossé entre leurs positions respectives.
Le tracé des frontières d’un Etat palestinien, la
souveraineté sur la ville de Jérusalem-Est occupée par
Israël, le droit au retour de 4,1 millions de réfugiés
palestiniens, la colonisation juive, ne constituent
qu’une liste partielle des questions complexes à régler.
On
comprend donc mieux pourquoi les parties n’ont pas
encore commencé à rédiger un document commun que la
secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice — qui se
rend à nouveau dimanche prochain en Israël et dans les
territoires palestiniens — souhaiterait les voir
élaborer comme base à des négociations formelles.
Le
parrain américain a donc le choix entre une réunion qui
se résumerait à une « Photo Opportunity », vouée à
l’échec et à un nouveau cycle de violence, et une
conférence avec un ordre du jour détaillé. A moins qu’il
ne décide de tout annuler. M. Abbass, qui exige « un
document clair » et un « calendrier défini », a lui-même
averti qu’il ne participerait pas « à n’importe quel
prix » à la conférence. Même ton pessimiste chez les
protagonistes arabes, Arabie saoudite et Egypte en tête.
Cette dernière a apporté un soutien prudent à l’action
américaine, souhaitant la fixation d’une date butoir aux
négociations israélo-palestiniennes. Elle a même suggéré
de reporter la réunion internationale en l’absence d’un
accord servant de base à des discussions substantielles
pour un règlement du conflit.
Les
Palestiniens et leurs voisins arabes redoutent
par-dessus tout un échec de la conférence, craignant
qu’il alimente la montée en puissance des islamistes
dans leurs pays respectifs.