Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | L'argent fait le foot
  Président Morsi Attalla
 
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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Nulle part ailleurs

Football. Ce sport est devenu un marché lucratif qui ne cesse de prospérer. Un souk autour duquel se tisse un monde qui profite de la passion du public. Le business a imposé ses règles.

L'argent fait le foot 

Le football, un commerce ? Evidemment oui. On s’en rend compte, rien qu’à suivre les grands titres de la presse lors de la saison des transferts : des sommes inimaginables si l’on songe surtout qu’on est dans un pays que l’on ne peut qualifier de riche. Mais la passion a ses raisons que la raison ne connaît pas. Le grand souk se tient toujours avant le coup d’envoi de la saison. Des transactions ont lieu clandestinement entre les clubs et les joueurs. D’importantes sommes d’argent sont versées par des hommes d’affaires qui veulent investir leurs capitaux dans le domaine du sport. Même endettés, certains clubs n’hésitent pas à ramener les meilleurs joueurs pour injecter du sang nouveau au sein de l’équipe. Et les deux clubs-phares, ces éternels frères ennemis, sont toujours à l’affût des meilleurs joueurs, se livrant à cet égard à une guerre sans merci où toutes les armes sont permises : guerre psychologique, rumeurs ...

Un marché qui a donné naissance à de nouveaux métiers tels que courtiers et représentants servant d’intermédiaire entre les joueurs et les conseils d’administration des grands clubs. Leurs rôles : sonder le joueur pour savoir s’il veut rester avec son équipe ou la quitter, s’enquérir de ses droits et devoirs sans oublier de penser aux plus talentueux pour les clubs étrangers. Un réseau qui vient remplacer les agents d’antan qui sillonnaient villes et villages à la recherche de talents.

Les chiffres montrent que ce marché ne cesse d’attirer les capitaux égyptiens. Lors du dernier tournoi de football 2005-2006, environ 80 millions de L.E. ont été déboursées par les 14 équipes de la compétition pour l’acquisition de nouveaux joueurs. C’est la somme la plus importante jamais enregistrée depuis le lancement en 1948 du championnat d’Egypte. Et ce, en dehors des contrats des joueurs qui vont continuer la saison avec leurs clubs.

Le Zamalek, malgré ses difficultés financières, s’est taillé la part du lion avec 25 millions de L.E. En deuxième position arrive Ahli avec une somme de 21 millions et enfin les Derviches de l’Ismaïli qui ont dépensé 9 millions de L.E. pour ramener de nouveaux joueurs. Et dans cette course contre la montre, les tractations ont lieu dans la plus haute discrétion. Les clubs vont rester sur leur garde tant que les contrats ne sont pas signés. Aujourd’hui, les rémunérations des joueurs ont connu une véritable mutation à comparer aux 30 années précédentes.

Dix d’entre eux enregistrent des chiffres record sur le marché des affaires. La star du club Ahli, Mohamad Abou-Treika, occupe la première place avec un contrat qui a dépassé un million et 250 mille L.E. par an, suivi par Amr Zaki, avec une somme qui s’élève à un million et 90 mille L.E., et 800 mille L.E. pour Hazem Imam, de Zamalek. Une somme qui équivaut à celle perçue par les joueurs Emad Al-Nahhas et Islam Al-Chater qui jouent pour les Rouges, alors que le gardien de Zamalek Abdel-Wahed Al-Sayed a signé un contrat de 890 mille L.E. Il existe même d’autres critères que la compétence, comme la popularité d’un joueur ou sa capacité de séduire. Le look joue, pas beaucoup encore en Egypte, mais il peut constituer un argument. Adli Al-Qii cite en exemple le chouchou du foot anglais Beckham. « Il n’est pas le meilleur, pourtant il a été acquis contre une belle somme pour la simple raison qu’il arrive facilement à vendre un produit à cause de son look, son allure et sa popularité. Il est capable de rassembler une fortune avant même de descendre sur le terrain ».

En attendant un joueur de ce type en Egypte, un Abou-Treika ferait bien l’affaire, on ne peut que constater la montée des prix des joueurs. « L’Egypte a connu cette hausse avec l’introduction du professionnalisme à la fin des années 1990. Elle est due également aux évolutions survenues dans le monde. Aujourd’hui, partout dans le monde, on considère le football comme une industrie, un commerce rentable dont les bénéfices sont garantis. Il suffit de mentionner que le budget de la FIFA a augmenté de 100 % durant les trois dernières décennies », commente un responsable à la FIFA. Une mutation qui touche désormais tous les aspects de la vie du footballeur. Ceci dit, lorsqu’un joueur important est blessé sur le terrain, il reçoit tous les soins nécessaires, même si son club doit se saigner aux quatre veines. Autrement dit, il prend soin de sa poule aux œufs d’or. Autrefois, la carrière d’un joueur pareil pouvait être compromise à cause d’une blessure. « On entend souvent les footballeurs des années 1960, 70 et 80 pleurer leur sort. En ces temps, ils percevaient un salaire dérisoire et tout cela par amour du football. Rien qu’à savoir que le revenu d’une star comme Ronaldino est de 43 euros à la minute les offense. D’autres joueurs vont même jusqu’à contracter une assurance pour leurs pieds, source de leur fortune », commente Amr Kenawi, critique sportif.

Les tractations ont lieu même dans les vestiaires et sur les bancs de touche. Les stars ne sont pas les seules à être adulées. Directeurs techniques et entraîneurs bénéficient de cette manne. D’ailleurs, certains entrent dans la légende tout comme les footballeurs qu’on acclame lorsqu’ils marquent un but. Le salaire d’un entraîneur varie selon son curriculum vitae, le nombre de trophées qu’il a remportés, le club auquel il appartient et sa nationalité. Celui d’un Egyptien commence à 7 000 L.E. et peut atteindre 50 mille par mois et un étranger peut gagner entre 10 et 60 mille dollars. Manuel José Da Silva, qui encadre les Rouges, est sans doute le directeur technique le plus populaire de ces dix dernières années. Il a commencé avec 30 mille dollars le mois et chaque fois que son équipe gagne dans un tournoi, son salaire augmente, pour la simple raison qu’il ramène des trophées et aussi de l’argent au club. « Lors de la dernière participation à la Coupe du monde des clubs qui s’est tenue au Japon, Ahli a été troisième et a reçu une somme de 3,5 millions de dollars », précise Adli Al-Qii, directeur général de la commercialisation au club.

 

Une mutation extraordinaire

L’argent est le nerf de la guerre, ne le dit-on pas ? Et dans ce nouveau combat de gladiateurs qu’est le sport moderne, le foot en particulier pour l’Egypte, d’autres aspects entrent dans le contexte. Une concurrence a lieu entre les sponsors pour acheter un droit de diffusion télé exclusive. Une autre pour concevoir des t-shirts à l’effigie des joueurs pour la publicité. Et ce ne sont pas seulement les performances d’un joueur qui font hausser son prix.

En effet, le football est devenu un produit typiquement lié au public. C’est pour cette raison qu’il faut le présenter dans sa meilleure image. « Beaucoup de sponsors se sont rendu compte que le football permet facilement de commercialiser leurs produits. Donc, ils n’hésitent pas à investir. D’ailleurs, beaucoup d’industries tournent aujourd’hui autour de ce marché, tenues de sport, ballons, outils pour arbitres et équipements des stades, etc. Bref, un marché important qui tire profit du football et de la passion de son public. Une chose que les investisseurs ont prise en considération. Ce qui donne une valeur supplémentaire au joueur », explique Al-Qii qui ajoute que les clubs en tirent de grands profits. « Jusqu’à 2005, le club percevait environ 70 % de la somme empochée par le joueur qui figurait sur une publicité. Mais cette clause a été annulée, provoquant un chaos au profit des représentants des joueurs et des entreprises de commercialisation. C’est pour cela que l’on a décidé enfin de faire comme le Real Madrid, c’est-à-dire répartir la somme équitablement : 50 % pour le joueur et 50 % pour le club », poursuit-il.

Et dans ce business où talent et commerce s’unissent, certains clubs ont pris aujourd’hui l’initiative de concevoir leurs propres stratégies, outils et moyens de commercialisation. Le prestigieux club Ahli, dont le budget est estimé à 200 millions de L.E. (50 millions de L.E. de bénéfices lors de la dernière année), a fondé récemment deux entreprises : la première pour la production et la commercialisation médiatique et une autre pour gérer la nouvelle chaîne que le club va inaugurer, les sites Internet, les droits de diffusion des matchs, etc. Une stratégie qui table sur des gains, entre 250 et 700 millions de L.E. après l’ouverture de la chaîne satellite.

Cependant, dans un marché qui fait encore ses premiers pas dans le professionnalisme, il y a toujours des lacunes. « On essaie d’appliquer ce qui se passe ailleurs, mais jamais correctement. La preuve : on s’intéresse aux joueurs professionnels alors que les clubs sont dans un piteux état. Il faut qu’ils soient transformés en sociétés par actions afin que leur sort ne soit pas lié aux individus », estime Ibrahim Hégazi, rédacteur en chef d’Al-Ahram Al-Riyadi, un des plus grands magazines sportifs en Egypte. Même le club Ahli, dont les conditions financières semblent s’améliorer, connaît aussi des problèmes. « On manque en Egypte d’une véritable culture de droits précisant ceux de chaque partie. Par exemple, le droit de diffusion est toujours une source de conflit entre la télévision de l’Etat, la Fédération de football et les clubs. Une chose qui pourrait perturber les sponsors. On a besoin de lois qui organisent tout cela », confie Al-Qii, tout en poursuivant que même le logo et les t-shirts de l’équipe doivent être protégés par la loi de la protection de la propriété intellectuelle. Une raison qui a poussé Al-Ahli à intenter des procès contre tous ceux qui ont exploité son image et ses articles sans son autorisation. « Nous avons gagné quelques procès, mais il reste beaucoup à faire », conclut-il. En attendant, le marché ne fait que s’élargir.

Dina Darwich

 




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