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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Iraq-Turquie . Les efforts diplomatiques se multiplient pour contenir la crise kurde. Ankara se dit cependant prête à toutes les options, y compris militaire.

Imbroglio régional

L’armée turque a encerclé lundi une centaine de rebelles kurdes dans une zone montagneuse proche de la frontière avec l’Iraq dans le cadre de l’offensive déclenchée contre les séparatistes kurdes. Les forces armées ont bloqué les points de passage que les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) utilisent, selon Ankara, pour retourner à leurs bases dans le nord de l’Iraq après avoir mené des attaques en Turquie. L’armée a affirmé avoir tué plus de 60 rebelles depuis l’attaque du PKK du 21 octobre qui a coûté la vie à 12 soldats. Huit autres sont prisonniers du PKK. Avec les menaces croissantes d’incursion dans le nord de l’Iraq contre les camps des rebelles kurdes, la situation à la frontière prend de plus en plus des airs de guerre. L’éventualité d’une opération militaire contre les bases des rebelles kurdes dans le nord de l’Iraq s’est renforcée après l’échec vendredi des pourparlers à Ankara avec une délégation iraqienne dont les propositions n’ont pas satisfait la Turquie. Celle-ci lancera une opération « quand ce sera nécessaire », a averti samedi le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, qui s’est montré excédé par les appels à la retenue des Etats-Unis. Il devrait s’entretenir jeudi avec la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, qui fera une courte escale à Ankara avant de passer à Istanbul pour assister à une réunion des pays voisins de l’Iraq vendredi et samedi prochains.

Acteur principal dans la région, Washington veut éviter une déstabilisation du Kurdistan iraqien, l’une des rares régions relativement calmes d’Iraq, mais la Turquie montre des signes d’impatience. Elle a massé des troupes dans le sud du pays, près de la frontière avec l’Iraq, et des unités de commandos ainsi que de l’équipement militaire ont été acheminés dans cette zone, selon la presse turque. L’acheminement des troupes vers la zone où 100 000 soldats turcs et des « gardiens de villages » — milice kurde pro-Ankara — seraient déployés semblait être achevé dimanche. Pourtant, les efforts diplomatiques ne manquent pas. Ils vont se poursuivre à la conférence d’Istanbul, qui se tient au niveau des ministres des Affaires étrangères, et à laquelle devrait assister le ministre iraqien Hoshyar Zebari. Le point d’orgue des pourparlers entre les Etats-Unis et la Turquie sera une rencontre entre M. Erdogan et le président George W. Bush, prévue le lundi 5 novembre à la Maison Blanche. Il s’agira des premiers entretiens entre les deux responsables depuis la victoire du Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, de M. Erdogan aux législatives de juillet dernier.

Selon certains observateurs, Ankara va insister, lors de ces discussions, pour mener des opérations militaires conjointes avec les Etats-Unis contre les rebelles. Les Turcs voudraient aussi que Washington mette davantage la pression sur le président du Kurdistan iraqien Massoud Barzani, pour qu’il agisse contre le PKK.

Les quelques jours à venir seront donc décisifs. Mais pour l’heure, malgré les efforts de la diplomatie, l’issue de la crise reste inconnue. Alors que le chef de l’armée turque, le général Yasar Buyuanit, a laissé entendre vendredi qu’il n’y aurait sans doute pas d’opération contre les camps rebelles en Iraq avant le déplacement de M. Erdogan, Ankara a averti dimanche qu’elle entendait conserver toutes ses options, y compris militaire. En visite à Téhéran, le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, a déclaré : « Nous disposons de différents instruments. Nous pouvons utiliser la voie diplomatique ou avoir recours à la force militaire ».

 

Divergences entre le Kurdistan iraqien et Bagdad

Côté iraqien, les positions divergent. Le président du Kurdistan iraqien, Massoud Barzani, a dit souhaiter des négociations directes avec Ankara mais les Turcs ont déjà laissé entendre que Bagdad est leur seul interlocuteur. « Asseyons-nous ensemble pour résoudre la question kurde. Nous devons être consultés par le gouvernement fédéral », a-t-il déclaré en référence aux autorités de Bagdad. Tout en ajoutant : « Je ne suis pas un ennemi de la Turquie, mais je n’accepte pas le langage de la force ».

Or, cette position n’est pas celle du gouvernement central de Bagdad qui ne veut pas une déstabilisation d’une des rares régions d’Iraq où règnent la sécurité et une certaine prospérité. Mais pour les Kurdes d’Iraq, l’objectif d’Ankara, au-delà de l’élimination du PKK, est l’affaiblissement de l’expérience d’autonomie régionale kurde en Iraq, qui sert d’exemple pour les Kurdes de Turquie.

Sur le plan régional, Ankara n’a pas pu obtenir le soutien de Téhéran qui ne soutient pas l’option militaire. « Je pense que nous pourrons venir à bout de ces petits groupes. Il y a différentes méthodes pour y parvenir. Nous espérons que notre coopération nous permettra de résoudre ce problème le plus rapidement possible », a indiqué le chef de la diplomatie iranienne Manouchehr Mottaki. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a aussi privilégié une solution politique lors d’une conversation téléphonique avec le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki. Les deux responsables ont souligné samedi « que l’option militaire n’était pas la seule pour trouver une solution à la crise qui doit être résolue de façon pacifique », selon un communiqué du bureau du premier ministre iraqien publié dimanche à Bagdad. Pour Téhéran, une intervention turque affaiblira le gouvernement iraqien, formé par des groupes chiites et kurdes alliés de l’Iran. MM. Maliki et Ahmadinejad se sont toutefois dit déterminés à « affronter les activités terroristes du PKK qui sont faites au détriment des intérêts de l’Iraq, de la Turquie et de l’Iran ».

Reste la Syrie qui a, elle aussi, son mot à dire. Pour l’heure, la position syrienne reste ambiguë. Le président syrien, Bachar Al-Assad, dont le pays est le principal allié arabe de l’Iran dans la région, avait apporté son soutien à une éventuelle intervention militaire turque avant de nuancer ensuite ses propos. Damas, qui compte elle aussi une minorité kurde, n’est sans doute pas contre la neutralisation des séparatistes kurdes, ce qui est dans son intérêt. « Le terrorisme du PKK menace non seulement la Turquie, mais également l'Iran et la Syrie », a souligné lundi le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, à l’issue d’un entretien à Damas avec son homologue iranien. Mais en même temps, il serait difficile pour Damas d’appuyer une intervention militaire turque en Iraq, alors que les Syriens se sont toujours déclarés opposés à toute intervention étrangère depuis le déclenchement de la guerre américaine contre le régime de Saddam Hussein. « Nous voulons donner une chance à une solution politique », a ajouté le ministre, espérant que les « efforts diplomatiques (déployés) aboutissent afin de préserver la sécurité de la Turquie et de l'Iraq ».

Les calculs sont donc compliqués et les enjeux multiples. D’autant plus qu’ils impliquent plusieurs acteurs dont les intérêts ne se croisent pas forcément. Quoi qu’il en soit, comme l’a déclaré le président du Kurdistan iraqien, Massoud Barzani, « sans solution du problème kurde, il n’y aura pas de stabilité dans la région » .

Abir Taleb

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