Al-Ahram Hebdo, Livres | Une jungle en asphalte
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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Roman. Mekkawi Saïd nous présente dans Le Chant du cygne un vécu complexe au cœur d’une ville du Caire où valeurs et repères semblent avoir été perdus.

Une jungle en asphalte

« C’étaient trois garçons qui pourchassaient un enfant de leur âge le jetant à même le sol. Ils avaient une dizaine d’années. Ils ont commencé par le battre avant de s’accroupir sur lui. L’enfant hurlait. J’ai cru qu’ils allaient le violer et j’ai été étonné par leur audace. J’ai accouru vers eux. Il n’y avait guère de passants à cette heure tardive, au cours d’une nuit aussi froide, ni même des policiers. L’enfant criait toujours. J’ai cru qu’ils voulaient l’obliger à renifler de la colle. (...) Arrivé auprès d’eux, je fus surpris de voir que l’agresseur tentait d’enlever un tatouage qui se trouvait sur le bras de la victime ... Je leur ai demandé d’une voix tonitruante ce qu’ils étaient en train de faire. Le plus grand d’entre eux me dit en s’éloignant : nous effaçons la croix de sa main parce qu’il est copte ... Je leur ai demandé s’ils étaient musulmans, ils ont dit oui de la tête. (...) Je les ai poursuivis, ils m’ont lancé des pierres que j’ai pu éviter adroitement, mais je n’ai pu arrêter leurs cris ... Ô toi sale copte » ...

Une scène des plus significatives et représentatives de ce roman dont la veine est celle de ce qu’on peut appeler le réalisme cru ou même le « sale réalisme », expression en vogue pour désigner un réalisme qui n’a rien de magique, qui est poignant, décrivant le lot quotidien des gosses de rue et même d’intellectuels et artistes à la dérive dans un centre-ville du Caire transformé en véritable jungle en asphalte.

Mekkawi Saïd, qui est à son deuxième roman, est loin de se conformer à un pessimisme classique. D’ailleurs, son héros ou narrateur est schizophrène, d’où une dualité du regard et de la narration, souvent accompagnés d’autres vues parallèles, selon les personnages, se recoupant parfois et d’autres fois non. On se souvient bien de la phrase « Le romancier n’est pas le bon Dieu ». C’est bien la règle ici. C’est un monde trouble dont les repères sont difficiles à trouver. Du reste, existent-ils ? Tous les personnages, même celui qui troque l’athéisme pour une foi pure ou dure ou ceux qui cherchent vainement l’exil sont pris dans une sorte d’engrenage fatal. Et le doute devient le lot du lecteur qui a l’impression, que comme l’auteur, il n’a ni le droit ni le loisir de juger. Ce Caire des premières années du XXIe siècle tel qu’il est reflété dans le roman est fait d’occasions ratées, de surplace et de perte des certitudes. Tous finalement, intellectuels, artistes, gosses de la rue, prostituées lancent leur Chant du cygne et l’amour même n’y peut rien : intérêt teinté de doute ou simple désir. « Il a aimé Marcha avec tout ce qui l’entourait de mystère. Peut-être que c’est ce mystère qui a prolongé la durée de leurs relations. Elle est polonaise de nationalité américaine dont les parents ont émigré en Amérique avant la deuxième guerre mondiale. Marcha possède tous les atouts de beauté auxquels= aspire un Oriental, des yeux verts, des cheveux blonds, une taille mince ... elle se distingue par une pensée ordonnée, par son intelligence et ses connaissances culturelles distinguées ... La dernière thèse au sujet de laquelle elle s’est décidée est sur la modération et l’extrémisme dans l’islam à travers une dissection de la société égyptienne ». Marcha se voue finalement à la cause des enfants de la rue et ses relations avec le héros se perdent dans le brouillard. La dérive reste le mot d’ordre.

Ahmed Loutfi

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Mekaawi Saïd,

Taghridet al-bagaa

(le chant du cygne),

Edition Eddar 2007.

 




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