Al-Ahram Hebdo, Livres | Les craintes de la puissance
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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Politique. Saïd Al-Sabbagh apporte, dans Les Relations égypto-iraniennes entre continuité et rupture, de 1970 à 1981, une nouvelle analyse de l’ambiguïté des relations égypto-iraniennes.

Les craintes de la puissance

Depuis la victoire de la révolution islamique en Iran, les relations arabo-iraniennes ont connu de profondes fluctuations, allant du soutien, voire de l’alliance, à la tension et à la rupture des relations diplomatiques. Comme nous le rappelle Saïd Al-Sabbagh dans son nouveau livre Les Relations égypto-iraniennes, entre continuité et rupture, de 1970 à 1981, l’Iran et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques en 1979, lorsque Téhéran a dénoncé comme une trahison la participation du président Sadate aux accords de Camp David en 1978 et la signature d’un traité de paix entre l’Egypte et Israël en 1979. Il n’a pas non plus pardonné au Caire d’avoir accueilli le chah après sa fuite, juste avant l’avènement de la République islamique.

La rupture de ces relations entre l’Iran et l’Egypte constitue, pour nombre d’Egyptiens et Arabes, une véritable énigme, que Saïd Al-Sabbagh tente de résoudre. Grâce à sa connaissance parfaite de la langue perse, Al-Sabbagh a pu présenter les différents points de vue, égyptiens et iraniens.

Dans son analyse, préfacée par l’éminent historien Younane Labib Rizq, Saïd Al-Sabbagh, professeur d’Histoire à l’Université de Aïn-Chams, estime que l’héritage de la révolution islamique de 1979 continue à susciter le doute de l’Egypte face à l’Iran pour son rôle de « déstabilisation du pays » depuis la fin de la phase sadatienne. De son côté, Le Caire se montre frileux à reprendre ses relations avec Téhéran à un moment où les différends entre les principales causes sont grandes. D’ailleurs, l’Egypte ne cache pas ses craintes devant l’influence chiite de l’Iran dans le monde arabe, où la majorité est sunnite, surtout après l’arrivée des chiites au pouvoir en Iraq. Saïd Al-Sabbagh affirme que la rupture entre les deux grands pays pendant près de trente ans suscite de nombreuses interrogations. En 1939, début des relations diplomatiques entre les deux pays, qui se détériorent par la suite pour deux raisons : d’abord en 1960, lorsque l’ancien président Gamal Abdel-Nasser rompt les relations suite à la reconnaissance par le chah d’Israël. Puis lorsque les relations s’améliorent dans les années soixante-dix, l’Egypte signe avec Israël les accords de paix en mars 1979. L’auteur explique que ces accords ont fait d’Israël un élément déterminant dans les relations politiques entre l’Egypte et l’Iran.

Force militaire montante

Mais les craintes arabes face à une éventuelle initiative iranienne de contrôler les destinées de cette partie du monde remontent au début des années 70 du siècle dernier. Al-Sabbagh souligne que la réussite de la révolution en Iran et l’isolement de l’Egypte au niveau régional ont été deux grands événements, au point que « les régimes monarchiques dans le Golfe ont commencé à avoir peur », ajoute l’auteur. C’est dans ce contexte de changement des rapports de force dans la région que l’Iran est devenu peu à peu une force militaire montante. Sadate considérait Khomeini comme un homme de religion et non pas un homme politique, l’accusant même d’avoir « mené la révolution contre le peuple iranien », en provoquant des conflits ethniques au sein même des pays du Golfe. A partir de là, explique l’auteur, les régimes du Golfe ont vécu sans cesse dans la crainte d’un Iran — Empire perse ou République islamique —, maître de la région du Golfe. Selon Al-Sabbagh, la position du Caire, elle, était claire : il s’agissait de soutenir la légalité politique après la révolution islamique. En février 1979, l’Egypte reconnaît la république islamique. Cependant, le parti pris de l’Egypte aux côtés de l’Iraq dans sa guerre contre l’Iran était aussi une des principales causes de leur différend.

Saïd Al-Sabbagh conclut sur un ton plus pessimiste : dans ce climat tendu des relations entre l’Egypte et l’Iran, les deux pays garderont toujours des sentiments de rancune.

Hoda Ghali

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