Politique.
Saïd Al-Sabbagh apporte, dans Les Relations
égypto-iraniennes entre continuité et rupture, de 1970 à
1981, une nouvelle analyse de l’ambiguïté des relations
égypto-iraniennes.
Les craintes de la puissance
Depuis
la victoire de la révolution islamique en Iran, les
relations arabo-iraniennes ont connu de profondes
fluctuations, allant du soutien, voire de l’alliance, à la
tension et à la rupture des relations diplomatiques. Comme
nous le rappelle Saïd Al-Sabbagh dans son nouveau livre Les
Relations égypto-iraniennes, entre continuité et rupture, de
1970 à 1981, l’Iran et l’Egypte ont rompu leurs relations
diplomatiques en 1979, lorsque Téhéran a dénoncé comme une
trahison la participation du président Sadate aux accords de
Camp David en 1978 et la signature d’un traité de paix entre
l’Egypte et Israël en 1979. Il n’a pas non plus pardonné au
Caire d’avoir accueilli le chah après sa fuite, juste avant
l’avènement de la République islamique.
La rupture de ces relations entre l’Iran et l’Egypte
constitue, pour nombre d’Egyptiens et Arabes, une véritable
énigme, que Saïd Al-Sabbagh tente de résoudre. Grâce à sa
connaissance parfaite de la langue perse, Al-Sabbagh a pu
présenter les différents points de vue, égyptiens et
iraniens.
Dans son analyse, préfacée par l’éminent historien Younane
Labib Rizq, Saïd Al-Sabbagh, professeur d’Histoire à
l’Université de Aïn-Chams, estime que l’héritage de la
révolution islamique de 1979 continue à susciter le doute de
l’Egypte face à l’Iran pour son rôle de « déstabilisation du
pays » depuis la fin de la phase sadatienne. De son côté, Le
Caire se montre frileux à reprendre ses relations avec
Téhéran à un moment où les différends entre les principales
causes sont grandes. D’ailleurs, l’Egypte ne cache pas ses
craintes devant l’influence chiite de l’Iran dans le monde
arabe, où la majorité est sunnite, surtout après l’arrivée
des chiites au pouvoir en Iraq. Saïd Al-Sabbagh affirme que
la rupture entre les deux grands pays pendant près de trente
ans suscite de nombreuses interrogations. En 1939, début des
relations diplomatiques entre les deux pays, qui se
détériorent par la suite pour deux raisons : d’abord en
1960, lorsque l’ancien président Gamal Abdel-Nasser rompt
les relations suite à la reconnaissance par le chah
d’Israël. Puis lorsque les relations s’améliorent dans les
années soixante-dix, l’Egypte signe avec Israël les accords
de paix en mars 1979. L’auteur explique que ces accords ont
fait d’Israël un élément déterminant dans les relations
politiques entre l’Egypte et l’Iran.
Force militaire montante
Mais les craintes arabes face à une éventuelle initiative
iranienne de contrôler les destinées de cette partie du
monde remontent au début des années 70 du siècle dernier.
Al-Sabbagh souligne que la réussite de la révolution en Iran
et l’isolement de l’Egypte au niveau régional ont été deux
grands événements, au point que « les régimes monarchiques
dans le Golfe ont commencé à avoir peur », ajoute l’auteur.
C’est dans ce contexte de changement des rapports de force
dans la région que l’Iran est devenu peu à peu une force
militaire montante. Sadate considérait Khomeini comme un
homme de religion et non pas un homme politique, l’accusant
même d’avoir « mené la révolution contre le peuple iranien
», en provoquant des conflits ethniques au sein même des
pays du Golfe. A partir de là, explique l’auteur, les
régimes du Golfe ont vécu sans cesse dans la crainte d’un
Iran — Empire perse ou République islamique —, maître de la
région du Golfe. Selon Al-Sabbagh, la position du Caire,
elle, était claire : il s’agissait de soutenir la légalité
politique après la révolution islamique. En février 1979, l’Egypte
reconnaît la république islamique. Cependant, le parti pris
de l’Egypte aux côtés de l’Iraq dans sa guerre contre l’Iran
était aussi une des principales causes de leur différend.
Saïd Al-Sabbagh conclut sur un ton plus pessimiste : dans ce
climat tendu des relations entre l’Egypte et l’Iran, les
deux pays garderont toujours des sentiments de rancune.
Hoda
Ghali