PND.
La 9e conférence générale du parti commence ses travaux
samedi avec un seul souci affiché : améliorer les conditions
de vie du citoyen égyptien. L’opposition dénonce une
mascarade.
Quelque part entre plusieurs dimensions
Sous
le slogan « Avec nous, l’Egypte avance », la 9e conférence
générale du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) se
déroulera du 3 au 6 novembre avec un programme chargé de
promesses et de bonnes nouvelles.
La semaine dernière, une série de réunions a eu lieu au
siège du PND pour la finalisation de l’ordre du jour de la
conférence. Le premier ministre a insisté sur le fait que
cette édition de la conférence portera surtout sur le
dossier social, à entendre par là les questions de la
création d’emplois, de la subvention, des pensions de
retraite … tout ce qui est susceptible d’améliorer la vie
des citoyens. Il s’agit également de donner un nouvel élan
aux investissements dans les domaines de l’enseignement, de
la santé, de l’infrastructure, et du logement. Des efforts
dont les résultats se feront sentir d’ici 2012, d’après le
premier ministre Nazif. Celui-ci a souligné que le
gouvernement était responsable d’appliquer les politiques
définies par le PND dans le cadre du programme de
développement annoncé par le président Moubarak lors de sa
campagne électorale en 2005.
Mais cette conférence se déroulera également sur fond de
guerre entre plusieurs centres de pouvoir, qui veulent
imposer chacun son hégémonie sur les cadres et les bureaux
du parti. Les dirigeants du PND ayant déjà affirmé leur
intention de réélire le président Hosni Moubarak à la tête
du parti, les spéculations portent surtout sur le poste du
secrétaire général, actuellement occupé par Safouat
Al-Chérif. Beaucoup d’analystes s’attendaient à ce que
celui-ci soit évincé au profit de Gamal Moubarak, fils du
président et président du comité des politiques, mais les
récentes déclarations officielles discréditent de telles
spéculations. La tendance serait plutôt d’étendre davantage
les prérogatives de ce comité déjà très puissant pour
raffermir l’autorité du fils du président sur le parti tout
en évitant des changements majeurs dans l’organigramme.
L’enthousiasme officiel jure avec le désintérêt total de la
population et de l’opposition à la veille de cet événement.
Pour l’opposition, il s’agit d’une nouvelle manifestation du
PND mobilisant l’appareil médiatique de l’Etat, mais qui
n’aura rien apporté de nouveau que ce soit au niveau
politique ou celui économique.
« La conférence du PND se réunit pour annoncer des décisions
qui avaient été prises longtemps auparavant, on ne doit
s’attendre à aucune nouveauté. C’est qu’en Egypte, la
politique n’est adoptée ni au PND ni au Conseil des
ministres : constitutionnellement, c’est le président de la
République qui la définit avec ses conseillers dont seul
Dieu connaît l’identité », lâche Hussein Abdel-Razeq, cadre
du parti du Rassemblement (gauche). « Le PND va poursuivre
les mêmes politiques qu’il adopte depuis sa création, des
politiques qui prennent le parti des capitalistes parasites
et des hommes d’affaires aux dépens des couches de la
population les plus démunies », prédit-il.
De son côté, Wahid Abdel-Méguid, cadre wafdiste et analyste
politique, fait remarquer que la publicité exagérée qui
entoure cette manifestation est contraire au caractère privé
des conférences partisanes. « C’est une sorte de kermesse
vidée de tout sens politique ». Quant au discours sur ladite
« dimension sociale », pour lui ce n’est qu’un discours
destiné à la consommation locale. « Ceux qui sont en charge
de la politique économique du gouvernement ne sont nullement
préoccupés de cette dimension sociale, de par la nature même
de leur mentalité et de leur formation », assure-t-il.
Qu’ils parlent comme politiques ou comme « citoyens », les
responsables et les membres du PND refusent de se laisser
abattre par un tel pessimisme. « Les rapports des instances
économiques mondiales indiquent que l’Egypte fait un très
bon travail au niveau de la croissance, dont le taux a
atteint plus de 7 % cette année, et en ce qui concerne
l’attraction des investissements étrangers », insiste pour
sa part Ahmad Abou-Zeid, député PND.
Et si pour certains les études des économistes sont si loin
de la vie quotidienne du citoyen moyen, pour les PND le
contraste n’est pas si flagrant.
« Qui a dit que ces efforts restent sans effet ? Les
chiffres du Conseil des ministres indiquent que 90 % des
Egyptiens ont un poste télé et un frigo chez eux.
Beaucoup de ceux qui appartiennent à ce qu’on appelle les
couches populaires appartiennent à une économie parallèle et
ont des revenus non déclarés. En l’absence de statistiques
fiables, l’observation de la réalité sociale devient très
difficile en Egypte », affirme Abou-Zeid. Ce qui explique
peut-être la cohabitation de plusieurs réalités.
Chérif Albert