Al-Ahram Hebdo, Idées | Le Caire-Chicago, aller simple ?
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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Idées

Livres. Quelques années après le succès mondial de L’Immeuble Yacoubian, Alaa Al-Aswani présente son dernier roman, Chicago, qui vient d’être traduit en français par Gilles Gauthier (Actes Sud, 2007).

Le Caire-Chicago, aller simple ?

Chicago. La nouvelle torpille littéraire du trublion Alaa Al-Aswani est enfin disponible en français. Loin des milieux populaires cairotes et du fourmillement de la rue Solimane pacha, l’auteur nous emmène par-delà les océans, à Chicago, ville de contraste, de misère, de culture. Il brosse une chronique tantôt tendre, tantôt désespérée de la vie d’Egyptiens émigrés sur le campus de Chicago, déracinés pour certains, assimilés pour d’autres, compliqués pour tous. Alaa Al-Aswani ne s’est pas précipité d’entamer l’écriture de Chicago, il l’explique en ces termes : « Ecrire un livre, c’est comme vivre une histoire d’amour ; il vaut mieux laisser un peu de temps entre chaque histoire ». Mais là encore, il décortique, jauge, soupèse, évalue chaque personnage de ce roman avec une précision toute scientifique. Dans un cahier, il note chaque détail de leur apparence, la marque de cigarette qu’ils fument … Une fois les personnages créés, l’auteur perd son autorité et n’est plus maître de leur destin : « Parfois je suis très déçu par l’attitude de mes personnages, ils manquent de courage, mais qu’y puis-je ? ». Alaa Al-Aswani le scientifique passe au microscope une frange de la société égyptienne déracinée, pour mieux comprendre les maux qui la sclérosent : fanatisme religieux, tabous, sexualité étouffée, système politique contesté …

Ibrahim Issa, rédacteur en chef du quotidien Al-Dostour, lui a proposé de continuer cette tradition du feuilleton très usité par Naguib Mahfouz et de publier des épisodes de Chicago. L’auteur a été enchanté par cette initiative, qui lui a permis de récolter des réactions à chaud des lecteurs et d’avoir des retours directs sur son écriture. « D’un seul coup, vous n’êtes plus dans le cercle des lecteurs de littérature, vous êtes dans le grand cercle des lecteurs d’un journal », dit-il.

Sur la qualité de l’écriture cette fois, Alaa Al-Aswani a essuyé des critiques : on a mis en doute le style, reproché de faire référence au sexe de façon trop systématique ; bref des dents ont grincé. « Je comprends, explique le romancier, on ne peut pas connaître un tel succès dans n’importe quel domaine et ne pas susciter de jalousies, la nature humaine est ainsi faite ». Il aime citer Garcia Marquez qui a dit un jour « un bon sujet ne suffit pas à faire un bon roman, mais un bon roman doit toujours avoir un bon sujet ». On a à maintes reprises écrit sur ce dont traite L’Immeuble Yacoubian, alors pourquoi ne pas simplement dire que c’est un bon roman ?

Mais qu’importe, Chicago connaît un démarrage plus qu’honorable, il s’écoule mieux encore que L’Immeuble Yacoubian. Et d’ici un an, si la rupture amoureuse est consommée, Alaa Al-Aswani en commencera une nouvelle. Espérons-le.

Louise Sarant

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