Livres.
Quelques années après le succès mondial de L’Immeuble
Yacoubian, Alaa Al-Aswani présente son dernier roman,
Chicago, qui vient d’être traduit en français par Gilles
Gauthier (Actes Sud, 2007).
Le
Caire-Chicago, aller simple ?
Chicago.
La nouvelle torpille littéraire du trublion Alaa Al-Aswani
est enfin disponible en français. Loin des milieux
populaires cairotes et du fourmillement de la rue Solimane
pacha, l’auteur nous emmène par-delà les océans, à Chicago,
ville de contraste, de misère, de culture. Il brosse une
chronique tantôt tendre, tantôt désespérée de la vie
d’Egyptiens émigrés sur le campus de Chicago, déracinés pour
certains, assimilés pour d’autres, compliqués pour tous.
Alaa Al-Aswani ne s’est pas précipité d’entamer l’écriture
de Chicago, il l’explique en ces termes : « Ecrire un livre,
c’est comme vivre une histoire d’amour ; il vaut mieux
laisser un peu de temps entre chaque histoire ». Mais là
encore, il décortique, jauge, soupèse, évalue chaque
personnage de ce roman avec une précision toute scientifique.
Dans un cahier, il note chaque détail de leur apparence, la
marque de cigarette qu’ils fument … Une fois les personnages
créés, l’auteur perd son autorité et n’est plus maître de
leur destin : « Parfois je suis très déçu par l’attitude de
mes personnages, ils manquent de courage, mais qu’y puis-je
? ». Alaa Al-Aswani le scientifique passe au microscope une
frange de la société égyptienne déracinée, pour mieux
comprendre les maux qui la sclérosent : fanatisme religieux,
tabous, sexualité étouffée, système politique contesté …
Ibrahim
Issa, rédacteur en chef du quotidien Al-Dostour, lui a
proposé de continuer cette tradition du feuilleton très
usité par Naguib Mahfouz et de publier des épisodes de
Chicago. L’auteur a été enchanté par cette initiative, qui
lui a permis de récolter des réactions à chaud des lecteurs
et d’avoir des retours directs sur son écriture. « D’un seul
coup, vous n’êtes plus dans le cercle des lecteurs de
littérature, vous êtes dans le grand cercle des lecteurs
d’un journal », dit-il.
Sur la
qualité de l’écriture cette fois, Alaa Al-Aswani a essuyé
des critiques : on a mis en doute le style, reproché de
faire référence au sexe de façon trop systématique ; bref
des dents ont grincé. « Je comprends, explique le romancier,
on ne peut pas connaître un tel succès dans n’importe quel
domaine et ne pas susciter de jalousies, la nature humaine
est ainsi faite ». Il aime citer Garcia Marquez qui a dit un
jour « un bon sujet ne suffit pas à faire un bon roman, mais
un bon roman doit toujours avoir un bon sujet ». On a à
maintes reprises écrit sur ce dont traite L’Immeuble
Yacoubian, alors pourquoi ne pas simplement dire que c’est
un bon roman ?
Mais
qu’importe, Chicago connaît un démarrage plus qu’honorable,
il s’écoule mieux encore que L’Immeuble Yacoubian. Et d’ici
un an, si la rupture amoureuse est consommée, Alaa Al-Aswani
en commencera une nouvelle. Espérons-le.
Louise Sarant