Al-Ahram Hebdo, Idées | Rencontre entre Histoire et poésie
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Idées

Evénement. Les prix Cavafis ont été décernés la semaine dernière à Cavalla, en Grèce, dans le cadre d’une cérémonie dédiée à Naguib Mahfouz. Une occasion de rappeler les liens historiques et culturels étroits entre l’Egypte et la Grèce.

Rencontre entre Histoire et poésie

La cérémonie officielle s’est déroulée le jeudi 25 octobre, après l’arrivée à Cavalla d’un charter grec transportant d’importantes personnalités du monde littéraire, culturel, académique et artistique, dont l’Orchestre symphonique du Caire, qui déclencha dans la soirée les applaudissements du public grec, enthousiasmé par l’opéra Aïda interprété dans toute sa splendeur.

La représentante de l’ambassade d’Egypte en Grèce, Manal Al-Chénnawi inaugura la cérémonie par un discours de Hamdi Loza, ambassadeur d’Egypte en Grèce, qui précisa les relations historiques entre la Grèce et l’Egypte et annonça que l’ambassadeur se rendrait bientôt à Cavalla, accompagnant le ministre Zaqzouq ainsi qu’une éminente délégation pour rendre hommage à la naissance de l’Institut Mohamad Ali pour les recherches et les études orientales et à l’occasion de la restauration d’Imaret, construit en 1817 par le fondateur de la dynastie égyptienne moderne, né à Cavalla.

Le maire de Cavalla exprima, lui, son émotion à l’occasion du 74e anniversaire de la mort de Cavafis : « Depuis la naissance de la commémoration Cavafis en 1983, une cérémonie se déroule tous les deux ans. Cette année, elle a lieu en dehors des frontières égyptiennes. Pour nous, cette cérémonie prend une signification particulière, car Mohamad Ali était le fils de Cavalla. Le fondateur de l’Egypte moderne a accompli des œuvres importantes, entre autres de bienfaisance ».

Quant au poète Farouq Goweida, également directeur de rédaction pour les affaires culturelles du quotidien Al-Ahram, il insista, dans une allocution élégante, sur l’importance du dialogue des civilisations entre l’Egypte et la Grèce et manifesta son émotion en recevant le prix Cavafis, symbole de l’unité des civilisations. Le poète grec, qui vivait à Alexandrie, ville-carrefour de toutes les langues et de toutes les races, s’est en effet inspiré du plus beau contenu de la pensée et de la justice. Goweida précisa que le règne de Mohamad Ali est une partie positive de l’histoire de l’Egypte. Le règne de Mohamad Ali avait marqué la création de l’Etat moderne égyptien. Il ajouta que le fait que Cavafis ait vécu en Egypte et que Mohamad Ali soit né à Cavalla, signifiait bien que la patrie n’excluait jamais l’autre. Il précisa que l’Egypte était toujours restée ouverte à toutes les civilisations. Même si, de son point de vue, le langage des intérêts est l’élément qui a gâché les relations entre les peuples et les nations. Il a conclu en se déclarant « heureux de recevoir un prix de la Grèce, phare de la culture mondiale ».

Le prix décerné à la romancière Radwa Achour a également été applaudi, bien qu’elle n’ait pas pu se rendre à Cavalla. La jeune femme de lettres Sahar Al-Mougui était présente à la cérémonie, et a accueilli son prix, attribué pour les nouvelles littéraires, avec joie et timidité.

Pour la première fois, les prix Cavafis ont été décernés à trois Grecs, dont le poète Cristolakris et un prix pour la traduction à Ekilias Kiriaktis pour sa traduction de L’Immeuble Yacoubian. Le conseiller culturel de l’ambassade de Grèce en Egypte, Yanis Melachrinoudis, organisateur de cette manifestation a déclaré devant l’audience que Cavafis était une personnalité internationale égyptienne et grecque en même temps et posa cette question : « Qu’en aurait-il été si Cavafis n’était pas né à Alexandrie, et s’il n’avait pas des origines grecques ? ». Définissant Cavafis comme « le poète de la mondialisation », il rappela ces mots du poète qui n’a été reconnu en Grèce qu’après sa mort, même s’il a eu un impact sur la littérature mondiale : « Je suis le poète des générations futures ».

Une série d’exposés furent présentés. Mohamad Afifi, professeur d’histoire moderne à l’Université du Caire, présenta un exposé sur Tahtawi et l’ère de Mohamad Ali. Il expliqua à l’audience que la plupart des historiens considéraient que l’époque de Mohamad Ali marque le début de l’Egypte moderne et que c’est avec Tahtawi que naît véritablement la pensée arabe moderne. Réfaat Salam précisa dans un autre exposé que Cavafis commença sa vocation de poète par le romantisme et devint plus tard un pionnier de la poésie moderne. Cavafis n’a été connu par les intellectuels et poètes arabes qu’à la fin des années soixante-dix, à travers les traductions du poète iraqien Saadi Youssef, de Hamdi Ibrahim et de Naïm Attiya. Selon Salam, Cavafis se situait en dehors des institutions, voire contre elles, car elles abolissent son moi intérieur et humanitaire. Mohieddine Motouwi, lui, insista sur l’influence des poètes grecs sur les poètes égyptiens, et ajouta qu’Alexandrie avait été pour Cavafis le rêve et l’inspiration qui lui permettaient d’écrire.

La cérémonie comptait également des invités de marque, parmi lesquels le prince Abbass Helmi, petit-fils du khédive Tawfiq, qui était au rendez-vous avec l’histoire. Revenant pour l’Hebdo sur quelques-unes de ses impressions lors de sa visite, il nous a confié que c’était une histoire dont tous les Egyptiens devaient se sentir fiers, Mohamad Ali ayant laissé un héritage très important en Grèce comme en Egypte : « Les deux choses vont ensemble, il a vraiment créé une chose magnifique, et nous, nous découvrons Cavalla, qui est vraiment une très belle ville. L’Imaret, la maison de Mohamad Ali à Cavalla a été très bien restaurée. Personnellement, je suis très heureux, parce que quand je suis venu pour la première fois, il y a près de quinze ans, les monuments étaient en très mauvais état, certains plafonds s’étaient effondrés. J’étais assez pessimiste à ce moment-là sur ce qui allait arriver, parce que je pensais que tout l’édifice allait s’effondrer, mais j’étais heureusement surpris du haut niveau de la qualité de la restauration ». Pour Helmi, le génie de Mohamad Ali était un génie d’organisateur : c’était un homme très pratique, qui avait compris que l’ouverture sur l’Occident était très importante à ce moment-là, en gardant toujours un esprit oriental et musulman.

Cet esprit d’ouverture chez Mohamad Ali correspond tout à fait au sens de la cérémonie Cavafis, qui a remis à l’honneur, outre le poète à l’identité plurielle dont elle porte le nom, le prix Nobel égyptien, qui reste, lui aussi, un symbole de tolérance et d’ouverture à l’autre.

Aicha Abdel-Ghaffar

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