Cancer du Sein .
La campagne mondiale de lutte contre le cancer des seins,
qui a commencé en 1994 et se renouvelle chaque année au mois
d’octobre, vient d’être lancée cette semaine et pour la
première fois en Egypte. Avec le même objectif : celui
d’inciter les femmes à faire un dépistage précoce.
L’Egypte se lance dans la lutte
Ce
projet de lutte contre le premier cancer féminin va
s’étendre sur 5 ans et couvrira les 27 gouvernorats avec la
mise en œuvre d’importants moyens tels que des unités
mobiles équipées de mammographes et de médecins spécialistes
dans ce domaine. Des véhicules où l’on fera passer des
examens radiologiques sur place et que l’on expédiera vers
des centres spécialisés pour connaître le résultat. Les
femmes atteintes recevront le traitement approprié.
« Cette étape est très importante et nous ne pouvions passer
outre car cette maladie est la première cause de mortalité
chez la femme, la deuxième par cancer en général en Egypte
et la troisième cause de décès dans le monde. En Egypte, une
femme sur dix risque de développer un cancer du sein », dit
Tareq Badr, médecin, chef du centre d’information à la
direction générale de radiologie. D’après lui, il a fallu
des mois de préparation pour élaborer ce projet. « On a
commencé par réunir une base de données concernant chaque
région : nombre de femmes, leurs âge, culture, etc., mettre
sur pied des projets médiatiques, publicitaires, contacter
les ONG qui travaillent dans chaque région et programmer des
stages pratiques pour des médecins et infirmières. Et
obtenir l’assistance du ministère de l’Intérieur pour
faciliter la circulation de ces unités mobiles, car il
s’agit de grands camions qui doivent rouler sur des routes
et se garer sur des espaces non escarpés pour ne pas altérer
les examens radiologiques ».
Le Dr Tareq affirme qu’avec cette campagne, ils auront une
idée sur le nombre de femmes atteintes d’un cancer du sein
tout en souhaitant parvenir à leur objectif : celui de
sensibiliser les femmes et les encourager à se faire suivre
régulièrement par un médecin, car dès que les symptômes
apparaissent, le cancer est déjà à son troisième ou
quatrième stade, ce qui rend la guérison plus difficile. Une
vérité que les Egyptiennes ignorent encore.
Si les statistiques révèlent qu’en Egypte, le nombre de
nouveaux cas par 100 000 habitants est faible, cela
s’explique par l’absence de programmes sur le plan national
pour enregistrer ou déceler les nouveaux cas. D’après des
chiffres avancés par l’Institut des tumeurs, ce genre de
cancer est le plus courant avec un taux de 19,29 %.
Selon Abdel-Aziz Al-Chobari, directeur de l’hôpital Al-Galaa
et membre du comité de la santé au Conseil national de la
femme, la campagne de dépistage en Europe vise les femmes
âgées de plus de 50 ans, alors qu’en Egypte, elle concerne
une tranche de femmes plus jeunes, celles qui ont 40 ans. «
Si l’alcool et le tabac sont les causes essentielles du
cancer du sein chez les femmes occidentales, en Egypte,
l’utilisation des pesticides, le stress, la pollution et la
pauvreté provoquent la maladie ».
Le fameux dépistage
En fait, avant cette campagne, d’autres initiatives ont été
prises. L’Egypte a déjà participé au sommet international de
sensibilisation sur le cancer du sein qui s’est tenu à
Budapest les 29 et 30 septembre dernier, sous le slogan «
Donner l’espoir ». Lors de ce sommet, on a annoncé que
chaque année, un million de femmes étaient atteintes d’un
cancer du sein dans le monde. D’après le Dr Al-Chobari,
quelques hôpitaux ont pris l’initiative de lancer de petites
campagnes locales, pour avoir une idée du nombre de malades
et encourager les femmes à aller consulter les médecins qui
offrent leurs services gratuitement. Cependant, et d’après
lui, de telles initiatives n’ont rien changé à leur
comportement et ont presque échoué. « Beaucoup d’entre elles
arrivent avec un sein en piteux état et le traitement
proposé ne sert seulement qu’à allonger leur durée de vie ».
L’Institut égyptien de lutte contre le cancer du sein avait
tenté aussi plusieurs expériences en organisant une campagne
annuelle sous le nom de « Run for Cure » (courir pour la
guérison), pour mettre l’accent sur l’importance de
dépistage précoce de la maladie et encourager les femmes à
aller consulter un médecin. Selon Abir, responsable à
l’institut, des colloques et des cours ont lieu partout en
Egypte depuis quelques années et pour le même objectif. « On
déploie de grands efforts, mais la réaction des femmes est
négative, rares sont celles qui réagissent positivement »,
dit Abir en ajoutant que les jours qui suivent, l’institut
prévoit d’organiser à l’Université américaine une semaine
spéciale pour propager les idées positives autour de la
maladie.
Beaucoup d’efforts ont été déployés au service de cet
objectif mais les Egyptiens n’en tiennent pas compte. Les
gens refusent même de prononcer le mot cancer, ils l’ont
surnommé la mauvaise maladie ou le syndrome malin de peur de
l’attraper et donc, ni le niveau social ni la culture ne
font de différence remarquable : devant le cancer, tout le
monde devient sourd et aveugle. « C’est un obstacle
essentiel qui rend la mission plus difficile. En général,
les Egyptiens n’ont pas cette culture de la médecine
préventive, et c’est quand ils sont très mal en point qu’ils
décident d’aller faire une consultation », dit Al-Chobari.
Il ajoute aussi qu’avec son travail avec les femmes, il a
découvert une autre raison qui les empêche de consulter un
médecin : les seins étant des organes très sensibles liés à
l’intimité de la femme. Elles ne peuvent pas facilement les
montrer à un homme même si c’est un médecin et au risque de
raccourcir leur vie ou la rendre plus douloureuse.
Cependant, tous les participants à cette campagne de lutte
contre le cancer du sein espèrent profiter des expériences
précédentes pour changer le comportement des femmes à
travers la sensibilisation d’abord, et offrir aussi des
consultations et des analyses gratuites pour déceler
d’autres maladies chroniques comme le diabète ou la tension
artérielle ensuite, et inciter les femmes à venir en
consultation en plus des examens radiologiques et les
traitements. Tous ces services sont fournis sur place, sans
aucune contrainte et en présence de thérapeutes compétentes,
et donc toutes les femmes y sont invitées .
Hanaa
Al-Mekkawi