Syndicat des Journalistes .
Le dépôt des candidatures pour les élections a commencé
cette semaine. La campagne s’annonce difficile face à des
électeurs plus que jamais indécis. Verdict le 17 novembre.
Une lutte serrée s’annonce
Plus
de 5 000 journalistes sont appelés à voter le 17 novembre
pour élire un nouveau président de leur syndicat et son
conseil formé de 12 membres. Quatre candidats sont en lice
pour le poste de président, à savoir Makram Mohamad Ahmad,
ex-PDG de Dar Al-Hilal, qui se présente comme le candidat du
gouvernement, Ragaï Al-Mirghani, directeur de rédaction de
l’agence de presse égyptienne MENA (Middle East News Agency),
qui se présente sous l’étiquette « indépendant », Mohamad
Youssef Al-Masri, journaliste à Al-Ahram, et Magdi
Abdel-Ghani, vice-rédacteur en chef du quotidien Al-Akhbar.
Parallèlement, 45 journalistes de différentes tendances
politiques et institutionnelles sont en lice pour les 12
sièges du conseil du syndicat, dont quatre Frères musulmans,
un copte et pour la première fois six femmes.
Les élections du Syndicat des journalistes interviennent
cette année dans un contexte particulier. Elles font suite à
la condamnation de 4 rédacteurs en chef de journaux
indépendants à des peines de prison pour « diffamation à
l’encontre des responsables du PND » et « propagation de
rumeurs sur la santé du président de la République ». Les
tentatives du gouvernement de faire assumer au syndicat la
responsabilité de ces verdicts en l’accusant de ne pas avoir
été en mesure de faire respecter le code de déontologie
confèrent aux élections un intérêt spécifique.
La bataille principale pour la présidence du syndicat
opposera alors Makram Mohamad Ahmad à Ragaï Al-Mirghani, ce
dernier brandissant le slogan de l’indépendance du syndicat.
Makram Mohamad Ahmad a fait de l’annulation des peines
d’emprisonnement contre les journalistes son cheval de
bataille. Il s’est engagé à mettre fin à l’emprisonnement
des journalistes dans un délai de deux mois. « Si je ne
réussis pas, alors je m’en irai », déclare Makram qui a basé
son programme sur trois axes principaux, à savoir
l’annulation des peines de prison, l’amélioration des
salaires et de l’exercice du métier. « Mon histoire
syndicale et mes réalisations parlent d’elles-mêmes », a
déclaré Makram Mohamad Ahmad, confiant. L’objectif pour lui
est de « sortir le syndicat de la crise actuelle ». « Le
syndicat traverse une période où toutes les cartes sont
mélangées. On a mélangé le travail syndical et le travail
politique, ce qui a donné lieu à un conseil faible et divisé
incapable d’assumer ses responsabilités et de faire
respecter le code de déontologie », a déclaré Makram, qui
affirme vouloir un syndicat professionnel et non pas un
syndicat politisé.
De l’autre côté, Ragaï Al-Mirghani accuse Makram Mohamad
Ahmad d’être le « bras gouvernemental dressé contre
l’indépendance de la presse ». Il affirme vouloir s’opposer
aux tentatives de nationaliser le syndicat et vouloir
protéger la liberté. « Le candidat du gouvernement a déjà
été président du syndicat, mais qu’a-t-il fait ? Rien. Il ne
faut pas se laisser séduire par les promesses brillantes et
nous détourner de notre but qui est de protéger le métier et
d’établir des relations équilibrées entre les journalistes
et l’Etat », affirme Al-Mirghani.
Reprendre le contrôle
La campagne des deux candidats s’annonce difficile. Tous les
scénarios restent ouverts. Lors des élections de 2003, les
journalistes des entreprises de presse gouvernementales
s’étaient rassemblés pour la première fois en 25 ans autour
du candidat indépendant Galal Aref. Et ce dernier a été
reconduit au poste de président du syndicat en 2005. Cette
fois-ci, les journalistes sont indécis. Pour Abdel-Halim
Qandil, journaliste de gauche, les journalistes doivent être
conscients des tentatives étatiques de dominer le Syndicat
des journalistes. « Ces élections sont une guerre pour
l’existence. Le gouvernement a dévoilé son vrai visage en
jetant les journalistes en prison. Nous devons nous unir
face à cette campagne féroce ». Avis partagé par Yéhia
Qallache, secrétaire général du syndicat, qui estime qu’il
faut poursuivre l’expérience d’un président indépendant. «
Cette expérience, quoique récente, a réussi à ouvrir
beaucoup de dossiers qui avaient été négligés pendant des
dizaines d’années », estime Qallache qui affirme que cette
expérience a été très concluante. « Bien entendu, tous les
problèmes n’ont pas été réglés, mais le syndicat a fait des
réalisations importantes sans rien demander à l’Etat »,
affirme Qallache.
Certains journalistes trouvent cependant qu’il faut
reprendre le contrôle du syndicat dominé par les Nassériens
depuis 4 ans. Atef Abdel-Ghani, journaliste au magazine
Octobar, critique le conseil du syndicat actuel qui, selon
lui, a politisé l’établissement et négligé l’aspect
professionnel. « Je préfère un président gouvernemental
modéré capable d’attribuer des services, surtout avec la
détérioration du statut social et professionnel des
journalistes et qui soit en même temps capable de préserver
le prestige du syndicat », affirme Abdel-Ghani. Mohamad
Khoraga, journaliste à Al-Ahram, est d’accord. Il affirme
que les Nassériens ont détruit le syndicat. « Galal Aref a
transformé le syndicat en parti politique, le conseil du
syndicat n’a pas pu faire face aux vrais défis. Le code de
déontologie est resté inerte. Résultat : un syndicat faible.
C’est pourquoi il faut œuvrer pour l’ensemble des
journalistes et non pas pour une seule catégorie », affirme
Khoraga. Qu’il soit gouvernemental ou indépendant, les
journalistes veulent un président et un conseil capables de
les protéger des peines de prison et d’améliorer leurs
salaires.
May
Al-Maghrabi