Al-Ahram Hebdo, Egypte |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Egypte

Infrastructure . L’installation d’une station d’eau potable à Kafr Al-Eloue à Hélouan a privé une trentaine de familles de leurs maisons démolies pour cause d’intérêt public. Elles se retrouvent sans abri.  

De l’eau pour les uns et plus de toit pour les autres  

Depuis deux semaines, Kafr Al-Eloue, à l’est de Hélouan, au Caire, est transformé en un chantier de travail. Les travaux d’installation d’une station d’eau potable viennent en effet d’être lancés. Un projet longtemps attendu et censé mettre fin au manque d’eau dans la région. Or, il a été source de drame pour une trentaine de familles qui résident à Kafr Al-Eloue.

Tout commence le 18 octobre. Les habitants se réveillent à 5h du matin sur le bruit des bulldozers. Ils trouvent alors plusieurs centaines d’agents de la sécurité centrale qui encerclent les lieux et envahissent leurs maisons. « Ils nous ont demandé de sortir de nos maisons, mais nous avons refusé. Ils nous ont chassés par force et nous ont insultés. Ils battaient toute personne qui essayait de les empêcher, quel que soit son âge. Les voisins n’ont pas pu venir à notre secours, car la police les a menacés d’arrestation », raconte Hanane Salama, une habitante de Kafr Al-Eloue. En l’espace de quelques heures, les lieux ont été évacués et les habitations rasées. Les champs de cannes à sucre qu’ils cultivaient se sont couverts des débris des maisons détruites et il ne restait plus que les femmes en pleurs, les enfants et les nourrissons. Les hommes étaient absents ! Tous détenus au poste de police. « La veille des incidents, des agents de la sécurité centrale sont venus nous prévenir que nos maisons allaient être détruites pour l’installation d’une station d’eau potable. Nous avons refusé. Mais, ils nous ont prévenus qu’il s’agit d’un projet d’intérêt public. Ils ont convaincu les hommes de les accompagner au poste de police de Hélouan sous prétexte de les inscrire sur la liste des personnes qui seraient dédommagées. Ils ont tous été détenus », affirme Omayma Samir Gabr, habitante, dont le père arrêté n’a été relâché que quelques jours après la démolition des maisons. La police a eu recours à cette ruse pour éviter toute résistance de la part des hommes et pour garantir que les femmes, isolées, se soumettent aux ordres sans aucune contestation. « On ne nous a pas laissé le temps de réunir nos biens et de ramasser nos meubles, ni même de nous assurer que nos enfants étaient tous sortis des maisons », se souvient Sabah Mohamad, mère de 5 enfants dont une a été gravement blessée.

Les habitants de Kafr Al-Eloue résident ici depuis une dizaine d’années. La plupart d’entre eux vivent de la culture de canne à sucre, les autres sont des ouvriers journaliers. Les terres sur lesquelles sont installés les habitants de Kafr Al-Eloue appartiennent à l’Organisme de bonification des terres (relevant du ministère de l’Agriculture). L’organisme les avaient louées à des paysans dans les années 1950 afin de les cultiver. Et ces derniers, les vrais locataires des terrains, les ont cédés aux habitants actuels avec des contrats non authentifiés en échange de loyers. Les habitants qui ont construit des maisons sur les terrains continuent à payer le loyer à l’Organisme de la bonification des terres. « En plus, nous payons les taxes foncières, ce qui prouve que nos habitations ne sont pas illégales », explique Hag Mohamad Chaabane, paysan qui a perdu sa maison et sa récolte d’une valeur de 25 000 L.E. Avant la démolition des maisons, une commission de la municipalité était venue à Kafr Al-Eloue afin de recenser les habitants. Mais la majorité d’entre eux ont refusé d’inscrire leurs noms lorsqu’ils ont su que ce recensement était lié à la démolition de leurs maisons. D’autres ont quitté les maisons de peur qu’on leur dresse des procès-verbaux. Car, conformément à la loi, toute construction sur des terres agricoles est interdite. Seules 26 familles ont été recensées.

Pas de solution en vue

Cette évacuation des habitants est intervenue après la décision du ministère de l’Agriculture de céder des terrains à celui de l’Habitat, chargé de l’installation de la station de l’eau potable. Les habitants se sont adressés à leur député indépendant de la circonscription, Moustapha Bakri, pour résoudre leur problème. « J’ai présenté une interrogation au gouvernement devant le Parlement concernant le problème de ces habitants. Même si la construction des maisons n’est pas réglementaire, le gouvernement n’aurait jamais dû raser les lieux avant de garantir aux habitants des logements et des services dans d’autres régions. Les laisser sans abri et sans dédommagement est totalement inacceptable », affirme Bakri. Quelques jours après l’évacuation des terrains, le gouverneur du Caire a décidé d’accorder aux habitants une dizaine d’appartements dans les quartiers de Hélouan et du 15 Mai. Il s’agit d’appartements de deux chambres. Pour les posséder, il faut verser un apport de 1 000 L.E. et des mensualités de 75 L.E. sur 40 ans. Or, le nombre d’appartements ne suffit pas. Par ailleurs, le gouverneur a décidé de verser des indemnités aux habitants évacués. 500 L.E. pour le qirat (175 m2) cultivé et 2 000 L.E. pour le qirat de construction.

Mais, malheureusement, seuls les habitants recensés dans les registres de la municipalité vont en bénéficier. Désespérées, une quinzaine de familles, toujours sans abri, refusent de quitter les lieux. Elles se réfugient dans des tentes avec leurs enfants. Privées de tout, elles se sont installées sur le sol et se lamentent sur leur sort. Le petit lac dont ils se servaient pour irriguer leurs terres agricoles leur fournit l’eau nécessaire pour le nettoyage, les toilettes et le lavage du linge et de la vaisselle. Les victimes suivent, les larmes aux yeux, le va-et-vient des camions qui transportent les décombres de leurs maisons démolies. La poussière couvre les lieux. Tout devient couleur de sable, mêlé à la couleur blanche du gaz qui se dégage des usines du ciment installées à 200 mètres plus loin. L’air devient encore plus étouffant et pollué. Ces habitants, privés de tout, ne peuvent rien faire que s’enfermer avec leurs enfants dans les tentes et attendre que les responsables acceptent de les reloger.

Héba Nasreddine

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.