Universités .
Des facultés dispensant un enseignement de pointe pour les
meilleurs des bacheliers ? L’idée fait son chemin mais est
attaquée sur le front de la discrimination.
La qualité fait scission
500
millions de L.E. ont été allouées par le ministère de
l’Enseignement supérieur dans le but de créer des facultés
de spécialisation pointue pour les bacheliers distingués.
Selon le ministre de l’Enseignement supérieur, Hani Hilal,
le projet devra commencer avec six facultés, dont trois pour
les bacheliers littéraires et trois pour les scientifiques.
Conformément au plan du ministère, chaque faculté
accepterait comme première étape 150 bacheliers. Elles
dépendraient de l’Université du Caire au cours de leurs
premières années de fonctionnement, avant d’être dotées d’un
recteur et d’une administration indépendante. Ces facultés,
à but non lucratif, ne dépendront pas uniquement du budget
alloué par le ministère, mais également de donations
d’hommes d’affaires. Premier objectif annoncé : résoudre le
problème de la capacité d’accueil limitée des facultés en
place, et qui fait qu’un bachelier avec un pourcentage de 95
% ne trouve pas de place dans la faculté de son choix.
Abdallah Barakat, secrétaire du Haut Conseil des
universités, explique que la création de ces nouvelles
facultés est une véritable nécessité afin de réaliser le
principe d’égalité des chances. Le nombre d’étudiants ayant
passé le bac avec succès cette année a atteint 380 000,
alors que les universités publiques ne peuvent assimiler que
250 000 nouveaux étudiants par an, tandis que les
universités privées n’accueillent que 15 000 bacheliers, en
raison de leurs frais de scolarité très élevés. Barakat
ajoute que les frais de ces facultés n’ont pas encore été
fixés. « Mais ils seront bien sûr moins chers que ceux des
universités privées, ce qui permettrait aux étudiants de la
classe moyenne de s’y inscrire », rassure-t-il.
Le deuxième objectif serait de moderniser l’enseignement
supérieur, puisque le système d’enseignement dans ces
facultés sera calqué sur le modèle américain. Actuellement,
la plupart des universités égyptiennes ne sont pas en mesure
de former un diplômé compétent capable de s’adapter aux
nouvelles technologies et répondant aux besoins du marché du
travail. Le but de ces nouvelles facultés sera ainsi de
mettre sur le marché une génération de jeunes diplômés ayant
un niveau compétitif par rapport à la main-d’œuvre
internationale.
Spécialisations très demandées
Dans cette même perspective, les nouvelles facultés
offriront des spécialisations très demandées sur le marché
du travail dans l’ingénierie, la pharmacie, la gestion et
l’énergie nucléaire. « La création de ces nouveaux
départements pourrait contribuer à faire économiser à l’Etat
des milliards de L.E. que touchent les experts étrangers
auxquels l’Egypte fait appel », estime Taghrid Pacha, du
Haut Conseil des universités.
« Les universités étrangères offrent une bonne formation à
leurs étudiants, mais en même temps elles représentent un
risque d’invasion culturelle. C’est pourquoi la création de
ces facultés égyptiennes est nécessaire pour réaliser un
certain équilibre », affirme Kawsar Kojak, professeur
d’université. Ces arguments avancés, aussi sensés qu’ils
puissent être, n’empêchent pas les politiques et les
responsables de l’enseignement de se demander si l’Egypte a
vraiment besoin de ce genre de facultés. Mohamad Al-Mofti,
membre de la commission de l’enseignement au Parlement,
répond par la négative : « Si le but de l’enseignement
supérieur est de créer de nouvelles spécialisations rares,
pourquoi ne pas ouvrir de nouveaux départements dans les
Universités du Caire ou de Aïn-Chams ? Pourquoi le ministère
n’utilise-t-il pas les sommes qu’il entend investir dans la
création de ces facultés pour améliorer la qualité de
l’enseignement dans les universités publiques ? ». D’autres
estiment que ces facultés porteront atteinte à la gratuité
de l’enseignement. Hussein Abdel-Razeq, du parti du
Rassemblement, estime que l’Etat doit assurer gratuitement
une bonne qualité d’enseignement à tous les citoyens, qu’ils
soient riches ou pauvres. « Cette initiative divisera
l’enseignement universitaire en deux catégories : une
première de mauvaise qualité pour les pauvres et une autre
plus moderne pour les riches. De quoi garantir une
discrimination semblable sur le marché du travail »,
poursuit-il.
L’idée
est toujours à l’étude …
Marianne Youssef
Mirande Youssef