Investissements.
Ils ont connu l’année dernière des flux mondiaux record,
grâce surtout aux fusions et acquisitions. Les pays arabes
en recueillent une bonne part, comme le souligne un nouveau
rapport de l’Onu.
Les succès de la région
«
Ces dernières années, les pays en développement ont réussi à
rectifier le tir en leur faveur », salue Maher Salem,
directeur au Caire du centre d’informations de
l’Organisation des Nations-Unies. Une remarque basée sur le
dernier rapport de la conférence des Nations-Unies sur le
commerce et le développement (CNUCED). Le rapport annuel sur
l’investissement dans le monde est intitulé cette année
Sociétés transnationales, industries extractives et
développement, et selon lui, le montant des flux
d’investissements directs (IED) provenant des pays en
développement ont presque doublé pour atteindre 379
milliards de dollars. Un chiffre record qui s’approche de
celui enregistré en 2000. La région Afrique du Nord et
Moyen-Orient (MENA) a attiré, à elle seule, plus de 16,6 %
de cette somme (soit 63,21 milliards de dollars).
L’Arabie saoudite a été la première destination des IED,
avec 18,99 milliards de dollars. L’Egypte arrive en deuxième
position, avec un record de 10,04 milliards de dollars. Ce
qui a aussi entraîné une progression de leur classement en
termes d’attractivité : l’Egypte est passée de la 68e à 33e
place sur 141 pays du monde alors que l’Arabie saoudite
monte à la 63 place au lieu de 92. Les Emirats arabes unis
sont classés troisième de la région, attirant quelque 8,3
milliards de dollars. Et le Soudan, avec 3,54 milliards de
dollars, occupe la quatrième place dans la région MENA.
Après l’Arabie saoudite, suivie par la Tunisie (3,3
milliards), et le Maroc (2,8 milliards de dollars).
L’Egypte a bien accueilli ces chiffres. « Les
investissements non pétroliers s’emparent de plus de 70 % de
l’ensemble de ces flux. Il s’agit donc de nouvelles sociétés
et d’expansions des projets dans les secteurs des services,
du tourisme et de l’industrie », note le ministre de
l’Investissement, Mahmoud Mohieddine, dans un communiqué de
presse diffusé à l’occasion. Enthousiasme partagé par Samir
Radwane, directeur exécutif du Conseil égyptien de la
compétitivité, qui assure que cette tendance a commencé il y
a trois ans. « Dans le passé, la majorité des flux des IED
se dirigeait vers le secteur pétrolier, autant en Egypte que
dans les autres pays de la région », explique-t-il.
L’essor des flux des IED dans le monde entier est interprété
par le grand appétit des corporations transnationales pour
les opportunités d’investissements hors frontières. La
région MENA a ainsi connu une envolée de la valeur des
fusions et des acquisitions ainsi qu’un rôle accru de ces
entités géantes dans les industries extractives. Selon le
rapport, la valeur des fusions et des acquisitions sur le
plan international, y compris les privatisations, a
représenté presque le tiers de la valeur des IED qui se sont
dirigés vers la région en 2006.
Baisse de régime
La tendance n’est pas d’ailleurs nouvelle. Elle a commencé
il y a 3 ans. En 2006, derniers chiffres détaillés
disponibles, la valeur des F&A dans la région a atteint 23
milliards de dollars. Elle provient dans sa majorité des
achats, effectués par des sociétés transnationales
asiatiques, dans les secteurs financiers et des
télécommunications. En 2006, le phénomène n’est pas moins
considérable. « L’ouverture des secteurs financiers et
immobiliers aux étrangers a accéléré les opérations de
privatisation et d’acquisition. Ainsi de nombreux pays
africains et arabes ont-ils intégré des mesures à leurs
cadres politiques et réglementaires afin de garantir un
volume constant des IED et d´attirer des investissements
favorisant leur développement », explique Samir Radwane.
Selon le rapport, la Tunisie est le pays dans lequel la
valeur des acquisitions a été la plus importante (2,13
milliards de dollars) suivi par le Soudan, l’Egypte et la
Libye. Quant aux pays du Golfe, ils sont les plus grands
investisseurs de la région. Les Emirats arabes unis, y
compris Dubaï, arrivent en tête, puisqu’ils ont effectué des
acquisitions pour une valeur totale de 21,6 milliards de
dollars. Ils ont ainsi installé plus de 200 nouveaux projets
hors leurs frontières.
Le pétrole, dont les prix mondiaux ne cessent d’augmenter a
également suscité l’intérêt des multinationales, après de
longues années de négligence. Samir Radwane explique que «
les coûts d’extraction du pétrole et du gaz sont très
inférieurs dans les pays de la région arabe par rapport aux
pays développés ». Et d’ajouter que la hausse des prix des
ressources naturelles, notamment le gaz naturel et le
pétrole, a incité les multinationales à investir dans les
pays riches en ressources, « afin d’assurer
l’approvisionnement de leurs propres pays ».
Par ailleurs, Maher Salem, note un autre phénomène : la
croissance du volume et du rôle des entreprises des pays en
développement dans la région. Ainsi, d’après le rapport, en
termes de production pétrolière, les trois principales
sociétés ont été Saudi Aramco (Arabie saoudite), Gasprom
(Fédération de Russie) et la National Iranian Oil Company.
Cependant, cette effervescence devrait connaître un
ralentissement selon les contributeurs du rapport. Ceux-ci
prévoient que l’activité des multinationales connaisse une
baisse de régime à cause des restrictions imposées par
certains pays sur la propriété des étrangers. Et ce, afin de
maintenir le niveau des recettes de l’Etat. Par exemple, en
Algérie, l’Etat devra détenir au moins 51 % du capital des
entreprises publiques du secteur pétrolier et gazier.
Gilane Magdi