Cinéma.
La manifestation itinérante Cineforum 2007, organisée par
l’ambassade d’Espagne au Caire, fait découvrir à l’Egypte un
siècle de 7e art espagnol.
Eventail ibérique
Treize films retraçant tout un siècle de cinéma espagnol ont
été projetés du 21 jusqu’au 25 octobre au Caire, dans le
cadre de la première édition du Cineforum 2007. Ce panorama
de films espagnols se produira ultérieurement dans d’autres
gouvernorats égyptiens : Minya (du 19 au 29 novembre),
Assouan (du 2 au 7 décembre) et enfin Alexandrie (du 10 au
19 décembre). Pour Ramon Blecua, conseiller culturel de
l’Ambassade d’Espagne au Caire, c’est une manifestation qui
« souhaite rendre la culture accessible à tous », ajoutant :
« Pour nous, ni la culture ni le cinéma sont élitistes, ils
sont au contraire populaires. Il y a des niveaux différents
de compréhension et de connaissance. Et la sensation
éprouvée appartient à chacun et donc à tous ». C’est
pourquoi il faut aussi sortir de la capitale : « C’est
l’idée de s’ouvrir à ce cinéma un peu différent qui n’est
pas toujours présenté dans les salles et d’aller en
Haute-Egypte. Pas de films faciles, pas de films
commerciaux, mais plutôt des films un peu pointus,
sous-titrés en arabe », souligne Ramon Blequa.
Cineforum 2007 constitue alors un éventail de films
réunissant les jeunes réalisateurs et les talents confirmés.
Commençons, entre autres, par le film de l’ouverture, Cria
Cuervos de Carlos Saura. A la fois magnifique film sur
l’enfance et métaphore de l’Espagne franquiste, ce film est
considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de son auteur. Tourné
en 1975, il est réédité aujourd’hui en copies neuves. Il
s’agit de la nuit dans une grande maison madrilène, où la
petite Anna n’arrive pas à dormir. Pour conjurer la mort de
sa mère, elle vit entre rêve et réalité. La force de
l’imaginaire lui permet de ressusciter la mère aimante
(Géraldine Chaplin) et la persuade qu’elle est investie du
pouvoir magique de donner la mort.
Alors, la petite nous fait partager, 20 ans plus tard, les
souvenirs de son enfance et plus précisément ceux de l’été
1975. L’histoire est donc faite de flash-backs et la
narration n’est pas linéaire, les associations d’idées nous
faisant naviguer de façon aléatoire dans la mémoire d’Anna.
Le montage est à ce titre essentiel pour juxtaposer des
situations proches qui, par « collage », font sens. Le
cinéma de Carlos Saura s’avère presque toujours celui de la
dissimulation. Pour lui, la mère disparue symboliserait la
république d’hier, la grand-mère paralysée suscite le
souvenir de l’Espagne de l’avant-guerre civile. Derrière la
mort du père, un ancien officier de la légion Azul, se
profile la mort de Franco, qui date de 1975, ainsi que
l’espoir. Le tour de force du film est d’avoir dressé un
réquisitoire contre cette dictature fondée sur la domination
de l’Eglise, en retraçant une enfance douloureuse, point de
rencontre de l’Histoire et de la vie privée.
Il y a par ailleurs tout un bouquet de longs métrages de
grande valeur dans l’histoire du cinéma espagnol, tels El
Sur (le Sud) de Victor Erice, Mar Adentro (au fond de la
mer) d’Alejandro Amenábar et Muerte de un Ciclista (la mort
d’un cycliste) de J.A. Bardem. La projection de certains
documentaires compte parmi les temps forts de cette
manifestation, notamment avec El Efecto Iguazu (l’effet des
chutes Iguazu) de Perri Juan Bentura, jetant la lumière sur
le problème du chômage en Espagne et les manifestations qui
en résultent. De beaux moments de cinéma et de
documentation, mais un film que l’on ne regarderait pas tous
les jours vu son sujet. Un seul regret pourtant : l’absence
de colloques qui pourraient mener à de fructueuses
discussions autour de l’histoire du cinéma espagnol, afin de
compléter la mission culturelle du forum.
Yasser Moheb