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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Arts

Cinéma. La manifestation itinérante Cineforum 2007, organisée par l’ambassade d’Espagne au Caire, fait découvrir à l’Egypte un siècle de 7e art espagnol.  

Eventail ibérique 

Treize films retraçant tout un siècle de cinéma espagnol ont été projetés du 21 jusqu’au 25 octobre au Caire, dans le cadre de la première édition du Cineforum 2007. Ce panorama de films espagnols se produira ultérieurement dans d’autres gouvernorats égyptiens : Minya (du 19 au 29 novembre), Assouan (du 2 au 7 décembre) et enfin Alexandrie (du 10 au 19 décembre). Pour Ramon Blecua, conseiller culturel de l’Ambassade d’Espagne au Caire, c’est une manifestation qui « souhaite rendre la culture accessible à tous », ajoutant : « Pour nous, ni la culture ni le cinéma sont élitistes, ils sont au contraire populaires. Il y a des niveaux différents de compréhension et de connaissance. Et la sensation éprouvée appartient à chacun et donc à tous ». C’est pourquoi il faut aussi sortir de la capitale : « C’est l’idée de s’ouvrir à ce cinéma un peu différent qui n’est pas toujours présenté dans les salles et d’aller en Haute-Egypte. Pas de films faciles, pas de films commerciaux, mais plutôt des films un peu pointus, sous-titrés en arabe », souligne Ramon Blequa.

Cineforum 2007 constitue alors un éventail de films réunissant les jeunes réalisateurs et les talents confirmés. Commençons, entre autres, par le film de l’ouverture, Cria Cuervos de Carlos Saura. A la fois magnifique film sur l’enfance et métaphore de l’Espagne franquiste, ce film est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de son auteur. Tourné en 1975, il est réédité aujourd’hui en copies neuves. Il s’agit de la nuit dans une grande maison madrilène, où la petite Anna n’arrive pas à dormir. Pour conjurer la mort de sa mère, elle vit entre rêve et réalité. La force de l’imaginaire lui permet de ressusciter la mère aimante (Géraldine Chaplin) et la persuade qu’elle est investie du pouvoir magique de donner la mort.

Alors, la petite nous fait partager, 20 ans plus tard, les souvenirs de son enfance et plus précisément ceux de l’été 1975. L’histoire est donc faite de flash-backs et la narration n’est pas linéaire, les associations d’idées nous faisant naviguer de façon aléatoire dans la mémoire d’Anna. Le montage est à ce titre essentiel pour juxtaposer des situations proches qui, par « collage », font sens. Le cinéma de Carlos Saura s’avère presque toujours celui de la dissimulation. Pour lui, la mère disparue symboliserait la république d’hier, la grand-mère paralysée suscite le souvenir de l’Espagne de l’avant-guerre civile. Derrière la mort du père, un ancien officier de la légion Azul, se profile la mort de Franco, qui date de 1975, ainsi que l’espoir. Le tour de force du film est d’avoir dressé un réquisitoire contre cette dictature fondée sur la domination de l’Eglise, en retraçant une enfance douloureuse, point de rencontre de l’Histoire et de la vie privée.

Il y a par ailleurs tout un bouquet de longs métrages de grande valeur dans l’histoire du cinéma espagnol, tels El Sur (le Sud) de Victor Erice, Mar Adentro (au fond de la mer) d’Alejandro Amenábar et Muerte de un Ciclista (la mort d’un cycliste) de J.A. Bardem. La projection de certains documentaires compte parmi les temps forts de cette manifestation, notamment avec El Efecto Iguazu (l’effet des chutes Iguazu) de Perri Juan Bentura, jetant la lumière sur le problème du chômage en Espagne et les manifestations qui en résultent. De beaux moments de cinéma et de documentation, mais un film que l’on ne regarderait pas tous les jours vu son sujet. Un seul regret pourtant : l’absence de colloques qui pourraient mener à de fructueuses discussions autour de l’histoire du cinéma espagnol, afin de compléter la mission culturelle du forum.

Yasser Moheb

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