Al-Ahram Hebdo, Arts | Répétition créatrice
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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Arts

Exposition. Hani Rashed retravaille la photo, le texte et le message médiatique pour repeindre l’image de l’Occident.  

Répétition créatrice 

Originalité et fictionalité. Ce sont les deux mots-clefs qui s’imposent dès que l’on visite les nouvelles œuvres de Hani Rashed, mais aussi dès que l’on échange une simple conversation avec le jeune artiste. Celui-ci, dans sa trentième exposition, ne cesse de nous étonner. Avec une vision toute personnelle, il va à la recherche de l’ambiguïté de l’image de l’Occident. Cet Occident qu’il a réussi dernièrement à attaquer — grâce aux nombreuses invitations de par le monde (aux Pays-Bas, en Grèce, à la fondation Tapiès à Barcelone, etc.) — porte à la fois l’image positive du progrès, d’un monde ordonné bien en place, et celle chargée des vices de la politique, de ce que les médias nous transmettent à chaque instant, comme violence ou passivité pratiquées contre cette partie du monde qui est la nôtre. Au-delà d’une idée classique de l’Orient-Occident, l’originalité de Hani Rashed réside dans la substitution de l’imagination qui marque ses œuvres par une vision personnelle et un brin d’ironie, dans son incessante recherche de renouveler les supports et varier les techniques. Ainsi, il recourt au collage de papiers des magazines européens, pour la plupart français, et y repeint les personnages de multiples façons. La totalité des œuvres présentées à la galerie Mashrabiya reflètent l’idée de l’image diffusée, de la vitrine à travers laquelle l’on expose ce que les autres doivent voir, d’une publicité dans un sens plus large. L’artiste semble ainsi au cœur de la modernité : il reprend l’image toute faite, comprenant la photographie et le texte, publiée dans les magazines, puis la revisite, tantôt la retouche et tantôt la repeint. Et durant ce parcours, le mot d’ordre reste la répétition. Les personnages des tableaux sont reproduits d’une manière identique, soit en duo, soit, souvent, en trio, fixant le même mouvement. L’inoubliable image du carton d’invitation reprend trois hommes de dos, identiques, en complets, les portables collés aux oreilles. Ils tiennent de l’autre main un chariot parmi les centaines rangés à l’infini portant le logo de la banque HSBC. La signification de l’emprise de l’univers de consommation est toute claire. L’homme fait partie de la marchandise. Il fait partie de tout un système dans lequel il est un simple actant ne possédant guère le dernier mot. Sur d’autres tableaux, on retrouve un trio de femmes en bikini, ou un duo de deux vamps travaillant dans une station d’essence avec en texto « I like exploring my sexuality and my body. I don’t think it’s never gratuitous ». Il remet en cause le mythe de la liberté occidentale.

La répétition à laquelle s’attache Hani Rashed ne joue pas simplement un rôle technique et esthétique, celui de fournir le travail de la mouvance, de la succession, de donner une vivacité au mouvement au-delà de la position fixe. Ou celui de donner une impression générale, par-delà la totalité des œuvres d’un défilé d’images qui se succèdent, ou des planches de dessins animés qui se répercutent confirmant la même idée de monotonie.

Le recours à la redondance reflète surtout l’idée que se fait l’artiste de l’Occident, ce trop d’ordre, de bureaucratie, de machinerie, d’une vie aux dépens des calculs qui étouffent toute liberté. « Je trouve du plaisir à regarder la beauté de l’Occident dans mes visites rapides, avance l’artiste, mais je trouve que la vie y est très dure, puisque chaque individu est enchaîné dans une série d’obligations dues au travail ou aux besoins de consommation. Ici, par contre, l’attitude décontractée, le chaos et le pêle-mêle permettent quand même une marge de liberté ».

Dans un jeu de miroir, ces grands bâtiments marqués par la présence d’hommes et de femmes qui ont perdu leur spécificité rappellent également les nombreux jeunes en complet qui peuplent aujourd’hui les multinationaux ou les nouvelles entreprises de portables en Egypte. Ces personnages déshumanisés ayant des silhouettes d’insectes qui ont caractérisé une exposition précédente deviennent aujourd’hui des hommes-robots, ou des personnages de dessins animés. Tandis que sur le plan de l’expérience personnelle, cette répétition bureaucratique renvoie à une partie de la vie de l’artiste comme technicien à la télévision où il a vécu et souffert comme artiste de la vie de fonctionnaire. Autodidacte, Hani Rashed a été découvert par Mohamad Abla qui l’a adopté artistiquement pendant dix ans, et depuis l’âge de 18 ans, cela fait aujourd’hui 14 ans, il s’est donné à l’art avec une énergie remarquable, sans pouvoir abandonner complètement son travail principal. Une donnée qui rappelle les cas de nombreux artistes en Egypte qui sont sensés vivre à cheval entre deux mondes et jouer à la fois l’artiste et le « technocrate ». Au bout de 14 ans d’expérience artistique, de multiples # expositions et d’innombrables consécrations internationales, il ne rate aucune occasion pour mentionner la gratitude qu’il ressent à Abla qui, curieusement, lui a révélé les techniques et les secrets de la matière, et à Stéfania Angarno, propriétaire de la galerie Mashrabiya, qui a cru dès ses débuts à son talent et lui ouvrant de nombreuses portes vers les biennales à l’étranger.

Dina Kabil

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Jusqu’au 12 novembre, de 11h à 20h (sauf le vendredi), à la galerie Mashrabiya. 8 rue Champollion, centre-ville, Le Caire. Tél. : 25 78 44 94 - 010 1704554

 




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