Al-Ahram Hebdo, Arts | scander la grandeur de la vie
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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Arts

Sculpture. Dans la galerie d’art de Zamalek, Elim Dutra offre un monde où la richesse des matériaux et l’élancement des formes communiquent entre deux grandes civilisations, le Brésil et l’Egypte. 

Scander la grandeur de la vie 

Un havre de paix. Lorsqu’on rentre dans la galerie d’art de Zamalek, on est envahi par ce sentiment extraordinaire d’être dans un monde privilégié où la sérénité est reine. On est bien loin de la rue qui bouillonne et des gens qui s’essoufflent dans cette ville du Caire. Dans ce grand temple dédié à la profondeur des sentiments humains par Elim Dutra, le sculpteur brésilien qui mène un double combat dans la vie, celui d’être à la fois sculpteur et ambassadeur de son pays au Caire, les choses ne semblent pas faciles. Combien dur doit être ce combat alors que le bonheur d’atteindre les cimes du monde qu’offre l’art est à chaque fois perturbé par les compromis d’un quotidien où il faut négocier sans cesse pour approcher — combien rarement — de la case de la paix et de la sérénité. Mais qu’importe ! Bien qu’essoufflé, Dutra arrive encore à mener son combat personnel. Il lui suffit sans doute de réaliser quelques sculptures et de les voir communiquer entre elles dans l’espace qu’offre une salle d’exposition pour comprendre qu’il a réussi.

Autour d’un corps humain, des totems immémoriaux scandent la grandeur de la vie. Dédié à l’homme, qu’il soit mâle ou femelle, le temple nous plonge dans les racines mêmes de notre être. Ce corps aux formes élancées et douces révélant dans leurs courbures étonnantes une force des formes fermes qui nous laissent perplexes. Dans ces bois brésiliens aux gerçures naturelles, le monde se construit et se défait continuellement, selon l’angle de notre regard. Dans les creux des espaces et dans la fermeté des lignes, le regard perd en connaissance, mais devient de plus en plus riche spirituellement. Car c’est de spiritualité qu’il est question. Une spiritualité qui naît de ces formes dures qui se meuvent souplement dans la générosité de contours. Ces corps que nous voyons ça et là tout au long de notre périple initiatique dans cette exposition revêtent les lumières de nos désirs. Généreuses et retenues à la fois, elles s’ouvrent pour recevoir, telles ces mères de la nature, le monde de nos besoins. La texture du bois aide à l’élancement des formes qui se projettent flexibles et ondulantes dans l’espace environnant. Des jambes tronquées, de minuscules têtes et de longs torses qui ondulent selon la couleur et les gerçures du bois offrent à chaque fois un monde différent et nouveau.

Et pourtant, les formes se renouvellent à l’infini selon le matériau utilisé. Lorsque le granit, cette pierre dure et ferme, est de la partie, notre regard devient plus alerte. Après la douceur et la mouvance du bois, le granit, dans sa stabilité étonnante, donne à la même forme une essence nouvelle. Une autre richesse de cette exposition, où les matériaux se mélangent et les choses surprenantes communiquent entre elles. N’a-t-on pas parlé de paix ? Une gageure que de mélanger des matériaux aussi lointains de par leur structure ! On ne sait plus lesquels des deux offrent plus de potentialités à notre regard. Mais Elim Dutra est un homme qui aime bien les défis des contradictions. Cela aussi, nous le savons bien. Selon les pièces exposées, leurs formes et leurs mouvances, le monde évolue. Si les totems de la tradition brésilienne de Dutra occupent l’espace, la ville d’Assouan et son granit royal n’est pas loin. Entre les deux villes et les deux espaces, Dutra sait avec humour et distance se frayer un chemin vers le paradis de l’art. Comme cette tête du Boss qui, selon le matériau, granit ou bois, selon les dimensions et selon l’espace qu’il détient, dans le musée ouvert au bord du Nil à Assouan ou dans une salle d’exposition, nous raconte la relativité des choses et l’absolu de l’art.

Une des forces de ce peintre brésilien qui porte en lui une histoire riche et ancestrale qui a su communiquer avec l’essence même d’une Egypte non moins ancestrale. Pour notre joie et notre sérénité à tous.

Soheir Fahmi

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Jusqu'au 20 novembre, de 10h30 à 21h (sauf le vendredi), à la galerie Zamalek. 11, rue du Brésil, Zamalek.Tél. : 27 35 12 40

 




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