Tchad.
La situation reste tendue dans l’est du pays malgré la
signature d’un accord de paix entre le gouvernement et la
rébellion.
Un accord et de nombreux défis
Qualifié
de l’accord de la dernière chance, l’accord de paix signé
jeudi dernier à Syrte, en Libye, entre le gouvernement
tchadien et les quatre principaux groupes rebelles actifs
dans l’est de son territoire (l’Union des forces pour la
démocratie et le développement, le Rassemblement des forces
pour le changement, la Concorde nationale tchadienne et
l’Union des forces pour la démocratie et le développement
fondamental), suscite des réactions prudentes chez les
observateurs, réservés sur sa future application. En effet,
dès le lendemain de sa signature, le Parlement tchadien a
prorogé pour 45 jours supplémentaires l’état d’urgence
instauré par le gouvernement le 16 octobre à la suite
d’affrontements ethniques qui ont fait 20 morts dans trois
régions du nord et de l’est du pays.
Selon la radio nationale, « le gouvernement a demandé la
prorogation de l’état d’urgence pour lui permettre de lutter
contre l’insécurité et de juguler les conflits
intercommunautaires de manière durable ». Un geste qui peut
être interprété par l’absence d’un climat de confiance.
L’état d’urgence donne des pouvoirs élargis aux gouverneurs
des régions concernées pour assurer l’ordre public. Ils
peuvent notamment réglementer la circulation des personnes
ou des véhicules, le séjour des personnes, les réunions
ainsi que les perquisitions à domicile.
La prorogation de l’état d’urgence montre que le
gouvernement d’Idriss Déby reste préoccupé par la situation
à sa frontière, et ce malgré l’accord de cessez-le-feu
signé. L’accord conclu sous l’égide de la Libye prévoit un
cessez-le-feu immédiat, la libération de prisonniers et la
création d’une commission visant à intégrer des
personnalités issues des groupes rebelles dans l’appareil
étatique tchadien. En effet, tout en formulant le vœu que
cet accord permette de rétablir la paix dans son pays, Déby
a souligné que de nombreux accords de paix signés n’avaient
pas été suivis d’effet. « Je crois que ça, c’est le dernier
accord, bien le dernier accord, que le gouvernement signe
avec une opposition », a-t-il déclaré au micro de Radio
France Internationale (RFI), qui a diffusé l’entretien
vendredi dernier. « Et je crois que c’est la dernière fois
que le Tchad accepte qu’un autre pays voisin arme des
Tchadiens contre des Tchadiens. Si un pays dans le futur
(...) cherche à armer des Tchadiens contre le gouvernement
tchadien, contre le Tchad, nous entrerons, nous irons
directement en guerre avec ce pays-là et pas avec les
Tchadiens », a-t-il poursuivi. De quoi laisser présager que
l’accord ne signifie pas que la paix est réellement
retrouvée. D’autant plus que la situation dans l’est du
Tchad n’est pas une affaire purement interne. Les propos du
président Déby peuvent en effet être interprétés comme une
ferme mise en garde à l’encontre du Soudan, que le Tchad
accuse depuis longtemps de soutenir les insurgés tchadiens
qui mènent une guérilla anti-gouvernementale dans l’est du
pays, frontalier du Darfour soudanais.
Les accusations formulées par le passé par le Tchad contre
le Soudan, auquel il a reproché d’armer des rebelles opposés
à son gouvernement — ce que Khartoum a nié à plusieurs
reprises — ont mené les deux au bord de la guerre. Des
médiations entreprises par la Libye voisine ont débouché sur
plusieurs accords de paix bilatéraux qui n’ont pas pour
autant mis un terme aux raids des rebelles et aux
affrontements à la frontière.
Or, l’accord de paix qui a pour objectif de mettre un terme
à plus de deux années de violences sporadiques dans l’Est
tchadien est tributaire de la situation au Darfour, puis
l’est du Tchad est justement déstabilisé par la crise du
Darfour. Et, ce qui diminue les chances de l’accord de
Syrte, c’est que les chances d’un règlement au Darfour
semblent s’éloigner après les doutes qui pèsent sur la suite
des négociations qui ont eu lieu à Syrte également (lire
l’article page Monde arabe).
C’est pour ces raisons que les observateurs restent prudents
et réservés quant à l’avenir de l’accord de paix. « Toute
idée de paix ou de réconciliation est la bienvenue (...)
mais au Tchad, nous sommes habitués aux accords que l’on
n’applique pas », a déclaré Dobian Assingar, représentant
régional de la Fédération Internationale des Droits de
l’Homme (FIDH). « Je reste très prudent, car c’est
l’application qui risque de poser problème, comme
d’habitude, d’autant qu’il y a des points de discordance dès
le départ », a-t-il précisé. L’accord est notamment muet sur
les effectifs armés autorisés à escorter, à N’Djamena, les
chefs rebelles signataires étant censés participer, selon
l’article 4, à « la gestion des affaires de l’Etat ». « Si
tous ces rebelles arrivent à N’Djamena avec leurs éléments
armés et que l’application de l’accord tourne mal ou que le
moindre incident éclate, on risque l’explosion et la guerre
civile », a-t-il estimé. Selon d’autres observateurs, l’une
des principales difficultés reste la collecte des armes des
rebelles en raison notamment du manque de moyens.
L’après-signature
reste donc l’étape décisive.
Abir
Taleb