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 Semaine du 31 octobre au 4 novembre 2007, numéro 686

 

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Afrique

Tchad. La situation reste tendue dans l’est du pays malgré la signature d’un accord de paix entre le gouvernement et la rébellion.

Un accord et de nombreux défis

Qualifié de l’accord de la dernière chance, l’accord de paix signé jeudi dernier à Syrte, en Libye, entre le gouvernement tchadien et les quatre principaux groupes rebelles actifs dans l’est de son territoire (l’Union des forces pour la démocratie et le développement, le Rassemblement des forces pour le changement, la Concorde nationale tchadienne et l’Union des forces pour la démocratie et le développement fondamental), suscite des réactions prudentes chez les observateurs, réservés sur sa future application. En effet, dès le lendemain de sa signature, le Parlement tchadien a prorogé pour 45 jours supplémentaires l’état d’urgence instauré par le gouvernement le 16 octobre à la suite d’affrontements ethniques qui ont fait 20 morts dans trois régions du nord et de l’est du pays.

Selon la radio nationale, « le gouvernement a demandé la prorogation de l’état d’urgence pour lui permettre de lutter contre l’insécurité et de juguler les conflits intercommunautaires de manière durable ». Un geste qui peut être interprété par l’absence d’un climat de confiance. L’état d’urgence donne des pouvoirs élargis aux gouverneurs des régions concernées pour assurer l’ordre public. Ils peuvent notamment réglementer la circulation des personnes ou des véhicules, le séjour des personnes, les réunions ainsi que les perquisitions à domicile.

La prorogation de l’état d’urgence montre que le gouvernement d’Idriss Déby reste préoccupé par la situation à sa frontière, et ce malgré l’accord de cessez-le-feu signé. L’accord conclu sous l’égide de la Libye prévoit un cessez-le-feu immédiat, la libération de prisonniers et la création d’une commission visant à intégrer des personnalités issues des groupes rebelles dans l’appareil étatique tchadien. En effet, tout en formulant le vœu que cet accord permette de rétablir la paix dans son pays, Déby a souligné que de nombreux accords de paix signés n’avaient pas été suivis d’effet. « Je crois que ça, c’est le dernier accord, bien le dernier accord, que le gouvernement signe avec une opposition », a-t-il déclaré au micro de Radio France Internationale (RFI), qui a diffusé l’entretien vendredi dernier. « Et je crois que c’est la dernière fois que le Tchad accepte qu’un autre pays voisin arme des Tchadiens contre des Tchadiens. Si un pays dans le futur (...) cherche à armer des Tchadiens contre le gouvernement tchadien, contre le Tchad, nous entrerons, nous irons directement en guerre avec ce pays-là et pas avec les Tchadiens », a-t-il poursuivi. De quoi laisser présager que l’accord ne signifie pas que la paix est réellement retrouvée. D’autant plus que la situation dans l’est du Tchad n’est pas une affaire purement interne. Les propos du président Déby peuvent en effet être interprétés comme une ferme mise en garde à l’encontre du Soudan, que le Tchad accuse depuis longtemps de soutenir les insurgés tchadiens qui mènent une guérilla anti-gouvernementale dans l’est du pays, frontalier du Darfour soudanais.

Les accusations formulées par le passé par le Tchad contre le Soudan, auquel il a reproché d’armer des rebelles opposés à son gouvernement — ce que Khartoum a nié à plusieurs reprises — ont mené les deux au bord de la guerre. Des médiations entreprises par la Libye voisine ont débouché sur plusieurs accords de paix bilatéraux qui n’ont pas pour autant mis un terme aux raids des rebelles et aux affrontements à la frontière.

Or, l’accord de paix qui a pour objectif de mettre un terme à plus de deux années de violences sporadiques dans l’Est tchadien est tributaire de la situation au Darfour, puis l’est du Tchad est justement déstabilisé par la crise du Darfour. Et, ce qui diminue les chances de l’accord de Syrte, c’est que les chances d’un règlement au Darfour semblent s’éloigner après les doutes qui pèsent sur la suite des négociations qui ont eu lieu à Syrte également (lire l’article page Monde arabe).

C’est pour ces raisons que les observateurs restent prudents et réservés quant à l’avenir de l’accord de paix. « Toute idée de paix ou de réconciliation est la bienvenue (...) mais au Tchad, nous sommes habitués aux accords que l’on n’applique pas », a déclaré Dobian Assingar, représentant régional de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH). « Je reste très prudent, car c’est l’application qui risque de poser problème, comme d’habitude, d’autant qu’il y a des points de discordance dès le départ », a-t-il précisé. L’accord est notamment muet sur les effectifs armés autorisés à escorter, à N’Djamena, les chefs rebelles signataires étant censés participer, selon l’article 4, à « la gestion des affaires de l’Etat ». « Si tous ces rebelles arrivent à N’Djamena avec leurs éléments armés et que l’application de l’accord tourne mal ou que le moindre incident éclate, on risque l’explosion et la guerre civile », a-t-il estimé. Selon d’autres observateurs, l’une des principales difficultés reste la collecte des armes des rebelles en raison notamment du manque de moyens. L’après-signature reste donc l’étape décisive.

Abir Taleb

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