Tourisme.
Les chiffres fournis par plusieurs hôtels font état d’une
baisse du nombre des visiteurs arabes suite à une hausse
discriminatoire des prix des chambres d’hôtel.
Les Arabes prennent la clé des champs
Depuis
le début de 2007, tous les indices attestaient d’un seul
fait : le secteur du tourisme égyptien va bien profiter
d’une nombreuse affluence arabe, surtout pendant les mois de
juillet et de septembre. En fait, ne se sentant plus très
désirés à Londres, Paris ou New York, c’est vers Le Caire
que les vacanciers saoudiens et des pays arabes du Golfe
migrent désormais en masse pendant l’été. C’était l’avis de
nombreux spécialistes. Ceux-ci corroboraient leurs arguments
de la façon suivante : « Tout a changé depuis le 11
septembre 2001, la haute saison, c’est devenu l’été au Caire
», affirme Jean-Pierre Mainardi, directeur du Nile Hilton,
au cœur du Caire.
Hôtels, appartements meublés, casinos, centres commerciaux
et cabarets, toute la ville se met « à l’heure arabe »,
comme les Cairotes le disent, qu’ils en profitent ou s’en
irritent. Le pèlerinage estival du Caire de centaines de
milliers de visiteurs arabes, dont 400 000 Saoudiens l’an
dernier, s’est brusquement imposé après les attentats
terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis. « Et cette année
aussi, la réaction des responsables du tourisme dans les
différents pays arabes qu’on a rencontrés lors des convois
arabes promettait une forte saison arabe en Egypte », assure
Magdi Sélim, responsable des relations internationales à
l’Organisation de la promotion touristique (ETA). En fait,
toutes ces prédictions ne se sont pas réalisées cet été, car
la cupidité n’a profité à personne. Les hôtels ont saisi
l’occasion des flux arabes qui avaient l’intention de passer
leurs vacances en Egypte et ont haussé les prix des chambres
d’un taux de plus de 25 %, surtout pour les touristes
saoudiens et ceux du Golfe uniquement. Ce qui n’a pas
beaucoup plu à ces derniers, qui ont choisi ainsi une autre
destination qui pourrait être moins chère que l’Egypte et
qui offre des services meilleurs.
La politique de l’instabilité des prix des hôtels a eu vite
ses effets néfastes sur le tourisme égyptien. « Certains
grands hôtels en Egypte ont enregistré une baisse des
touristes arabes d’un taux de 15 %. En fait, les hôteliers
en Egypte ont oublié que nous ne sommes pas les seuls sur le
terrain. Il y a d’autres qui essayent de s’emparer de la
plus grande part des voyagistes, surtout arabes, comme par
exemple la Turquie où le prix moyen de la chambre est de 120
dollars, contre 200 dollars en Egypte et la Malaisie, qui a
créé plus de 200 agences pour les services du tourisme et de
l’hôtellerie dans les pays arabes », explique Khaled Khalil,
expert en tourisme arabe. Il ajoute que ce n’est pas fortuit
que la Turquie, qui avait reçu en 2004 plus de 500 000
touristes arabes, a accueilli près d’un million en 2006 et
cela continue en 2007. De même, l’agence de presse
malaysienne a cité que le ministre du Tourisme a invité les
touristes des autres nationalités qu’arabes à résider dans
les villes situées à proximité de la capitale Kuala Lumpur,
dont les hôtels sont toujours complets grâce aux flots de
touristes arabes.
Mohamad Ashaal, touriste saoudien, se plaint de
l’exploitation dont il souffre depuis son arrivée à
l’aéroport du Caire soit du chauffeur de taxi qui a demandé
une grande somme pour l’emmener à l’hôtel, soit ensuite de
l’hôtel où il a été choqué par la liste des prix des
chambres. Ceux-ci sont fixés selon la nationalité, et le
touriste du Golfe est en tête. « Bien que j’aime beaucoup l’Egypte,
je sens que j’y suis toujours dupé », se lamente Mohamad.
Démenti peu convaincant
Pour sa part, le ministre égyptien du Tourisme a nié que le
nombre des touristes arabes ait baissé en comparaison avec
la même période de l’année dernière. Voire, il fait état de
hausse. « C’est vrai que l’augmentation n’est pas
importante. C’est seulement 2,6 % par rapport à 2006, contre
plus de 8 % en 2006 par rapport à 2005 ». Par contre, le
ministre a reconnu avoir reçu plusieurs plaintes des
touristes arabes concernant la variation des prix des
hôtels, selon la nationalité. « A cet égard, on a tenu
plusieurs réunions avec les propriétaires des hôtels et on
leur a demandé d’appliquer une politique autant stable que
lucide en ce qui concerne cette question (lire entretien).
Cette politique doit se baser sur l’offre et la demande.
Tout autre critère est complètement contre l’éthique du
métier. Des sanctions seront appliquées aux hôtels qui ne
respectent pas la nouvelle réglementation ». Et d’ajouter
que ce qui a eu lieu vraiment, ce n’est pas une fuite d’Egypte
mais une nouvelle orientation. Les touristes arabes qui ont
fui les hôtels cinq étoiles du centre-ville ont essaimé
vers, par exemple, les hôtels meublés de la rue des
Pyramides (Al-Haram), avec leurs casinos, centres
commerciaux et cabarets. Ils ont reçu un grand nombre de
touristes arabes pour la première fois il y a des années. En
outre, « les touristes arabes qui visitent Charm Al-Cheikh
et Hurghada sont devenus de plus en plus nombreux pendant
ces dernières années », souligne Amr Al-Ezabi, président de
l’ETA. De l’optimisme justifié ? Il est certain qu’une
révision globale doit avoir lieu. Le champ touristique et
hôtelier est fait souvent de décisions qui semblent relever
de l’informel : c’est tuer la poule aux œufs d’or et faire
honte au pays aussi. Le tourisme est bien un moyen de
contact et de connaissance entre les peuples, des facteurs
que cupidité et manque de visions compromettent.
Dalia
Farouk