La Syrie et Etats-Unis : une relation à hauts risques
Abdallah Al-Achaal
Les
événements se suivent et la lecture de la scène syrienne
porte toujours à confusion. Coordonnant leur attitude, les
Etats-Unis et Israël s’acharnent à exercer le maximum de
pressions sur ce pays afin de briser la coalition entre la
Syrie, d’une part, et le Hezbollah, le Hamas et l’Iran,
d’autre part. En effet, plus le conflit s’aggrave entre
Téhéran et Washington ou entre le Hezbollah et Israël ou
encore entre la résistance palestinienne et Israël, plus les
pressions augmentent sur la Syrie. Washington et Tel-Aviv
ont certainement réalisé de grands pas dans cette direction
après la résolution 1 559 du Conseil de sécurité,
l’assassinat de Hariri, la confusion de la scène libanaise
puis l’agression israélienne contre le Liban en 2006.
Au début de septembre 2007, les avions israéliens ont violé
l’espace aérien turc, ont survolé les territoires syriens
dans le nord-ouest du pays et ont lancé des missiles dans
cette région désertique. Au départ, l’Etat hébreu n’a pas
fait de commentaire, les Américains aussi ont observé le
silence. Mais par la suite, Washington a reconnu les faits
soulignant qu’Israël envoyait une mise en garde à la Syrie.
Puis, les journaux israéliens et américains se sont chargés
d’expliquer cet avertissement. Au départ, certains ont
déclaré que le raid visait des armes envoyées au Hezbollah.
D’autres ont annoncé qu’il visait une base militaire
iranienne. Et enfin, certains journaux ont écrit que le raid
avait pour cible une installation nucléaire que la Syrie a
installée avec l’aide de la Corée du Nord. Ce, alors que ce
pays déploie d’énormes efforts pour respecter ses
engagements convenus dans l’accord de février 2007, et qui
bénéficie de la complète satisfaction de Washington. D’un
autre côté, la Syrie répète qu’elle ripostera à ce raid mais
qu’elle déterminera l’objectif et le moment. Personne n’a
condamné l’agression israélienne
si ce n’est l’Iran et en quelque sorte la Russie. La
Turquie, pour sa part, a déclaré qu’elle n’avait aucune
relation avec cet incident. En revanche, la région arabe est
restée muette en dehors de quelques réactions de colère
émanant de la Ligue arabe. L’Onu aussi est restée muette
même après que la Syrie eut soumis au Conseil de sécurité
des mémorandums de protestation contre l’agression. Toutes
ces évolutions interviennent au moment où des rapports
médiatiques et politiques consécutifs parlent d’une tension
syro-israélienne ainsi que d’une accusation
israélo-américaine selon laquelle la Syrie préparerait une
attaque. De plus, Israël a laissé entendre de manière
implicite mais calculée qu’il déclencherait une attaque
contre la Syrie ou contre l’Iran.
Confusion donc, il est certain que la Syrie ne sait pas
encore comment expliquer cette violation de son espace
aérien. S’agit-il d’un message, d’une escalade ou d’une
guerre psychologique ? Essaie-t-on de détourner son
attention pour qu’elle ne suive pas les développements sur
la scène au Liban ? Washington et Tel-Aviv auraient-ils
décidé de frapper toutes les parties de la coalition
quadripartite d’un seul coup ? La preuve en est ce qui s’est
déroulé à Gaza ainsi que le
harcèlement du Hezbollah, bien qu’on ait remarqué une
certaine accalmie de la part des Etats-Unis envers ce
dernier au Liban. L’objectif du survol était-il de tester
les intentions de la Syrie ou bien son armement et ses
défenses, ou bien de la provoquer contre elle ou bien encore
de la mettre en garde contre toute coopération avec le
Hezbollah ? Cependant, les discours sur la coopération
nucléaire avec la Corée du Nord sont eux aussi très
équivoques. Bien que Washington ait nié l’existence de toute
information sur cette coopération. Ceci signifie-t-il que la
Syrie est sur le point de remplacer l’Iraq dans l’axe du
mal, surtout que la Corée du Nord s’apprête à le quitter et
qu’il est insensé que l’Iran y reste seul ?
Pourquoi le lien a-t-il été établi entre la Syrie et la
Corée du Nord dans le domaine nucléaire et non avec l’Iran ?
Ce, bien que la Corée du Nord déploie des efforts évidents
pour gagner la confiance de Washington.
Il semblerait que le scénario du lien entre la Corée du Nord
et la Syrie que des sources médiatiques israéliennes et
américaines aient contribué à propager, nécessite un suivi
prudent. Ce lien médiatique qu’il est facile de transformer
en une position politique a-t-il pour objectif de répéter le
scénario iraqien en Syrie ? Surtout que l’Iran amplifie ses
efforts dans le soutien de la résistance contre les
Etats-Unis en Iraq et que la polémique augmente aux
Etats-Unis autour du dossier iraqien. Le fait qui entraîne
généralement de nouvelles accusations américaines contre la
Syrie. Ce nouveau chapitre signifie-t-il que la politique
américaine dans sa tentative de contenir Damas a échoué
malgré les nombreux rapports sur les efforts syriens pour
répondre aux prétextes américains contre elle ? Ces
incidents ont-ils pour objectif de plonger la Syrie dans la
confusion afin que Washington puisse faire passer les
transactions de l’élection du président libanais
conformément aux propositions du groupe du 14 mars ? Ou bien
ces événements, avec l’augmentation des tensions
irano-américaines dévoilent-ils les véritables intentions
américaines et israéliennes contre la Syrie et l’Iran ?
C’est peut-être parce que Washington a été incapable de
neutraliser la Syrie au cours des derniers mois et a
remarqué que la Syrie renforçait ses relations avec l’Iran
malgré certains reproches officiels arabes.