Une nouvelle page arabo-iranienne
Morsi Attalla
Les
relations arabo-iraniennes sont toujours aussi vives et
méritent une attention particulière. Surtout lorsqu’il
s’agit des bases consistant à instaurer une sécurité arabe
régionale. C’est là que réside notre intérêt régional et
international qui sera discuté prochainement entre les
ministres égyptien et iranien. Ceci devrait être le prélude
à des changements radicaux au niveau des équations
régionales.
Car de toute évidence et d’après les leçons que nous a
enseignées l’histoire, associées aux constantes
géographiques, la sécurité et la stabilité de la région du
Moyen-Orient sont intrinsèquement liées à la nature des
relations arabo-iraniennes. Il va sans dire que plus les
deux parties expriment une volonté sincère et solide de
dépasser les litiges de voisinage qui entravent toute
entente politique, plus l’occasion sera propice à la
protection de la région des menaces.
Pour prouver ce que je viens de dire, il serait nécessaire
et bénéfique de rappeler aux lecteurs certaines évidences.
D’abord, nous parlons d’un Etat musulman dont les frontières
longent le littoral-est du Golfe et qui contrôle avec les
pays du Golfe le détroit stratégique d’Ormuz. Ce dernier
avec le détroit de Gibraltar et le Canal de Suez
représentent le triangle des passages stratégiques qui
contrôlent les transferts du pétrole de ses sources à ses
consommateurs aux 4 coins du monde. N’oublions pas que
l’Iran partage ses frontières avec l’Iraq du côté ouest.
En réalité, l’ouverture d’une nouvelle page dans les
relations égypto-iraniennes prépare le terrain à un nouveau
début arabo-iranien. Ces nouvelles donnes nécessitent que
ceux qui les gèrent soit armés d’une lucidité et d’une
transparence sans égal. Mais également d’une capacité à
s’exprimer en toute franchise sur les craintes arabes qui
ont paralysé de longues années durant de telles initiatives.
Dans ce cadre bien déterminé et avec l’entente mutuelle que
dictent les exigences de la période à venir, nous devons
prendre en considération certains points essentiels qui
peuvent passer sous silence dans la relance des relations
arabo-iraniennes. Téhéran de son côté est appelé à dissiper
toutes les équivoques et les appréhensions qui planent sur
les différents dossiers.
En réalité, les craintes arabes d’une éventuelle initiative
iranienne d’avoir le contrôle sur les destinées de cette
partie du monde remontent au début des années 70 du siècle
dernier. Lorsque les forces militaires iraniennes ont
occupé, le 20 novembre 1971, et ce un jour avant la fin du
mandat britannique des Emirats arabes — les îles d’Abou-Moussa,
et celles de Tomb (petite et grande). En agissant de la
sorte, Téhéran faisait ouvertement fi aux droits de
souveraineté arabes et confirmait sa volonté de contrôler
les accès du Golfe arabe et de l’océan Indien. D’autant plus
qu’il avait déjà la mainmise sur toutes les îles du Golfe
telles que l’île d’Ormuz, de Larak, de Forur et de Hengam.
Les inquiétudes et les appréhensions du monde arabe se sont
multipliées avec l’insistance continuelle de l’Iran, suite à
la chute du régime de Saddam Hussein avec l’invasion
iraqienne, d’intervenir dans les menus détails des affaires
internes de l’Iraq. Ce qui a rappelé aux esprits un registre
pessimiste de tentatives iraniennes de déstabiliser certains
pays arabes et d’étendre le bras de fer de la révolution
iranienne aux confins du monde arabe, depuis la Corne
africaine et le Soudan jusqu’au Maghreb arabe.
Toutes ces craintes étaient omniprésentes au cours du
dialogue Le Caire-Téhéran. Je pense pour finir que l’Iran
est à même de dissiper les appréhensions arabes, s’il le
veut vraiment.