L’Internet et la censure
Salama A. Salama
De
grandes discussions se déroulent actuellement dans le monde
entier aux niveaux des gouvernements, des partis politiques
et des organisations des droits civils. Ces discussions
portent sur les conditions et les circonstances
exceptionnelles qui permettent d’imposer un contrôle sur les
sites électroniques d’Internet, les blogs et les sites de
presse électronique, alors que les Constitutions
garantissent la liberté d’expression et d’opinion de ces
sites. Si cette question est aujourd’hui posée, c’est parce
que les services de sécurité et de renseignements violent de
plus en plus ces libertés au nom de la lutte contre le
terrorisme, les crimes sexuels et toutes sortes de crimes
internationaux.
Or, en Egypte, on n’a pas attendu la légalisation de ce
contrôle. Les appareils de sécurité se sont empressés
d’imposer une surveillance sur certains sites électroniques,
blogs, sites de presse et cybercafés. Ces derniers, qui se
sont largement répandus dans le pays pour devenir la
principale source de culture pour les jeunes, sont sujets à
des procédures sécuritaires rigoureuses. En effet, les
habitués des cybercafés sont aujourd’hui dans l’obligation
de présenter une carte d’identité ainsi que des
renseignements personnels. Le prétexte des appareils de
sécurité est d’interdire l’usage illégitime d’Internet.
Certains jeunes ont été traduits en justice et un jeune
homme a été emprisonné pour avoir été accusé de porter
atteinte à l’islam et aux personnalités publiques.
Il est clair que les procédures sécuritaires concernant les
sites électroniques sont effectuées en Egypte sans se baser
sur une loi qui déterminerait les cas où il serait permis
d’espionner les sites électroniques. C’est pour cela que les
organisations de protection des journalistes comme
Journalistes sans frontières et le comité international de
la protection des journalistes considèrent que l’Egypte
figure sur la liste des Etats antagonistes à la publication
électronique et à la liberté de la presse. Et ce, à cause
des infractions aux accords qui interdisent de porter
atteinte à la liberté de
publication sur Internet.
Lors de ma dernière visite en Allemagne, une large polémique
faisait fureur entre les partis politiques et les
institutions législatives autour de la nécessité de
promulguer une législation qui permettrait aux appareils de
sécurité d’espionner les sites électroniques. L’objectif de
cette législation serait de lutter contre le terrorisme et
de surveiller les communautés étrangères et islamiques qui,
selon les autorités, seraient en relation avec Al-Qaëda.
Mais la question qui fait polémique n’est pas encore
tranchée : serait-il permis aux services de sécurité
d’espionner les sites électroniques et les communications
sans aucune restriction ou bien faudrait-il que les
autorités obtiennent une autorisation judiciaire en
contrepartie de preuves sûres démontrant l’implication d’une
ou de plusieurs personnes ?
Des difficultés énormes peuvent affronter de telles
procédures au niveau international à cause de leurs impacts
sur de nombreux domaines économiques comme les
investissements, les communications commerciales,
scientifiques, militaires et autres. De même que bon nombre
des sociétés œuvrant dans le domaine électronique s’opposent
à toutes formes de surveillance ou d’ingérence.
La plupart des Etats arabes, y compris l’Egypte et la
Jordanie, se permettent d’imposer une surveillance aux sites
électroniques non seulement en les espionnant, mais aussi en
imposant des restrictions limitant l’emploi d’Internet. La
question est : Comment le monde arabe arrivera-t-il à
rejoindre l’ère des communications et de la révolution
électronique en se voyant imposer de telles restrictions ?