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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Opinion
 

Supprimer Naguib Mahfouz
des programmes scolaires ?!

Mohamed Salmawy

Yousri Al-Gamal, ministre de l’Education, a exprimé sa surprise lorsque je l’ai informé de la suppression d’un texte concernant Naguib Mahfouz des programmes scolaires de la 3e année secondaire. Le ministre m’a appris que les programmes des années primaires ont été remaniés conformément à un nouveau plan et que l’étape secondaire n’avait pas encore été touchée par ces remaniements.

Je me suis référé aux programmes de la troisième année secondaire mais je n’ai pas trouvé la leçon en question qui avait pour titre « Naguib Mahfouz se souvient ». Celui qui a attiré mon attention sur ce fait est un citoyen, Abdallah Bazazou, originaire de Kafr Al-Cheikh, qui m’a envoyé une lettre dans laquelle il se demandait la raison de cette lacune accompagnée de la leçon en question. Il se demandait comment peut-on annuler un texte sur Naguib Mahfouz alors que nous avons aujourd’hui grand besoin d’inculquer à nos étudiants ce qui pourrait renforcer leur fierté quant à leur patrimoine civilisationnel moderne, qui fait l’objet aujourd’hui de tentatives abjectes de déformations de l’intérieur comme de l’extérieur.

Le chapitre « Naguib Mahfouz se souvient » repose sur le livre du grand romancier Gamal Al-Ghitani dans lequel il relate la naissance de Naguib Mahfouz et son parcours scolaire. Ensuite, il parle des circonstances de l’écriture de la célèbre Trilogie qu’il avait terminée avant le déclenchement de la Révolution de Juillet 1952 et qui retrace l’Histoire de l’Egypte dans la première moitié du XXe siècle à travers trois générations successives issues d’une même famille. Cette trilogie a été traduite dans plus de 30 langues et est considérée comme l’un des plus importants chefs-d’œuvre de notre grand écrivain.

Le chapitre comportait une multitude de titres importants, dont « La tristesse de Mahfouz parce que la trilogie n’avait pu être publiée » et « Sa publication a pu être assurée grâce à Youssef Al-Sébaï après la Révolution ». Egalement, « La naissance du roman, en tant que genre littéraire », « La grande erreur commise par Naguib Mahfouz et qui ne s’est jamais répétée », « 90 % des personnages de la trilogie ont une origine réelle », « Le personnage d’Ahmad Akef ne représente pas Naguib Mahfouz », « Son conflit avec la langue au moment de la rédaction de la trilogie ». Ceci, sans oublier une panoplie de sujets fascinants qui envoûtent l’imagination des jeunes sur Naguib Mahfouz et son roman.

J’ai entre les mains une enquête effectuée par un magazine après le décès de notre grand écrivain en août dernier, selon laquelle une large tranche de jeunes, à quelques exceptions près, affirme qu’elle n’a connu Naguib Mahfouz et ses œuvres qu’à travers le cinéma. Est-ce raisonnable et qui en est responsable ?

Sans doute le climat culturel prédominant est certes responsable de cette carence, surtout que les jeunes se sont détournés de la lecture à tel point qu’ils ne savent rien sur les grands noms de la littérature qui font l’objet de l’intérêt du monde entier. Nos appareils médiatiques portent, quant à eux, une part de responsabilité. Malgré les discours continuels sur l’évolution et la modernisation des médias, il reste que le contenu culturel qui enrichit les connaissances des jeunes fait défaut. L’éducation qui est inculquée aux enfants dans les familles est également responsable de cet état de léthargie. Celle-ci ne prend pas soin d’apprendre aux enfants, dès leur plus jeune âge, l’importance du livre et comment il doit leur servir de guide au cours de leur vie. Cependant, la plus grande part de responsabilité relève du système d’éducation dont m’a parlé le ministre Yousri Al-Gamal et qui avait besoin de restructuration à la base. Comme l’a confirmé le ministre, il faut former un professeur apte à dispenser un nouveau type d’enseignement qui repose sur le développement des aptitudes mentales et de la créativité des élèves et non pas sur l’apprentissage et la mémorisation. Le ministre m’a d’ailleurs appris qu’un nouveau centre de formation des enseignants a été créé dans le Village intelligent et qui a commencé ses activités.

Le ministre était aussi étonné que moi en apprenant la nouvelle de la suppression d’une leçon d’une telle ampleur des programmes scolaires, à l’heure où le monde se hâte de les introduire dans les siens. En automne dernier, j’ai été invité à assister à un concours entre les étudiants des écoles du Sud d’Italie, au cours duquel chacune faisait une interprétation et une présentation d’une œuvre de Naguib Mahfouz. L’ambassadeur d’Egypte à Rome, Achraf Rached, m’a raconté qu’après le décès de Mahfouz, considéré par les Italiens comme un écrivain égyptien de renommée mondiale, lauréat du prix Nobel, le département d’éducation de la région du Sud de l’Italie a pris la décision que les jeunes choisissent une des œuvres de Mahfouz pour l’actualiser dans une grande cérémonie ayant lieu à la fin du semestre. J’ai d’ailleurs été invité à cette cérémonie pour prononcer une allocution avec le gouverneur de la région, l’ambassadeur égyptien et un nombre de responsables italiens.

La cérémonie comprenait des séquences variées toutes inspirées des œuvres de Naguib Mahfouz. Nous avons pu visionner différents genres de représentations, de la pièce de théâtre, aux pièces musicales, en passant par le film vidéo, le défilé et les poèmes. Le directeur du département d’éducation de la région du Sud de l’Italie m’a déclaré que l’objectif n’était pas de rendre hommage à Naguib Mahfouz. Il s’est d’ailleurs exclamé en se demandant quel hommage pouvaient rendre les étudiants sud-italiens à un écrivain, lauréat des plus grands prix littéraires et ayant réalisé une renommée mondiale sans pareille. Il s’agissait, m’a-t-il dit, que les étudiants fassent la connaissance de la littérature de Naguib Mahfouz, d’autant plus que toute la presse parlait de son décès. Il était question également de leur inculquer comment s’ouvrir sur le monde, par le biais de la lecture d’une littérature d’une autre culture que la leur. Le jeu artistique qu’ils devaient présenter était alors une manière d’exprimer certains aspects de cette culture. En d’autres termes, ces représentations faisaient partie d’un plan pédagogique et d’une ouverture sur l’autre, bien que les œuvres de Mahfouz ne fassent pas partie de leurs programmes scolaires.

Si les Italiens agissent de la sorte, est-il raisonnable que nous n’en fassions rien ? Non seulement en nous abstenant de connaître l’autre, mais aussi en annulant ce qui est une source de richesse pour nos étudiants au niveau de leur propre culture.

Je mets cette expérience italienne entre les mains de Yousri Al-Gamal, ministre de l’Education, à un moment où je sais parfaitement bien qu’il est soucieux de faire évoluer notre enseignement et de créer un étudiant égyptien adapté à la nouvelle donne du XXIe siècle qui a déjà commencé, il y a quelques années. Un siècle où nous n’avons pas encore franchi les premiers pas.

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