Al-Ahram Hebdo, Nulle part ailleurs | Roqaya, la confidente
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Nulle part ailleurs

Clan sadate. L’homme de la guerre de 1973 a fait couler beaucoup d’encre. A l’occasion du 6 Octobre, l’Hebdo a choisi de donner la parole à sa famille. Témoignages de Jihane, son épouse, Talaat, son neveu, et Roqaya, sa fille aînée. 

Roqaya, la confidente 

Le visage brun, la voix rauque, Roqaya a tout hérité de son père, y compris sa façon de parler. D’ailleurs, il est là dans chaque coin de sa belle maison de Garden City. Les photos du père, grandeur nature, ornent les murs, avec sa signature et sa dédicace. Roqaya est beaucoup plus que sa fille aînée, la fille de sa première épouse Iqbal, elle est sa main droite, celle qui a dû assumer les responsabilités dans les moments les plus difficiles.

Raqa, comme il avait l’habitude de l’appeler, ne l’avait jamais déçu. Depuis sa plus tendre enfance, elle était prête à exécuter tous ses ordres. « Mon père était souvent absent, pris par son travail et ses responsabilités. Il voulait donc que je le remplace, me demandant toujours de prendre soin de mes sœurs et même de ma mère ». Il a tout fait pour la préparer à cette tâche difficile. « Quand j’avais à peine 4 ans, il m’emmenait avec lui, lors de ses visites clandestines chez les militants politiques. Il se déguisait pour ne pas se faire reconnaître par la police, on escaladait parfois les murs de villas, on se cachait dans des bennes à ordure, je me rappelle de ces scènes comme si c’était hier ». Vingt-trois ans séparent son âge de celui de son père. Une différence qui a permis à Roqaya de le suivre de très près. « Je suis la fille la plus chanceuse de toute sa progéniture. J’ai passé auprès de lui 40 ans de ma vie. Je considère mes cinq sœurs et mon frère comme mes enfants ». Après le divorce de ses parents, les responsabilités de Roqaya se sont multipliées. « Il passait tous les soirs à la maison, me demandait un rapport détaillé de toute la journée : nos études, notre état de santé, nos problèmes, j’étais sa confidente, ce qui dérangeait parfois ma mère ».

Au fil des ans, Roqaya a dû payer le prix du rôle qui lui a été désigné. Elle a quitté l’école à un âge précoce, pour se marier, alors qu’elle était pleine d’ambitions. Et ce, car elle ne s’est jamais opposée à une quelconque volonté de son père. « Je ne le craignais pas, je l’adorais, je ne pouvais pas le voir fâché même si cela me blessait ». Mariée à un âge très jeune à un médecin que sa famille lui avait choisi, Roqaya a appliqué à la lettre les conseils de son père. « Il me répétait que mon rôle était de soutenir mon mari tout au long de sa carrière et me disait que mes problèmes conjugaux ne doivent pas sortir du foyer.

 

Je vivais malheureuse mais je n’ai pas osé demander le divorce par respect pour la promesse que j’ai faite à mon père. Mon divorce n’a d’ailleurs eu lieu que lorsque mon ex-mari en a pris la décision ». Mais, même si Roqaya a tout fait pour respecter la volonté de son père, cela ne lui a pas épargné une séparation après 22 ans de mariage.

Anouar Al-Sadate incarnait, pour elle, tous les hommes. « En comparant tout homme à mon père, je découvrais qu’aucun d’entre eux ne pouvait mériter mon estime ». Il n’est donc pas étrange que son fils aîné porte le même nom « Mohamad Anouar ».

Une fascination qui a empêché Roqaya de vivre la vie des autres jeunes filles de son âge. Mais, elle ne regrette rien. « Il est resté l’homme le plus important de ma vie. Il était capable de jouer tous les rôles avec excellence ». Pour ses enfants aussi, il était un symbole. « Le jour de la mort de mon père, quand mes enfants m’ont vue effondrée, ils m’avaient dit que ce sont eux qui sont devenus orphelins ».

Après sa disparition, Roqaya a vu toute sa vie chamboulée. « Je vis au rythme des souvenirs. Je reprends ses paroles. Quand je passe par une situation difficile, je fais le flash-back et j’essaye d’imaginer comment il aurait voulu que je réagisse ». Ce qui la réconforte le plus, c’est de voir les regards stupéfaits dès qu’elle annonce qu’elle est la fille d’Anouar Al-Sadate. « Une fois, je prenais le bus à Londres. Quand l’inspecteur a vu mon nom sur la carte d’abonnement, il a arrêté le bus et a commencé à expliquer aux passagers qui il était, ce qui m’a profondément émue ».

Cette année, comme à l’accoutumée, Roqaya passera le 6 Octobre avec sa famille. Elle ira se recueillir sur la tombe de son père, réciter la Fatiha, et, comme chaque année, passera l’après-midi avec la grande famille, chez Tante Jihane, comme elle l’appelle.

Amira Doss

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Talaat, dans l’ombre du Raïs 

Jusqu’à récemment, Talaat Sadate était encore inconnu des foules. Aujourd’hui, ses déclarations font la une des journaux. Sa victoire fracassante sur son concurrent du PND, lors des dernières législatives, et sa tentative de se présenter aux dernières élections présidentielles l’ont propulsé au devant de la scène de l’actualité égyptienne. Son élection a été interprétée comme un retour en force de la popularité du président Sadate. Talaat, le neveu du président, a réalisé un succès fou, rassemblant un chiffre record de voix dans la circonscription de Tala, le village natal du président Sadate, dans le gouvernorat de Ménoufiya.

Il avait adhéré au parti des Libéraux (Al-Ahrar) et a mené sa campagne en exploitant au maximum son appartenance familiale, soutenu par ses cousins ainsi que par de nombreux sympathisants de la famille Sadate. Ses ambitions sans limites, son sens de l’humour, son charisme et surtout ses déclarations ont fait de lui un personnage très médiatisé. Il adore ouvrir les dossiers épineux tombés dans l’oubli et possède cet art de choquer.

Le lendemain de son élection, il avait affirmé qu’il avait l’intention de rouvrir le dossier de l’assassinat du président Sadate. « Je veux arriver à la vérité, connaître les vrais instigateurs de l’assassinat perpétré contre mon oncle. Je pense d’ailleurs que ses gardes du corps doivent être accusés de négligence. Aucun d’entre eux n’a eu même l’idée de tirer sur les assassins. Je vais jouer mon rôle d’opposant au pouvoir sans faire de concessions », affirme Talaat.

Il adore faire dans le sensationnel médiatique, ce qui fait de lui une star en continu. De l’assassinat de Sadate, en passant par ses critiques de la loi sur l’état d’urgence et des interventions des services de sécurité dans tous les aspects de la vie politique, il n’épargne personne ... 

Dans son bureau situé dans un coin silencieux de la rue Zakariya Ahmad, au centre-ville, il ne cesse d’accueillir des visiteurs. Et ce, non seulement de par son poste en tant que député au Parlement, mais aussi et surtout en tant que célèbre avocat. On frappe à sa porte pour demander un conseil juridique ou toutes sortes de services. Dans le quartier, tout le monde le connaît. Les photos de son oncle, Anouar Al-Sadate, ornent tous les murs comme si c’était pour l’avoir en background dans les photos de presse et les interviews qu’il adore donner à toutes les chaînes satellites. Il parle d’un ton fier de son appartenance à la famille Sadate et énumère les actes héroïques menés par son oncle pour faire face à l’occupation britannique.

Pour lui, Anouar Al-Sadate est une idole. Lorsqu’il parle de lui, il tient à respecter le titre « Raïs ». Il est fier d’occuper au sein du Parlement le même siège numéro 227, celui de la circonscription de Tala, qu’occupait son oncle.

Sa passion pour la politique se fait facilement remarquer. « Mon père rêvait de me voir jouer, comme mon oncle, un rôle dans l’histoire du pays. J’étais sûr que le coup d’envoi ne pouvait être que mon village natal, Tala, où ma popularité est incontestable ». Pour lui, l’important est qu’une personne qui porte le nom de Sadate soit présente sur la scène politique. « C’est Anouar Al-Sadate qui nous a appris que les gens de notre village sont notre famille, ceux qui méritent le plus d’attention et de services. Je le voyais arrêter sa voiture pour rester discuter avec une villageoise assise au bord de la rivière ».

Aujourd’hui, il suffit de mentionner le nom de Sadate à Tala pour sentir à quel point il est admiré. Un musée qui porte son nom, des maisons appartenant aux frères et oncles, qui tiennent à garder des liens avec leur village natal. C’est dans cet entourage qu’a vécu Talaat, c’est aussi là qu’il a appris sa première leçon de politique.

« J’avais participé à la préparation des derniers amendements de la Constitution égyptienne en tant que député au Parlement. Le changement majeur était de permettre à plusieurs candidats de se présenter aux élections présidentielles. C’est à ce moment-là que j’avais senti que le jour est venu pour que je réalise mon plus grand rêve », confie Talaat. Mais, ce quinquagénaire s’est vite trouvé en prison pour atteinte à la dignité des forces armées. Sorti de prison, il affirme avoir appris la leçon. Même s’il adore hausser le ton, il ne faut quand même pas exagérer.

Aujourd’hui, il estime que sa mission la plus noble est de commémorer le souvenir du président Sadate. Il a créé un comité dont le rôle est d’inculquer à la jeune génération les accomplissements de la période de Sadate, son rôle dans l’histoire du pays ainsi que de répondre aux critiques qui lui sont adressées dans les médias.

Mais, Talaat continue de rêver. Les neuf mois qu’il a passés en prison ne l’empêchent pas d’avoir plus d’aspirations politiques. Un défi qui dérange sa famille et surtout ses enfants. « Lorsque j’étais en prison, ma famille supportait mal les commentaires sarcastiques et les railleries de l’entourage. On me reproche d’ailleurs de ne m’être pas assez occupé des miens et d’avoir gaspillé tout mon argent pour les gens de mon village. Ils ont peut-être raison. S’ils n’arrivent pas à apprécier aujourd’hui le rôle que je joue, je continue de croire qu’un jour ils seront peut-être fiers de moi ». Car selon lui, sa mission est de suivre les pas de son oncle même si le prix à payer est sa famille.

 




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