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Clan sadate.
L’homme de la guerre de 1973 a fait couler beaucoup
d’encre. A l’occasion du 6 Octobre, l’Hebdo a choisi de
donner la parole à sa famille. Témoignages de Jihane, son
épouse, Talaat, son neveu, et Roqaya, sa fille aînée.
Roqaya, la confidente
Le
visage brun, la voix rauque, Roqaya a tout hérité de son
père, y compris sa façon de parler. D’ailleurs, il est là
dans chaque coin de sa belle maison de Garden City. Les
photos du père, grandeur nature, ornent les murs, avec sa
signature et sa dédicace. Roqaya est beaucoup plus que sa
fille aînée, la fille de sa première épouse Iqbal, elle est
sa main droite, celle qui a dû assumer les responsabilités
dans les moments les plus difficiles.
Raqa, comme il avait l’habitude de l’appeler, ne l’avait
jamais déçu. Depuis sa plus tendre enfance, elle était prête
à exécuter tous ses ordres.
« Mon
père était souvent absent, pris par son travail et ses
responsabilités. Il voulait donc que je le remplace, me
demandant toujours de prendre soin de mes sœurs et même de
ma mère ». Il a tout fait pour la préparer à cette tâche
difficile. « Quand j’avais à peine 4 ans, il m’emmenait avec
lui, lors de ses visites clandestines chez les militants
politiques. Il se déguisait pour ne pas se faire reconnaître
par la police, on escaladait parfois les murs de villas, on
se cachait dans des bennes à ordure, je me rappelle de ces
scènes comme si c’était hier ». Vingt-trois ans séparent son
âge de celui de son père. Une différence qui a permis à
Roqaya de le suivre de très près. « Je suis la fille la plus
chanceuse de toute sa progéniture. J’ai passé auprès de lui
40 ans de ma vie. Je considère mes cinq sœurs et mon frère
comme mes enfants ». Après le divorce de ses parents, les
responsabilités de Roqaya se sont multipliées. « Il passait
tous les soirs à la maison, me demandait un rapport détaillé
de toute la journée : nos études, notre état de santé, nos
problèmes, j’étais sa confidente, ce qui dérangeait parfois
ma mère ».
Au fil
des ans, Roqaya a dû payer le prix du rôle qui lui a été
désigné. Elle a quitté l’école à un âge précoce, pour se
marier, alors qu’elle était pleine d’ambitions. Et ce, car
elle ne s’est jamais opposée à une quelconque volonté de son
père. « Je ne le craignais pas, je l’adorais, je ne pouvais
pas le voir fâché même si cela me blessait ». Mariée à un
âge très jeune à un médecin que sa famille lui avait choisi,
Roqaya a appliqué à la lettre les conseils de son père. « Il
me répétait que mon rôle était de soutenir mon mari tout au
long de sa carrière et me disait que mes problèmes conjugaux
ne doivent pas sortir du foyer.
Je
vivais malheureuse mais je n’ai pas osé demander le divorce
par respect pour la promesse que j’ai faite à mon père. Mon
divorce n’a d’ailleurs eu lieu que lorsque mon ex-mari en a
pris la décision ». Mais, même si Roqaya a tout fait pour
respecter la volonté de son père, cela ne lui a pas épargné
une séparation après 22 ans de mariage.
Anouar
Al-Sadate incarnait, pour elle, tous les hommes. « En
comparant tout homme à mon père, je découvrais qu’aucun
d’entre eux ne pouvait mériter mon estime ». Il n’est donc
pas étrange que son fils aîné porte le même nom « Mohamad
Anouar ».
Une
fascination qui a empêché Roqaya de vivre la vie des autres
jeunes filles de son âge. Mais, elle ne regrette rien. « Il
est resté l’homme le plus important de ma vie. Il était
capable de jouer tous les rôles avec excellence ». Pour ses
enfants aussi, il était un symbole. « Le jour de la mort de
mon père, quand mes enfants m’ont vue effondrée, ils
m’avaient dit que ce sont eux qui sont devenus orphelins ».
Après sa
disparition, Roqaya a vu toute sa vie chamboulée. « Je vis
au rythme des souvenirs. Je reprends ses paroles. Quand je
passe par une situation difficile, je fais le flash-back et
j’essaye d’imaginer comment il aurait voulu que je réagisse
». Ce qui la réconforte le plus, c’est de voir les regards
stupéfaits dès qu’elle annonce qu’elle est la fille d’Anouar
Al-Sadate. « Une fois, je prenais le bus à Londres. Quand
l’inspecteur a vu mon nom sur la carte d’abonnement, il a
arrêté le bus et a commencé à expliquer aux passagers qui il
était, ce qui m’a profondément émue ».
Cette
année, comme à l’accoutumée, Roqaya passera le 6 Octobre
avec sa famille. Elle ira se recueillir sur la tombe de son
père, réciter la Fatiha, et, comme chaque année, passera
l’après-midi avec la grande famille, chez Tante Jihane,
comme elle l’appelle.
Amira
Doss
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Talaat, dans l’ombre du Raïs
Jusqu’à
récemment, Talaat Sadate était encore inconnu des foules.
Aujourd’hui, ses déclarations font la une des journaux. Sa
victoire fracassante sur son concurrent du PND, lors des
dernières législatives, et sa tentative de se présenter aux
dernières élections présidentielles l’ont propulsé au devant de
la scène de l’actualité égyptienne. Son élection a été
interprétée comme un retour en force de la popularité du
président Sadate. Talaat, le neveu du président, a réalisé un
succès fou, rassemblant un chiffre record de voix dans la
circonscription de Tala, le village natal du président Sadate,
dans le gouvernorat de Ménoufiya.
Il avait
adhéré au parti des Libéraux (Al-Ahrar) et a mené sa campagne en
exploitant au maximum son appartenance familiale, soutenu par
ses cousins ainsi que par de nombreux sympathisants de la
famille Sadate. Ses ambitions sans limites, son sens de l’humour,
son charisme et surtout ses déclarations ont fait de lui un
personnage très médiatisé. Il adore ouvrir les dossiers épineux
tombés dans l’oubli et possède cet art de choquer.
Le lendemain
de son élection, il avait affirmé qu’il avait l’intention de
rouvrir le dossier de l’assassinat du président Sadate. « Je
veux arriver à la vérité, connaître les vrais instigateurs de
l’assassinat perpétré contre mon oncle. Je pense d’ailleurs que
ses gardes du corps doivent être accusés de négligence. Aucun
d’entre eux n’a eu même l’idée de tirer sur les assassins. Je
vais jouer mon rôle d’opposant au pouvoir sans faire de
concessions », affirme Talaat.
Il adore
faire dans le sensationnel médiatique, ce qui fait de lui une
star en continu. De l’assassinat de Sadate, en passant par ses
critiques de la loi sur l’état d’urgence et des interventions
des services de sécurité dans tous les aspects de la vie
politique, il n’épargne personne ...
Dans son
bureau situé dans un coin silencieux de la rue Zakariya Ahmad,
au centre-ville, il ne cesse d’accueillir des visiteurs. Et ce,
non seulement de par son poste en tant que député au Parlement,
mais aussi et surtout en tant que célèbre avocat. On frappe à sa
porte pour demander un conseil juridique ou toutes sortes de
services. Dans le quartier, tout le monde le connaît. Les photos
de son oncle, Anouar Al-Sadate, ornent tous les murs comme si
c’était pour l’avoir en background dans les photos de presse et
les interviews qu’il adore donner à toutes les chaînes
satellites. Il parle d’un ton fier de son appartenance à la
famille Sadate et énumère les actes héroïques menés par son
oncle pour faire face à l’occupation britannique.
Pour lui,
Anouar Al-Sadate est une idole. Lorsqu’il parle de lui, il tient
à respecter le titre « Raïs ». Il est fier d’occuper au sein du
Parlement le même siège numéro 227, celui de la circonscription
de Tala, qu’occupait son oncle.
Sa passion
pour la politique se fait facilement remarquer. « Mon père
rêvait de me voir jouer, comme mon oncle, un rôle dans
l’histoire du pays. J’étais sûr que le coup d’envoi ne pouvait
être que mon village natal, Tala, où ma popularité est
incontestable ». Pour lui, l’important est qu’une personne qui
porte le nom de Sadate soit présente sur la scène politique. «
C’est Anouar Al-Sadate qui nous a appris que les gens de notre
village sont notre famille, ceux qui méritent le plus
d’attention et de services. Je le voyais arrêter sa voiture pour
rester discuter avec une villageoise assise au bord de la
rivière ».
Aujourd’hui,
il suffit de mentionner le nom de Sadate à Tala pour sentir à
quel point il est admiré. Un musée qui porte son nom, des
maisons appartenant aux frères et oncles, qui tiennent à garder
des liens avec leur village natal. C’est dans cet entourage qu’a
vécu Talaat, c’est aussi là qu’il a appris sa première leçon de
politique.
« J’avais
participé à la préparation des derniers amendements de la
Constitution égyptienne en tant que député au Parlement. Le
changement majeur était de permettre à plusieurs candidats de se
présenter aux élections présidentielles. C’est à ce moment-là
que j’avais senti que le jour est venu pour que je réalise mon
plus grand rêve », confie Talaat. Mais, ce quinquagénaire s’est
vite trouvé en prison pour atteinte à la dignité des forces
armées. Sorti de prison, il affirme avoir appris la leçon. Même
s’il adore hausser le ton, il ne faut quand même pas exagérer.
Aujourd’hui,
il estime que sa mission la plus noble est de commémorer le
souvenir du président Sadate. Il a créé un comité dont le rôle
est d’inculquer à la jeune génération les accomplissements de la
période de Sadate, son rôle dans l’histoire du pays ainsi que de
répondre aux critiques qui lui sont adressées dans les médias.
Mais, Talaat
continue de rêver. Les neuf mois qu’il a passés en prison ne
l’empêchent pas d’avoir plus d’aspirations politiques. Un défi
qui dérange sa famille et surtout ses enfants. « Lorsque j’étais
en prison, ma famille supportait mal les commentaires
sarcastiques et les railleries de l’entourage. On me reproche
d’ailleurs de ne m’être pas assez occupé des miens et d’avoir
gaspillé tout mon argent pour les gens de mon village. Ils ont
peut-être raison. S’ils n’arrivent pas à apprécier aujourd’hui
le rôle que je joue, je continue de croire qu’un jour ils seront
peut-être fiers de moi ». Car selon lui, sa mission est de
suivre les pas de son oncle même si le prix à payer est sa
famille. |
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