Iraq .
Au moment où se multiplient les appels pour un Iraq
uni, les Américains proposent une partition du territoire.
Une idée qui a suscité le mécontentement des sunnites et des
chiites.
Le règlement par l’isolement
Ce n’est pas la première fois que certains responsables
américains évoquent la partition de l’Iraq et ce ne serait
peut-être pas la dernière. Mais ce qui est sûr, c’est que la
majorité iraqienne la rejette. Ainsi, responsables chiites
et sunnites en Iraq ont-ils fait front contre une
proposition du Sénat américain de partition de leur pays.
Ainsi, les Américains après avoir vendu le rêve de liberté
qui a tourné court dans des bains de sang, proposent-ils
comme issue à la crise une dangereuse division du pays.
Le premier ministre Nouri
Al-Maliki, un chiite, a estimé
qu’une division de son pays « serait catastrophique non
seulement pour l’Iraq, mais pour toute la région ». Il a
ajouté qu’il « appartient aux Iraqiens de décider de telles
questions et ils souhaitent maintenir l’unité de leur pays
». « Ils (les Américains) devraient aider l’Iraq à renforcer
son unité et sa souveraineté », a encore dit le chef du
gouvernement. M. Al-Maliki a
ainsi souhaité que le Parlement iraqien se réunisse dès que
possible pour rejeter formellement, par un vote des députés,
la proposition du Sénat américain.
Le Sénat américain a approuvé par 75 voix contre 23 une
résolution non contraignante sur un découpage de l’Iraq en
trois régions de nature confessionnelle : chiite dans le
sud, sunnite au centre et kurde dans le nord.
Ce plan aux accents fédéralistes est, selon ses défenseurs,
la seule solution pour mettre un terme aux violences qui
secouent l’Iraq. Il est parrainé par le sénateur démocrate
et candidat à la Maison Blanche Joseph
Biden, qui le présente comme la clé politique pour
permettre un retrait des troupes américaines tout en
empêchant le chaos.
Qu’il cherche à donner une justification à la présence
américaine en Iraq ou non, ce vote, symbolique, est avant
tout une nouvelle péripétie du débat de politique intérieure
américaine sur le dossier iraqien. Il a cependant suscité
une vive émotion en Iraq, où la question du fédéralisme
reste un sujet très sensible alors que le pays est ravagé
par les violences confessionnelles.
« Ce plan de division va contre les intérêts des Iraqiens et
contre la paix », a commenté de son côté un porte-parole du
grand ayatollah Ali Sistani,
principale autorité spirituelle des chiites iraqiens.
« Nous rejetons ce vote, sur la forme comme sur le fond », a
pour sa part réagi un membre du bureau du jeune chef radical
chiite Moqtada
Sadr, très populaire parmi les
chiites iraqiens.
Les chiites, qui contrôleraient la plupart des revenus
pétroliers en cas de division du pays, s’opposent à une
telle mesure parce qu’elle diminuerait l’intégrité
territoriale de l’Iraq, qu’ils contrôlent actuellement.
La seule note discordante est venue du gouvernement de la
région autonome du Kurdistan iraqien, qui a salué
chaleureusement la résolution américaine comme « la seule
solution viable aux problèmes de l’Iraq ». Cette résolution
est un appel « à reconstruire l’Etat iraqien sur la base du
fédéralisme », s’est réjoui le
gouvernement du Kurdistan, qui bénéficie déjà d’une large
autonomie par rapport à Bagdad.
Les réactions au vote du Sénat américain ont dépassé l’Iraq
et ont également provoqué une vaste condamnation sur la
scène internationale : de la part de l’Iran, des monarchies
du Golfe, de la Ligue arabe, de l’Organisation de la
conférence islamique ou de la France. Tous y voient un
nouvel élément de nature à déstabiliser davantage l’Iraq et
même toute la région. Pour les observateurs, elle accentuera
les conflits entre les extrémistes sunnites et les
extrémistes chiites et donnera lieu à des accrochages entre
les Kurdes, d’une part, et la Syrie et la Turquie, d’autre
part. Ce qui signifie qu’une telle répartition s’étendra à
d’autres pays dans la région. Il serait fort probable que l’Etat
chiite incite les chiites se trouvant dans les pays du Golfe
à la sécession. L’Etat sunnite par contre sera coincé et
aura besoin d’assistances du fait qu’il contrôlerait une
zone ayant peu ou pas de ressources pétrolières.
Selon un professeur iraqien de sciences politiques, l’idée
de la partition ne fait qu’affaiblir l’Iraq. Il a souligné
que la partition laissera l’Iraq en apparence un Etat mais
le réduira en effet à des miettes incapables d’agir.
Certains analystes soulignent de même que si les partisans
de cette idée voient qu’elle mettra un terme aux violences
interconfessionnelles, elle pourra par contre alimenter les
violences intraconfessionnelles
dans chaque région.
Cette proposition, bien qu’elle émane du Sénat américain, a
aussi des détracteurs au sein des Etats-Unis. Selon une
étude d’un institut de sciences politiques à Washington,
cette partition n’est pas la baguette magique qui réglera
tous les problèmes et son application piétinera du fait de
l’existence de trois problèmes majeurs : le refus des pays
du voisinage, le rejet des chefs tribaux et la difficulté
d’une partition vraiment géographique à cause des mariages
mixtes entre chiites et sunnites .
Rania
Adel