Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Le règlement par l’isolement
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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Iraq . Au moment où se multiplient les appels pour un Iraq uni, les Américains proposent une partition du territoire. Une idée qui a suscité le mécontentement des sunnites et des chiites.

Le règlement par l’isolement 

Ce n’est pas la première fois que certains responsables américains évoquent la partition de l’Iraq et ce ne serait peut-être pas la dernière. Mais ce qui est sûr, c’est que la majorité iraqienne la rejette. Ainsi, responsables chiites et sunnites en Iraq ont-ils fait front contre une proposition du Sénat américain de partition de leur pays. Ainsi, les Américains après avoir vendu le rêve de liberté qui a tourné court dans des bains de sang, proposent-ils comme issue à la crise une dangereuse division du pays.

Le premier ministre Nouri Al-Maliki, un chiite, a estimé qu’une division de son pays « serait catastrophique non seulement pour l’Iraq, mais pour toute la région ». Il a ajouté qu’il « appartient aux Iraqiens de décider de telles questions et ils souhaitent maintenir l’unité de leur pays ». « Ils (les Américains) devraient aider l’Iraq à renforcer son unité et sa souveraineté », a encore dit le chef du gouvernement. M. Al-Maliki a ainsi souhaité que le Parlement iraqien se réunisse dès que possible pour rejeter formellement, par un vote des députés, la proposition du Sénat américain.

Le Sénat américain a approuvé par 75 voix contre 23 une résolution non contraignante sur un découpage de l’Iraq en trois régions de nature confessionnelle : chiite dans le sud, sunnite au centre et kurde dans le nord.

Ce plan aux accents fédéralistes est, selon ses défenseurs, la seule solution pour mettre un terme aux violences qui secouent l’Iraq. Il est parrainé par le sénateur démocrate et candidat à la Maison Blanche Joseph Biden, qui le présente comme la clé politique pour permettre un retrait des troupes américaines tout en empêchant le chaos.

Qu’il cherche à donner une justification à la présence américaine en Iraq ou non, ce vote, symbolique, est avant tout une nouvelle péripétie du débat de politique intérieure américaine sur le dossier iraqien. Il a cependant suscité une vive émotion en Iraq, où la question du fédéralisme reste un sujet très sensible alors que le pays est ravagé par les violences confessionnelles.

« Ce plan de division va contre les intérêts des Iraqiens et contre la paix », a commenté de son côté un porte-parole du grand ayatollah Ali Sistani, principale autorité spirituelle des chiites iraqiens.

« Nous rejetons ce vote, sur la forme comme sur le fond », a pour sa part réagi un membre du bureau du jeune chef radical chiite Moqtada Sadr, très populaire parmi les chiites iraqiens.

Les chiites, qui contrôleraient la plupart des revenus pétroliers en cas de division du pays, s’opposent à une telle mesure parce qu’elle diminuerait l’intégrité territoriale de l’Iraq, qu’ils contrôlent actuellement.

La seule note discordante est venue du gouvernement de la région autonome du Kurdistan iraqien, qui a salué chaleureusement la résolution américaine comme « la seule solution viable aux problèmes de l’Iraq ». Cette résolution est un appel « à reconstruire l’Etat iraqien sur la base du fédéralisme », s’est réjoui le gouvernement du Kurdistan, qui bénéficie déjà d’une large autonomie par rapport à Bagdad.

Les réactions au vote du Sénat américain ont dépassé l’Iraq et ont également provoqué une vaste condamnation sur la scène internationale : de la part de l’Iran, des monarchies du Golfe, de la Ligue arabe, de l’Organisation de la conférence islamique ou de la France. Tous y voient un nouvel élément de nature à déstabiliser davantage l’Iraq et même toute la région. Pour les observateurs, elle accentuera les conflits entre les extrémistes sunnites et les extrémistes chiites et donnera lieu à des accrochages entre les Kurdes, d’une part, et la Syrie et la Turquie, d’autre part. Ce qui signifie qu’une telle répartition s’étendra à d’autres pays dans la région. Il serait fort probable que l’Etat chiite incite les chiites se trouvant dans les pays du Golfe à la sécession. L’Etat sunnite par contre sera coincé et aura besoin d’assistances du fait qu’il contrôlerait une zone ayant peu ou pas de ressources pétrolières.

Selon un professeur iraqien de sciences politiques, l’idée de la partition ne fait qu’affaiblir l’Iraq. Il a souligné que la partition laissera l’Iraq en apparence un Etat mais le réduira en effet à des miettes incapables d’agir. Certains analystes soulignent de même que si les partisans de cette idée voient qu’elle mettra un terme aux violences interconfessionnelles, elle pourra par contre alimenter les violences intraconfessionnelles dans chaque région.

Cette proposition, bien qu’elle émane du Sénat américain, a aussi des détracteurs au sein des Etats-Unis. Selon une étude d’un institut de sciences politiques à Washington, cette partition n’est pas la baguette magique qui réglera tous les problèmes et son application piétinera du fait de l’existence de trois problèmes majeurs : le refus des pays du voisinage, le rejet des chefs tribaux et la difficulté d’une partition vraiment géographique à cause des mariages mixtes entre chiites et sunnites .

Rania Adel

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