Essai.
Farouq (1920-1965), le dernier roi d’Egypte, son
image et ses avatars comme colportés dans la littérature
égyptienne inspirent à Moustapha Bayoumi son ouvrage le plus
récent.
Une monarchie trop légère
Ce
n’est pas une vraie recherche méthodologique, mais plutôt un
essai littéraire laissant le lecteur sur sa faim comme une
vigie sans horizon. Les spécimens des onze écrivains réunis
par l’auteur du livre Le Roi Farouq dans la littérature
égyptienne, confirment l’image controversée de l’enfant-roi
qu’était Farouq, le dernier monarque d’Egypte. Il y a
toujours ce soupçon de mensonge ou de déformation,
volontaire ou involontaire. Car lorsque les écrits prennent
une dimension testimoniale, cela implique d’être
particulièrement attentif aux phénomènes de réception et
d’interactivité entre l’idéologie de l’émetteur et celle du
public qui le reçoit. Il ne faut pas oublier non plus que la
légende nourrit souvent l’imagination des narrateurs et
celle des lecteurs. Et lorsqu’il est question d’un
personnage que l’on aime et déteste, comme le roi Farouq, le
romancier se met dans son tort en adoptant la version
caricaturale. C’est ce que réitère Moustapha Bayoumi,
avançant l’exemple de Youssef Al-Sébaï à l’appui, prenant en
considération qu’il était l’un des Officiers Libres de la
Révolution de 1952. « A lire Al-Sébaï, on a l’impression que
le parti du Wafd était dépourvu de toute qualité et qu’il
était simplement un bloc de méchanceté, de corruption et
d’arrivisme », commente l’auteur. Dans son roman Rod qalbi
(rends-moi mon cœur), datant de 1954, Al-Sébaï évoque
d’abord la popularité du jeune roi parmi les gens du peuple
et de l’armée, mais ensuite, il ne manquera pas de faire
état de l’aversion qu’éprouvent ces derniers à son égard. «
Il le présente comme étant à la tête des voleurs, des
corrompus, des frivoles et des joueurs de poker ». Une
avanie ? Le roi déchu n’a-t-il pas fait objet de maintes
railleries, épigrammes et gadgets représentant Sa Majesté en
différentes positions de débauche ? Un simple coureur de
jupons dansant le hula-hoop ? L’ennemi juré du principal
parti politique, le Wafd, et rival de son chef Al-Nahhas
pacha ?
C’est quand même un personnage plus nuancé chez Naguib
Mahfouz, Wafdiste convaincu et analyste plus profond,
mettant en avant des sentiments plus contradictoires. Fathi
Ghanem, à son tour, cerne la complexité du personnage sans
tomber dans la condamnation flagrante. Pour lui, « Farouq
n’était pas le mal absolu et ses ennemis ne représentaient
pas le bien absolu non plus ».
L’usage de la religion et du bénévolat pour acquérir un
crédit auprès de son peuple a été soulevé par Ibrahim
Abdel-Méguid (né en 1946), dans Personne ne dort à
Alexandrie ainsi que par son doyen Ihsane Abdel-Qoddous (né
en 1919). « Ainsi, les Frères musulmans ne sont-ils pas les
seuls à parler au nom de l’islam (…) Il laisse la mosquée d’Al-Hussein,
où il a fait la prière du vendredi, pour se rendre ensuite à
l’auberge des Pyramides pour y passer la soirée », dit l’un
des héros d’Ihsane Abdel-Qouddous. Ce dernier a critiqué
dans une phase ultérieure le changement des classes qui
s’est opéré au sein de la société au lendemain de la
révolution. « Ce sont les fauteuils dans lesquels
s’installait le roi … Maintenant, nous sommes les rois. Tout
ce qui appartenait autrefois au roi nous appartient, nous
les faiseurs de la Révolution. Nous le peuple », dit l’un
des personnages de Ya azizi kollona lossous (mon cher, on
est tous des voleurs !).
Peut-être les exemples cités nous placent-ils dans un monde
en noir et blanc, avec des hommes en tarbouches, des femmes
avec des rivières autour du cou et des jeunes feddayins
luttant contre l’occupation britannique. Pourtant, cela
n’empêche guère de ressentir une certaine légèreté quant au
traitement du sujet. L’auteur, journaliste diplômé en
communication, lequel a souvent travaillé sur l’image des
célébrités dans la littérature, a parcouru une soixantaine
de romans et recueils de nouvelles. Il a creusé dans ses
ouvrages, multipliant les exemples, sans pour autant
effectuer un travail plus élaboré.
Dalia
Chams