Liban.
Divisé en deux camps antagonistes, le Liban s’aprête
à choisir dans l’incertitude un nouveau président. Profils
des candidats les plus en vue.
Une équation incertaine
Boutros Harb
Candidat
issu des rangs de la coalition anti-syrienne du 14 mars. Agé
de 63 ans, il s’est positionné comme homme de dialogue et
d’ouverture à l’intérieur et à l’extérieur du Liban. Il
était ministre des Travaux publics et des Transports et
ministre de l’Education. Il a boycotté, comme l’essentiel
des personnalités chrétiennes, les élections législatives de
1992, mais a pris part au scrutin de 1996 et retrouve son
poste de ministre. Membre de l’opposition parlementaire aux
gouvernements de Hariri, il annonce sa candidature à
l’élection présidentielle de 1998. Mais il la retire le jour
du scrutin, au cours duquel Emile Lahoud est élu à
l’unanimité. Il était membre fondateur du rassemblement de
Kornet Chehwane en 2001 et exprimait alors son opposition à
l’hégémonie syrienne et aux politiques du gouvernement de
Rafiq Hariri. Plus tard, il crée le Front national pour la
réforme et se déclare candidat à l’élection présidentielle
puis s’oppose à l’amendement constitutionnel prorogeant le
mandat du président Emile Lahoud.
En 2004, il prend part aux réunions du Bristol, regroupant
les différentes factions de l’opposition anti-syrienne et
participe à la Révolution du cèdre qui a suivi l’assassinat
de Rafiq Hariri.
Il a lancé une idée relativement nouvelle, celle de la
neutralité positive du Liban.
http://www.boutrosharb.org/
Nassib Lahoud
Ex-député et ancien ambassadeur du Liban à l’Onu en 1990.
Agé de 63 ans, il est le cousin du président sortant Emile
Lahoud, et fait cependant partie de la coalition du 14 mars.
Dès le début de sa vie politique, il s’est situé dans
l’opposition aux gouvernements pro-syriens. Il s’est opposé
aux politiques économiques de l’ancien premier ministre
Rafiq Hariri et à l’ingérence syrienne dans la vie politique
libanaise. Il avait participé dans les coulisses aux accords
de Taëf. En 2001, il rejoint le rassemblement de Kornet
Chehwane, regroupant les principales figures chrétiennes
d’opposition. Il fonde avec une cinquantaine d’intellectuels
libanais, le Mouvement du renouveau démocratique qui est un
mouvement politique réformiste laïque. Lahoud prend part aux
élections législatives de 2005 dans sa circonscription du
Metn mais perd face à la liste d’alliance entre le Courant
patriotique libre du général Michel Aoun. Cet entrepreneur,
dont l’essentiel des activités se concentre dans le Golfe,
entretient de bonnes relations avec les Etats-Unis et
l’Arabie saoudite. Il est marié à la sœur de l’épouse du roi
saoudien. Il prône la résolution de la question des armes du
Hezbollah uniquement par le dialogue.
http://www.nassiblahoud.org/
Charles
Rizk
Actuel ministre de la Justice, âgé de 72 ans. Il a fait des
études de droit et d’économie, et à l’âge de 28 ans devient
le plus jeune directeur de l’Information du président Fouad
Chéhab.
En avril 2005, il devient ministre du Tourisme et de
l’Information. En juillet de la même année, Fouad Siniora le
nomme ministre de la Justice. C’est un proche ami du
président de la République Emile Lahoud. Il a fait preuve
d’une collaboration professionnelle avec la commission
d’enquête onusienne. Mais avec la conclusion du protocole
créant un tribunal international sur l’assassinat de Rafiq
Hariri, les relations se crispent entre Rizk et Lahoud. Rizk
est accusé d’avoir trahi Lahoud, en adoptant les arguments
de l’Alliance du 14 mars quant au tribunal international.
Robert Ghanem
Avocat, âgé de 65 ans. Membre du bloc du Courant du futur
dirigé par Saad Hariri, il se définit cependant comme
indépendant. Il est le fils de l’ancien chef de l’armée
Iskandar Ghanem.
En 1992, il brise le boycott des élections législatives
décidé par les partis chrétiens et est élu député à la Békaa.
Trois ans plus tard, il devient ministre de l’Education
nationale, de la Jeunesse et des Sports, au sein du
gouvernement de Rafiq Hariri.
Il déclare en 2004 sa candidature à l’élection
présidentielle et son refus de la reconduction du mandat du
président Emile Lahoud. Mais Rafiq Hariri, dont il est
proche, l’encourage à retirer sa candidature et à accepter
de voter l’amendement constitutionnel.
En 2005, il participe aux élections législatives sur la
liste entre les forces de l’Alliance du 14 mars et le
mouvement Amal et conserve son poste de député.
http://www.robertghanem.com/
Michel
Aoun
Député de 72 ans. Ce chef du Courant patriotique libre est
le candidat unique de l’opposition à la présidentielle.
Lors de la guerre israélienne contre le Liban en 1982, Aoun,
alors lieutenant-colonel, mobilise un bataillon armé pour
défendre le palais présidentiel de Baabda, puis, lors de la
guerre civile en 1983, sa 8e brigade combat avec succès les
milices de Walid Joumblatt.
Il était commandant en chef de l’armée entre 1984 et 1988
puis le président sortant Amine Gemayel le nomme premier
ministre contrairement au Pacte national qui réserve ce
poste à des musulmans sunnites. Il rejette les accords de
Taëf avant d’être chassé du pouvoir en 1990 par une
offensive syrienne et contraint à l’exil en France en 1991.
Il a passé 14 ans à Paris d’où il a continué à revendiquer
l’indépendance du Liban face à la présence syrienne.
Quelques mois après son retour, il est élu député. Connu
toujours pour être un farouche opposant à la tutelle
syrienne, il a créé la surprise en signant, en février 2006,
une entente avec le Hezbollah. C’est pourquoi sa candidature
est rejetée par la coalition du 14 mars. Aoun, lui, conteste
la légitimité du gouvernement du premier ministre Fouad
Siniora et milite en faveur de la laïcité au Liban.
http://www.tayyar.org
Michel Sleimane
Ce général, âgé de 58 ans, est une figure assez consensuelle
et jouit d’une grande popularité chez tous les Libanais. Il
a rejoint l’armée en 1967 et devint depuis 1998 le
commandant en chef de l’armée. C’est durant son mandat que
les forces israéliennes se sont retirées, en 2000, du
Sud-Liban. Et il a réussi à résister durant la bataille avec
le Fatah Al-Islam à Nahr Al-Bared. Le Liban lui doit d’avoir
réussi à conserver l’unité de l’armée et à la mettre loin
des dissensions libanaises.
Sleimane n’a cependant pas proposé sa candidature et ne peut
être élu qu’après un amendement de la Constitution. Celle-ci
statue qu’un haut fonctionnaire ne peut briguer la
présidence que s’il a démissionné de son poste au moins six
mois avant le scrutin. Mais toujours un scénario de son
ascension reste possible puisqu’Emile Lahoud a déclaré qu’il
envisagerait de nommer le commandant en chef de l’armée à la
tête d’un gouvernement provisoire si le pouvoir et
l’opposition ne parvenaient pas à surmonter leurs différends
pour élire un nouveau chef de l’Etat.
Riyad Salamé
Gouverneur de la Banque du Liban depuis 14 ans. Agé de 57
ans, il s’occupait du portefeuille de l’ancien ministre
assassiné Rafiq Hariri. C’est à lui que le Liban doit sa
bonne santé financière et sa stabilité monétaire malgré la
politique des assassinants et même après la guerre avec
Israël. La revue londonienne Euromoney spécialisée dans la
finance et l’économie, l’a choisi comme « meilleur
gouverneur arabe pour 1996 ». Selon Euromoney, Riyad a
appliqué une politique monétaire qui a permis à la livre
libanaise de s’apprécier pour la première fois depuis 10 ans
face aux devises fortes.
Salamé est considéré comme un prétendant sérieux, mais sa
candidature nécessite également un amendement
constitutionnel.
Jean Obeid
Jean Obeid est un politicien de 68 ans. Il est surnommé le
grand silencieux. Il entretient de bonnes relations avec les
différentes factions libanaises et est soutenu par Hariri et
Berri. Il était proche de Rafiq Hariri mais aussi du
président syrien Hafez Al-Assad et des anciens présidents
libanais Elias Sarkis et Amine Gemayel.
Entre 1983 et 1987, il était l’un des conseillers politiques
du président Gemayel, chargé de maintenir les ponts avec le
pouvoir syrien.
Depuis 1991, il est régulièrement nommé député et conserve
son poste jusqu’aux élections de 2005. Il intègre le
gouvernement de Rafiq Hariri en 1993 comme ministre d’Etat
sans portefeuille, puis comme ministre de l’Education
nationale, de la Jeunesse et des Sports.
Il devient plus tard ministre des Affaires étrangères du
dernier gouvernement présidé par Hariri lors du mandat d’Emile
Lahoud.
Aliaa
Al-Korachi
Chaïmaa Abdel-Hamid