Al-Ahram Hebdo, Evénement | La crise aux portes de Baabda
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Liban. La division entre la majorité et l’opposition se cristallise autour des présidentielles. Le Parlement a reporté les élections à fin octobre. Un consensus reste difficile à trouver à l’heure où les pressions étrangères s’intensifient. 

La crise aux portes de Baabda 

Tout est en attente au Liban et jusqu’à nouvel ordre. La scène dans la rue ressemble bizarrement à hier et fort probablement à demain. Les touristes sont toujours peu nombreux et les barrages bien installés, surtout dans les coins où habitent députés, ministres et chefs des différents partis politiques. Tout le monde est dans l’attente. Même les noces, les pièces de théâtre ont été fixées à après le 25 novembre, date butoir où il devrait y avoir un nouveau locataire au palais de Baabda. Les Libanais étaient au départ très optimistes, ils s’attendaient à une issue, ce 25 septembre. Pas de chance. La question qui revenait sur toutes les lèvres revient encore : Qui succédera à Emile Lahoud à la tête du pays ? Et plus encore, comment ? Car l’atmosphère au Liban est loin d’être à la normale. La séance du Parlement qui devrait permettre aux deux camps antagonistes de parvenir à un consensus sur le nom du futur chef de l’Etat a finalement été reportée au 23 octobre faute de quorum, soit la majorité des deux tiers, les députés de l’opposition ayant boycotté la séance.

Le pays est catégoriquement divisé en deux. D’un côté, il y a la majorité, conduite par le Courant du futur, de Saad Hariri, le Parti socialiste progressiste, de Walid Joumblatt, les Forces libanaises, de Samir Geagea et du parti Kataëb d’Amin Gemayel. Elle accuse l’opposition de chercher à déstabiliser le pays pour le compte de la Syrie et de l’Iran. Celle-ci est dirigée par les partis du Hezbollah, le mouvement Amal, de Nabih Berri, et le Courant patriotique libre de Michel Aoun. Elle menace d’entraver l’élection d’un nouveau chef d’Etat si un gouvernement d’union nationale avec minorité de blocage n’est pas préalablement nommé. Ce jour-là, Kamal Chatila, chef du parti de la Conférence populaire, organise un iftar à l’hôtel Phoenicia, c’est là où résident les principaux députés et ministres dont le mouvement est restreint pour des mesures de sécurité. La guerre des mots reprend. Parce qu’au Liban on parle beaucoup. Chatila qualifie l’actuel premier ministre Fouad Siniora de Karzaï le Libanais (en allusion au premier ministre afghan nommé par les Américains). Mais devant les politiciens, toutes tendances mêlées, il affirme que les Américains veulent trois Karzaïs au Liban, un président, un autre premier ministre et un troisième président du Parlement.

Des mots qui trouvent des réponses dans l’autre camp, avec des accusations entre autres d’affaires pour le compte de la Syrie. Ce qui s’est passé au Parlement n’est qu’un indice. L’opposition et la majorité auraient besoin d’un miracle prophétique alors que l’époque des prophètes est bien révolue.

Le problème avec le président libanais, c’est que son nom n’est pas une pure affaire libanaise. C’est une affaire régionale qui a des racines au Vatican, traverse l’océan pour atteindre Washington, en passant par Paris et avec peut-être un feu vert de Damas et une facture payée par Riyad. Le Conseil de sécurité n’en est pas loin non plus. Il vient d’appeler à la tenue d’une élection libre et régulière le 23 octobre. Des déclarations qui semblent jeter de l’huile sur le feu. Le président du Parlement, Nabih Berri, s’est ainsi élevé contre « l’ingérence » du Conseil de sécurité dans les affaires libanaises.

Le président sortant est intervenu aussi et mis en garde contre les « répercussions » que pourraient avoir sur l’élection présidentielle et « sur la sécurité des Libanais » les interventions étrangères dans les affaires internes de son pays. « De telles interventions peuvent susciter la haine et augmenter la tension sur la scène libanaise », a-t-il déclaré devant l’Onu.

Ingérence ? Un mot à ne pas négliger au Liban. Ingérence syrienne et iranienne disent les uns, ingérence américaine et française, disent les autres, et ingérence israélienne, affirment les deux.

Et sur le fond du problème on ne saurait oublier le Hezbollah, ses armes plus précisément. L’opposition rejette tous les candidats sortant des rangs de la coalition du 14 mars de crainte qu’un tel président ne succombe facilement aux pressions internationales : les résolutions 1 559 et 1 701 en particulier. En bref, il cherchera à désarmer le Hezbollah et Israël gagnera, par l’intermédiaire des Libanais eux-mêmes, ce qu’il n’a pu faire en faisant la guerre. Un accord avec Tel-Aviv serait une forte probabilité aussi en cas de succès de ces ingérences.

La majorité a ses propres soucis, elle aussi. Elle ne veut absolument pas répéter l’expérience d’Emile Lahoud, qui s’est aligné complètement sur l’opposition et s’est dressé contre le gouvernement. La position de Lahoud s’interprète peut-être par le fait que cette majorité s’est, il y a trois ans, opposée à un prolongement de son mandat. Une cohabitation entre un gouvernement et un président fort éloignés dans leur position était l’une des plus dures expériences au Liban, en temps de paix. Pendant deux ans, la vie politique a été complètement paralysée dans le pays du Cèdre. Toutes les décisions adoptées par le gouvernement et devant être paraphées par le chef de l’Etat sont restées lettre morte. Même une prime décidée par le cabinet en faveur des militaires pour leurs efforts durant les 10 mois de sit-in, Lahoud a refusé de l’approuver car émanant d’un gouvernement illégitime. Un gouvernement qui qualifie le président lui-même d’illégitime puisque reconduit sous pression syrienne .

C’est dans le contexte de cette polémique que les négociations se déroulent actuellement autour du nouveau président. Elles s’articulent plus actuellement entre le chef de la majorité parlementaire, Saad Al-Hariri, et le président de la Chambre des députés, Nabih Berri. Ce dernier, en tant que représentant de l’opposition, est à la recherche d’un candidat qui serait accepté des deux parties, une équation difficile à résoudre.

Pour la tendance dite du 14 mars : plusieurs candidats sont retenus, d’où leur point de faiblesse. La majorité n’a pas réussi à s’accorder sur un seul nom. Nassib Lahoud, président du Mouvement de renouveau démocratique et ancien ambassadeur à Washington (lire interview), semble avoir plus de chances que les autres. La majorité se considère en droit d’avoir un de ses candidats président de la République. L’opposition oppose une fin de non-recevoir à la candidature de Lahoud et ne considère pas Harb comme un candidat idéal, puisqu’il ferait partie du mouvement du 14 mars. S’il est élu, l’opposition aura perdu toutes ses revendications, y compris celle de la formation d’un gouvernement d’union nationale. 

La crise de l’opposition

La faiblesse de l’opposition provient de son attitude qui semble de pure forme sans désigner un candidat particulier. En fait, c’est Michel Aoun, ce candidat potentiel. Et pour des raisons inconnues, il n’a su mener sa bataille. Au cours de ces derniers mois, il a paru comme un candidat-choc qui adopte un langage inadmissible sur le plan politique. A l’instar de Walid Joumblatt dans l’autre camp, il distribuait ses accusations à gauche et à droite, s’engageait dans des polémiques inutiles et ne s’est pas présenté comme un candidat susceptible de rallier les deux camps et de faire l’objet d’entente.

Le député Michel Aoun invite désormais « à un dialogue pour déterminer les points de divergences et les résoudre ». Il espère un dialogue « franc et public » parce que le Liban ne devra « son salut que par l’intermédiaire de toute sa population ». Il a assuré qu’il reconnaissait « les autres quelles qu’en soient les doctrines et les idéologies politiques. Mais aux autres de nous reconnaître et de reconnaître nos droits ». Récemment il a changé de ton, considérant que les présidentielles sont l’occasion d’une « construction nationale sur des bases saines. Parce que tout ce qui serait fondé sur l’erreur est appelé à s’effondrer ». Il a mis en garde contre l’assassinat « moral permanent à travers les mensonges » et invité à renoncer à tout ce qui relève de « l’humeur » dans le choix d’un président. En tout cas, cette situation était de toute façon prévisible et la scène est réduite à des « pro-Syriens » opposés aux « anti-Syriens ».

Le député Saad Al-Hariri, chef du Bloc de l’avenir, accuse sans ambages la Syrie d’être à l’origine de ce ralentissement du processus électoral. Pour lui, ce « projet de vide est celui d’un seul régime qui est bien connu et qui est pointé du doigt par tous les Libanais, les Arabes et la communauté internationale ». Donc, c’est Damas l’accusé pour Hariri. Il explique que l’objectif des contacts et des consultations auxquels il procède n’est pas de choisir un chef d’Etat sans discernement, mais un président libanais qui ferait l’unanimité chez les chrétiens, les maronites en particulier, et le Liban tout entier. Un président qui, lui, aurait comme tâche d’assurer la présence d’un « Liban arabe libre ». Pour Hariri, telles sont les spécifications de ce président devant émerger suite à une conciliation.

En revanche, on relève un changement dans le ton du président du Bloc du « changement et de la réforme ». Tout compte fait, on ne peut que relever des discours qui prônent tous la bonne foi mais qui semblent tous esquiver la question fondamentale. On se demande pourquoi le Liban vit tellement une crise qui semble remettre en cause son système sans que la volonté nationale ne se manifeste pour débloquer la situation. Voire d’aucuns considèrent que tout faux pas dans ces présidentielles mènerait au chaos. C’est d’ailleurs l’avis d’une partie des plus influentes, le Hezbollah. Cheikh Naïm Qassem, secrétaire général de ce parti, relève : « Depuis l’adoption de la résolution 1 559 jusqu’à présent, et pendant trois ans, nous avons vécu des situations difficiles et le Liban est aujourd’hui au carrefour de deux chemins, soit succomber au projet américain, soit opter pour un consensus national ». Les Américains ne se sont pas encore prononcés sur les présidentielles au Liban, ils semblent vouloir garder leur dernier mot jusqu’à la dernière minute. Leur voix serait d’ailleurs la plus élevée sauf si les Libanais leur coupent l’herbe sous les pieds avec encore une fois une « démocratie consensuelle ».

En tout cas, le bilan est lourd au Liban. On dit que tout est à refaire. « Le climat n’est pas aussi délétère qu’on peut le penser », déclare, cependant, Berri, après une rencontre avec le patriarche chrétien maronite, Nasrallah Sfeir. « Si Dieu le veut, le Liban aura un président avant le 24 novembre ».

Maher Meqled

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Les règles d’une élection toute particulière 

D’après le Pacte national de 1943, répartissant les pouvoirs entre communautés libanaises, le chef de l’Etat libanais doit être maronite. Le premier ministre étant sunnite, le président du Parlement chiite, et son vice-président chrétien-orthodoxe.

Selon la Constitution, le Parlement est censé se réunir pour procéder à l’élection du président du Liban.

La candidature au poste de chef de l’Etat ne peut être approuvée que si les deux tiers des 128 députés votent pour elle. Ainsi si le candidat reçoit lors du premier tour les deux tiers des voix, il est considéré comme élu. Si aucun des candidats ne reçoit les deux tiers des voix, il faut que lors du second tour, un candidat recueille plus de la moitié des voix.

Or dans le blocage politique actuel, chaque camp interprète la Constitution à sa façon. L’opposition, qui détient 69 sièges, exige un quorum de deux tiers plus un, pour déclarer l’élection valide. La majorité parlementaire a une lecture différente du texte : elle rappelle que selon l’article 49, « le président est élu au premier tour au scrutin secret à la majorité des deux tiers des suffrages par la Chambre des députés. Mais aux tours de scrutins suivants, la majorité absolue suffit ». Il n’est donc pas question de quorum des deux tiers pour que l’élection puisse se tenir, au risque d’ôter une certaine légitimité au président élu.

Si un nouveau président libanais n’est pas élu d’ici la fin du mandat du président sortant, son mandat passera au Conseil des ministres .

 

 




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