Ghazi Al-Aridi,
ministre libanais de l’Information et membre de la majorité
parlementaire, analyse la crise que traverse le pays du
Cèdre et évoque les perspectives de règlement.
« Le Liban a besoin d’une solution politique globale »
Al-ahram hebdo : Pensez-vous à une possible solution à la
crise des élections présidentielles après les trois
rencontres entre le président du Parlement, Nabih Berri, et
le chef de la majorité parlementaire, le président du Bloc
de l’avenir, Saad Al-Hariri ?
Ghazi Al-Aridi :
La majorité, représentée par le député Saad Al-Hariri,
président du Bloc de l’avenir, tente au moins aujourd’hui de
maintenir le plus possible l’échéance électorale du 23
novembre. Ces rencontres ne se sont soldées par aucun indice
positif, mais elles se poursuivent tout de même dans
l’espoir d’engendrer un résultat au profit de la stabilité
du Liban et dans l’espoir que le problème actuel sera
résolu. Aucune solution n’a donc vu le jour. A mon avis,
ladite solution serait primordialement d’ordre politique,
contrairement à ce que pensent certains qui la cantonnent au
nom du futur président.
— Que voulez-vous dire par solution politique ?
— Il nous faut discuter de tous les dossiers politiques qui
font l’objet de litiges entre les deux parties. Si nous
supposons que nous arrivons à élire un nouveau président de
la République sans parvenir à une solution politique, nous
reviendrons tous à la case départ et la situation sera
explosive de nouveau. Les craintes et les appréhensions
planeront sur les parties en conflit. Pourquoi donc on perd
le temps et on n’opte pas directement pour la solution
politique avec le consentement de toutes les parties ? Par
exemple, toutes les parties sont d’accord au sujet de la
résistance contre Israël, mais il faut réglementer cette
question dans le cadre de l’Etat pour éviter qu’un camp
politique donné détienne seul la décision de la guerre et de
la paix que le Liban payerait cher.
— Ne pensez-vous pas que le temps qui nous sépare de la
prochaine session du Parlement, le 23 octobre, est tellement
court qu’il ne permet pas de parvenir à une solution
politique globale ?
— Je suis tout à fait d’accord avec vous, que nous n’avons
pas beaucoup de temps à perdre. Mais comme je l’ai déjà
répété, si un président est élu sans parvenir à une solution
politique, il vivra les mêmes problèmes. Tout au long des
derniers mois, nous appelions l’opposition à amorcer un
dialogue avec la majorité. Mais elle répétait à travers ses
dirigeants que le dialogue était une perte de temps. C’est
pourquoi, j’insiste sur la nécessité de tenir un dialogue
politique pour déterminer les constantes et discuter des
différents problèmes. Nous aurions ainsi insufflé un
véritable esprit de participation. Peu importe si nous ne
réglons pas tous les problèmes, il suffit de nous mettre
d’accord sur le principe même et sur les grandes lignes.
— Qui est le candidat de la majorité aux présidentielles ?
— Il y en a plusieurs. Mais les noms les plus éminents sont
l’ex-député Nassib Lahoud et l’actuel député Boutros Harb.
Mais comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, ce n’est
pas un problème de noms mais d’entente. La majorité n’érige
pas d’obstacles devant les noms mais s’attache à son droit
de choisir parmi ses rangs le président de la République,
puisqu’elle détient la majorité parlementaire.
— Le Parlement a-t-il le droit d’amender la Constitution au
profit d’un candidat donné ?
— Il y a plusieurs avis juridiques. Mais la majorité avance
que la Chambre des députés est devenue aujourd’hui un
organisme électoral et n’a pas le droit d’amender la
Constitution de manière à autoriser la candidature de
personnalités travaillant dans l’appareil administratif ou
dans l’institution militaire. Mais malheureusement, nombreux
sont les interprétations et les avis sur ce sujet. Il n’y a
pas d’accord.
— Comment évaluez-vous la crise libanaise ?
— C’est une crise profonde de confiance. Nous devons
toujours faire renaître l’espoir chez les Libanais. Mais
nous ne pouvons pas passer outre la situation actuelle qui
ne peut être réglée bien entendu par une simple déclaration
d’apaisement. Nous devons approfondir le dialogue qui est
déjà amorcé. Et une fois que nous discuterons en détail les
dossiers litigieux avec sérieux, sincérité et courage, nous
parviendrons à un accord.
— Mais quels peuvent être les éléments de cette solution ?
— L’unique solution est à travers le dialogue. Je suis
contre ceux qui disent que c’est une perte de temps. Au
contraire, c’est l’absence de dialogue qui est une perte de
temps. Je ne suis pas en proie à des imaginations, à mon
avis, même si le dialogue ne parvient pas à des solutions
tranchantes, il mettra en place les mécanismes de règlement.
C’est de cette manière que nous regagnerons confiance en
nous-mêmes et en nos capacités à aller de l’avant et nous
aurons un espoir réel dans l’action libanaise commune. Il
faut continuer à discuter des contentieux pour parvenir à
des formules communes à leurs propos.
— Le nom du futur président reste pourtant un problème
majeur entre majorité et opposition ...
— Je ne pense pas que le nom du président soit le problème
majeur. L’important est de garder la résistance contre
Israël. Mais c’est une question politique. Les différentes
forces politiques libanaises ont différentes appréhensions.
Et ce n’est pas par l’accusation, la menace et le boycott
que celles-ci prendront fin. Le mot d’ordre est l’entente
politique et le dialogue politique sérieux.
— Y a-t-il des divergences au sein des formations du 14 mars
(la majorité) à propos de la gestion du dossier de la crise
?
— Il n’y a aucune divergence et nous avons pleinement
confiance en la personne de Saad Al-Hariri. Différents avis
et solutions sont avancés dans le sens d’une solution
commune.
— Quelles étaient les circonstances du report de la session
du Parlement le 25 septembre ?
— En réalité, c’était une session décevante pour les
Libanais. Le report a eu lieu pour éviter un problème. Berri
a demandé de ne pas annoncer les raisons du report. La scène
politique est aujourd’hui témoin de nombreuses concertations
et rencontres. Mais c’est une simple évolution de façade car
je doute fort que ce soit la réalité des choses.
— Toutes les formations du 14 mars soutiennent-elles
Al-Hariri et accepteront-elles le résultat auquel il
aboutira dans ses rencontres avec les protagonistes de la
crise ?
— Il déploie un effort considérable, franchit de nombreuses
barrières et évite maints obstacles. Il répète d’ailleurs
que son ultime objectif est de parvenir à une entente
réelle.
— D’aucuns répètent que Walid Joumblatt, un autre leader de
la majorité, sape ces efforts ...
— Si nous voulons faire une lecture de la scène, nous
verrons que le président du Parlement, Nabih Berri, a lancé
une initiative qu’il considère comme positive. Il essaye de
percer différents canaux avec les différentes parties et
d’entreprendre des démarches louables.
Nous entendons parfois dire à travers des représentants de
l’opposition qu’ils n’accepteront que le candidat de
l’opposition. De son côté, Walid Joumblatt répète qu’il
n’approuverait que le candidat du 14 mars. Pourquoi alors
considérons-nous les propos de Joumblatt comme celles visant
l’escalade alors que les autres, dans le camp opposé, qui
disent la même chose, sont considérés comme pacifiques ou
désirant l’entente ?
— Pourquoi Joumblatt a-t-il attaqué l’initiative de Berri ?
— Parce que l’initiative s’est cantonnée au nom du candidat
aux présidentielles. Si nous sommes tous en accord
politique, il nous est facile de choisir le président de la
République, de nommer le chef du gouvernement, d’élaborer la
déclaration du gouvernement et de former le gouvernement.
N’importe quel retard aura des répercussions néfastes dont
nous payerons cher le prix. Ce qui voudrait dire en d’autres
termes davantage d’inquiétude.
— Craignez-vous de nouveaux assassinats politiques ?
— J’espère ne pas entendre à nouveau les nouvelles
d’assassinats politiques, bien que les conjonctures
présentes et les prévisions disent le contraire. J’espère
que ces scènes d’assassinats politiques ne se reproduiront
plus et que l’inquiétude ne sera plus de mise. Sinon, on
sera livré à une confrontation ouverte dans l’avenir. J’ai
toujours répété qu’il faudrait parvenir à une solution
politique pour éviter le spectre de déchirure interne.
Puisque dans l’avenir proche, nous allons élire un président
de la République, et qu’ensuite nous formerons le
gouvernement, il nous incombe de nous mettre d’accord sur
une déclaration gouvernementale. Et pour ce faire, ne
devrions-nous pas nous engager dans un dialogue sur les
dossiers sur lesquels nous divergeons afin de parvenir à un
dénominateur et à un résultat communs ? .
Propos recueillis par
Maher Meqled