Déchets. Sept ans
après l’établissement des fosses sanitaires et de la décharge d’Al-Wafaa wal
amal, dans le Nouveau Caire, l’Organisme de la propreté et de l’embellissement
parle de franc succès. Reportage.
Propreté de surface
La
route d’Al-Tagammoe al-khamès, c’est le chemin que vous devez prendre pour
atteindre la décharge d’Al-Wafaa wal amal, dernière destination des déchets du
Caire.
Au coin d’une rue qui conduit à la rue
principale d’Al-Tessein, dans la région du Nouveau Caire, se trouve un vaste
terrain de palmiers et de dattiers qui orne la rue principale, paysage ami de
l’environnement. Juste derrière ce beau paysage, c’est un tout autre paysage
qui contraste curieusement avec le premier. Un immense terrain désertique
contenant toutes sortes de déchets. L’état des lieux est effrayant, une odeur
nauséabonde rend la respiration difficile.
En essayant d’entrer sur le site via le
portail en fer, un des trois agents de sécurité nous interpelle pour nous
demander la raison pour laquelle nous sommes venus sur ces lieux tout en nous
refusant l’entrée du site. « Les règles sont claires. Vous devez, avant tout,
avoir une permission de l’Organisme général de la propreté et de
l’embellissement du Caire », se justifie-t-il. Il contacte un responsable de
l’organisme sur son portable. « Je ne serai pas responsable si vous décidez
d’entrer sans être accompagnés de l’un des membres de notre personnel »,
indique le responsable gouvernemental.
Toutes ces mesures de sécurité sont devenues
nécessaires au fil des ans, nous expliquera plus tard l’agent de sécurité. En
effet, cet endroit est devenu une sorte de repaire pour tous les malfaiteurs,
criminels, voleurs et trafiquants en tous genres échappés de prison. « La
semaine dernière, ces malfaiteurs ont tué un soldat d’un coup de couteau. Même
les responsables du ministère de l’Environnement et de l’organisme sont parfois
pris à partie. Ils sentent que leur commerce est menacé, comme le tri et la
vente des déchets, un trésor, et deviennent agressifs chaque fois qu’un
responsable nous rend visite », précise Hussein Ahmad Hussein, directeur
général des décharges auprès de l’Organisme général de la propreté et
l’embellissement du Caire.
Le lendemain, munis du permis et accompagnés
de M. Hussein, nous accédons au site. Il s’étend sur une superficie de 350
feddans, dont 80 appartiennent à l’Organisme de la propreté et l’embellissement
du Caire et les 270 autres sont partagés depuis l’an 2000 entre trois sociétés
de collecte des déchets. En fait, la surface consacrée à l’organisme n’est
qu’une simple décharge en plein air. Les 270 feddans en revanche regroupent
trois fosses sanitaires qui reçoivent les déchets collectés par trois sociétés
: l’une d’elles est espagnole, c’est la FCC (Fomato de Construcciones y
Contratas). Elle est responsable de la collecte des déchets des régions de
l’ouest du Caire, dont Madinet Nasr, Héliopolis, Al-Nozha Al-Gadida et autres. La
deuxième est Ama Arab, italienne, elle collecte les déchets de deux sites : Le
nord et l’est du Caire, y compris les régions de Rod Al-Farag, Al-Sahel,
Boulaq, Zamalek, etc. Quant à la dernière société de collecte des déchets,
Al-Fostat, elle dépend de l’Organisme de la propreté et de l’embellissement du
Caire, et collecte les déchets du sud du Caire, dont les régions de Sayeda
Zeinab, Hélouan, Al-Tebbine et Maadi.
Le
personnel de ces trois compagnies collecte, transporte et enterre les déchets
ménagers et hospitaliers par l’intermédiaire de bennes spécialisées. Celles-ci
font la tournée des quartiers deux fois par jour, une très tôt le matin, et
l’autre, le soir. Les décharges d’Al-Wafaa wal amal accueille au quotidien 12
000 tonnes de déchets, dont 4 000 collectées par l’organisme, 4 000 collectée
par la compagnie italienne, 2 000 par la compagnie espagnole et 2 000 par la
compagnie Al-Fostat. Le personnel de l’organisme fait sa tournée l’après-midi
pour collecter et transporter les ordures répandues dans les rues. Finalement,
les déchets collectés prennent leur chemin vers la décharge d’Al-Wafaa wal
amal.
En
effet, le fonctionnement de la décharge de l’organisme se déroule de la sorte :
les responsables de l’organisme commencent à travailler sur 10 feddans,
creusent à une profondeur de 50 mètres pour enfouir les déchets et quand ces «
cimetières » des déchets se remplissent, ils se dirigent vers un autre endroit
pour recommencer la tâche.
Métamorphose surprenante
Le
début du travail commence quand le personnel de l’organisme collecte les
déchets ménagers et les ordures des rues et les transporte vers la décharge
d’Al-Wafaa wal amal dans des camions munis de compresseurs. Arrivant au sein de
la décharge, les employés commencent le tri. En fait, neuf seulement d’entre
eux possèdent un permis de tri qui leur a été attribué par l’organisme, 50
autres travaillent sans permis, pour leur compte, et le reste, 200 personnes
environ, se divise entre malfaiteurs et vagabonds installés sur le site. Ces
personnes se mettent à étaler les amas de déchets organiques à l’aide des
équipements nécessaires et ensuite, il les recouvre de sable. « En principe,
chaque 15 000 tonnes de déchets est couvert par 5 000 tonnes de sable, de
pierre et de débris de construction », explique l’ingénieur Atef Abdel-Salam,
travaillant auprès du ministère de l’Environnement. Après que le trou de 50
mètres de profondeur est rempli et recouvert, il est ensuite planté, les
déchets organiques ayant été utilisés comme engrais. La mission est donc
remplie : les déchets sont recouverts, et la surface ainsi créée est
transformée en espace vert. La métamorphose est surprenante.
Les
engrais biologiques résultant des déchets organiques ont été également utilisés
pour produire différents fruits : des oranges, des mandarines, des goyaves ...
mais aussi et surtout des dattes. « Nous avons déjà cultivé 25 feddans, comme
point de départ. Un an après le succès de l’idée, nous avons cultivé 220
feddans de la même manière et ensuite, une superficie de 270 feddans. Toute
cette surface a été recouverte de sable et renferme les déchets accumulés
depuis juillet 2004. Le site lui-même n’est qu’un début et peut être considéré
comme un projet modèle. Donc, il faut chercher à le répéter autant que possible
dans les différents gouvernorats d’Egypte pour se débarrasser des déchets tout
en tirant le plus grand profit », recommande le président du conseil
d’administration de l’organisme, Nabil Bédeiwi.
Les
trois autres sociétés exercent le même travail, c’est-à-dire enfouir les
déchets mais avec des techniques plus modernes, en utilisant de vraies fosses
sanitaires. L’ingénieur Fadi Talaat, directeur général de la compagnie
espagnole, explique que le site se compose d’une fosse en forme de cercle qui
occupe une superficie de 12 feddans et dont la profondeur varie entre 8 et 30
mètres. Cette fosse, qui renferme un million et demi de tonnes de déchets, est
recouverte de matières plastiques isolantes et à l’intérieur se trouvent des
tuyaux et des conduits d’aération pour laisser couler l’eau et filtrer les gaz
résultant des déchets. Tout cela est recouvert, chaque jour, par des tonnes de
sable. La fosse se remplit en deux ans et rebelote, une nouvelle fosse est
créée. Ces sociétés de collecte ont, par ailleurs, établi sur le site un
laboratoire d’analyses des déchets dangereux et une unité de traitement pour
débarrasser ces déchets de leurs éléments toxiques. « On fait entrer ce genre de déchets dans des
équipements spéciaux, dont la capacité de chacun s’élève à 3,3m3. Ainsi,
débarrasse-t-on les déchets hospitaliers des bactéries et des microbes
contagieux. Enfin, on peut les transférer dans les fosses sanitaires qui
appartiennent à notre compagnie », précise Fadi Talaat. Est-ce suffisant ?
D’après certains habitants, les effets polluants sont là, malgré l’éloignement
du site et les déclarations rassurantes des responsables ... A moins que ces
effets n’aient été eux aussi enfouis sous des tonnes de sable ... .
Manar Attiya
3 questions à Amin Khayal, directeur du département des déchets solides au sein de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE).
« Nous avons besoin de 2 milliards de L.E. »
Al-Ahram Hebdo : Quel est le rôle du ministère dans le fonctionnement de la fosse sanitaire et la décharge d’Al-Wafaa wal amal ?
Amin Khayal : En fait, l’AEAE est responsable de donner le support technique à toutes sortes de compagnies égyptiennes ou étrangères, qui ont la possibilité d’exécuter un projet de gestion des déchets solides pour éviter leur incinération en plein air, qui pollue l’atmosphère et rend la respiration difficile. En plus de l’assistance technique, nous tenons à faire une étude spécialisée sur l’impact environnemental à l’endroit de la fosse pour s’assurer qu’un tel projet n’aura pas de conséquences néfastes sur l’écosystème, c’est-à-dire le sol, l’air et l’eau souterraine. Autre chose, nous devons vérifier que le site est doté de tous les équipements modernes nécessaires à la mise en application de ses fonctions spécifiques quotidiennes. Finalement, nous signons le contrat avec les compagnies travaillant dans la gestion des déchets. Au cas où ces compagnies n’arrivent pas à respecter les normes écologiques, nous avons le droit de retirer leur permis. En effet, nous venons d’agir de la sorte avec la compagnie Enser, deux ans après le commencement de ses travaux.
— Sur quels critères choisissez-vous les sites sur lesquels vous creusez ces fosses ? Et combien en compte le Grand Caire ?
— En principe, nous choisissons les sites conformément aux normes écologiques et géographiques. A savoir, la fosse sanitaire doit être éloignée des zones habitées d’un kilomètre et demi au minimum. De plus, elles doivent être éloignées des aéroports, des réserves naturelles, des terrains agricoles et des régions industrielles. Le site accueillant la fosse sanitaire doit être vaste afin de pouvoir absorber les tonnes de déchets collectés quotidiennement. Il existe trois grandes fosses dans le Grand Caire : Al-Wafaa wal amal à Al-Tagammoe al-khamès (350 feddans), Chabramant (713 feddans) et Al-Robeiki, situé dans la cité du 10 de Ramadan (600 feddans).
— Malgré les efforts déployés dans le domaine de la gestion des déchets, les décharges représentent un casse-tête pour les responsables. Que peut-on faire ?
— Les différents gouvernorats d’Egypte, les conseils locaux, l’Organisme général de la propreté et l’embellissement du Caire et de Guiza ont besoin d’un énorme budget d’environ deux milliards de L.E. par an pour pouvoir résoudre les problèmes de la gestion des déchets. Si l’Etat n’a pas la possibilité de fournir cette somme, rien ne va changer. Nous avons présenté à l’Etat, il y a cinq ans maintenant, une stratégie pour la gestion intégrée des déchets munie d’un plan d’application, mais jusqu’à présent, cette stratégie est jetée dans les tiroirs et n’arrive pas à voir le jour. En attendant, le ministère de l’Environnement, en coopération avec l’Organisme général de la propreté et de l’embellissement du Caire et de Guiza, a fourni un soutien financier d’un montant de 15 millions de L.E. aux gouvernorats du Grand Caire. Pour éviter les problèmes de pollution résultant des décharges en plein air, nous avons recours aux équipements de la force armée.
Propos recueillis par
Manar Attiya