Médecins.
Le tribunal administratif a émis un verdict en faveur du
Syndicat des médecins qui a intenté un procès contre le
ministère de l’Enseignement supérieur et le Conseil suprême
des universités réclamant la réduction au tiers du nombre
d’étudiants en médecine.
Bataille contre le sureffectif
Ils étaient plus de 12 000 étudiants à être admis cette
année dans les différentes facultés de médecine en Egypte
(dont 4 000 dans l’enseignement azhari et 500 dans les
universités privées), alors que le marché du travail ne peut
assimiler que le quart de ce chiffre.
C’est cette situation qui a poussé le Syndicat des médecins
à engager un procès il y a trois mois devant le tribunal
administratif contre le Conseil suprême des universités
exigeant de réduire de deux tiers le nombre des étudiants
dans les facultés de médecine. « Le surnombre des étudiants
dans les facultés de médecine ne pouvait plus être toléré.
C’est une menace pour la pratique du métier. Les moyens dont
disposent ces facultés ne sont pas en accord avec le nombre
des étudiants, ce qui affecte le niveau des médecins »,
lance Hamdi Al-Sayed, le bâtonnier de l’Ordre des médecins.
Et d’ajouter : « Nous avons demandé à plusieurs reprises au
ministère de l’Enseignement supérieur et au Conseil suprême
des universités de réduire le nombre des étudiants et j’ai
même soulevé la question à l’Assemblée du peuple, mais en
vain. Nous avons finalement décidé de recourir à la justice
».
Cette semaine, le tribunal administratif a pris la
surprenante décision d’accepter la demande du Syndicat. Il a
enjoint le ministère de l’Enseignement supérieur et le
Conseil suprême des universités de réduire de deux tiers le
nombre des étudiants en médecine. « Le Syndicat des médecins
et le ministère de la Santé ont le droit de limiter le
nombre d’inscrits dans les facultés
de médecine en accord avec la capacité des hôpitaux et les
besoins du marché », a estimé le tribunal dans les attendus
du jugement.
Douze mille étudiants environ sont promus chaque année dans
les facultés de médecine. Après l’obtention de leurs
diplômes, ces jeunes médecins doivent accomplir une année de
service obligatoire dans les hôpitaux publics, avant d’être
engagés par l’Etat avec des salaires médiocres. Le verdict
du tribunal administratif a placé le ministère de
l’Enseignement supérieur et le Conseil suprême des
universités dans l’embarras. Le ministère entend faire appel
de la décision. « L’application de ce verdict est
impossible, du moins cette année », affirme un responsable
du ministère. Et d’ajouter que le ministère examine « toutes
les options juridiques à sa disposition afin de reporter
l’application du verdict ».
Le sureffectif dans les facultés de médecine est la cause,
selon beaucoup de responsables, dont le ministre de la
Santé, de la baisse du niveau de la formation. « Il faut un
demi-million de L.E. pour former correctement un médecin.
Or, avec le grand nombre d’étudiants, cela est impossible.
Le résultat est que nous avons des médecins mal formés.
Comment peut-on fournir un vrai programme de formation à ce
nombre quatre fois supérieur à la capacité des hôpitaux ? »,
estime Mohamad Aboul-Ghar,
professeur à la faculté de médecine de l’Université de Qasr
Al-Aïni. Pour lui, il faut diminuer au plus vite le nombre
d’étudiants dans les facultés de médecine. « Nous avons une
hausse dans le nombre des diplômés mais en même temps nous
manquons de médecins qualifiés », juge le professeur.
Hossameddine Hussein, jeune médecin, explique que les
conditions dans les facultés de médecine sont
insupportables. « Nous étions 50 étudiants sur un seul
patient. Cette situation nous poussait, mes collègues et
moi, à verser des sommes d’argent aux patients pour qu’ils
acceptent que nous les réexaminions », souligne-t-il. Le
ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, avait affirmé que le
secteur de la santé ne peut assimiler que 3 500 diplômés
chaque année. Il a annoncé qu’à partir de 2014, le
gouvernement cesserait de nommer automatiquement les
médecins dans le secteur public. « Les parents doivent
penser plusieurs fois avec leurs enfants avant de prendre la
décision d’étudier la médecine car si le nombre ne diminue
pas, leurs enfants ne trouveront pas de travail », a ajouté
le ministre. La décision du ministre de la Santé était l’un
des arguments cités par le syndicat dans la plainte devant
le tribunal administratif. « Nous voulons préserver la
médecine et avoir des médecins bien formés et dignes de ce
métier », conclut Hamdi Al-Sayed.
Sabah
Sabet