Malaise Social . Les ouvriers
de l’entreprise de filature et tissage de Ghazl Al-Mahalla ont repris le
travail lundi après une semaine de grève.
Les travailleurs obtiennent gain de
cause
L’usine
de filature et tissage de Ghazl Al-Mahalla est de nouveau opérationnelle. Après
une semaine de grève continue au cours de laquelle les ouvriers ont fait valoir
leurs revendications salariales, le calme est revenu au sein de l’entreprise. Au
terme de négociations-marathon avec la direction, un accord a finalement été
trouvé.
Les
représentants des travailleurs se disent satisfaits de l’accord auquel ils sont
parvenus avec le gouvernement, un accord qui a favorablement répondu à toutes
leurs revendications. D’après les termes de cet accord, les ouvriers toucheront
une prime équivalente à une paye de 70 jours de travail. Entre-temps,
l’assemblée générale de l’usine se réunira pour décider de primes
supplémentaires de sorte à les faire passer à au moins l’équivalent de 130
jours de travail.
La
séance de négociation qui a duré plus de six heures a regroupé une trentaine de
travailleurs, ainsi que le président de la Compagnie holding de filature et
tissage, des parlementaires, des syndicalistes et le président de la ville de
Mahalla, Ali Al-Selmi. Deux ministres, Mahmoud Mohieddine, de l’Investissement
et Aïcha Abdel-Hadi, de la Main-d’œuvre, étaient au bout du fil pour conclure
l’accord ; de quoi susciter les interrogations de certains observateurs sur les
raisons du fait qu’ils ne se sont pas déplacés pour résoudre cette crise qui
intervient dans le cadre de tout un malaise social qui gagne plusieurs
secteurs.
Il est
vrai aussi que les travailleurs n’ont pas tenté de politiser leur mouvement ni
de le rattacher à d’autres actes de protestation. Cela dit, « c’est grâce à la
solidarité locale, arabe et internationale qu’ils sont sortis gagnants des
négociations », se réjouit le comité de coordination de la grève, dans des
déclarations reprises sur Internet par des
bloggueurs ayant adopté leur cause.
Les
ouvriers qui se plaignaient de la médiocrité de leurs salaires ont décidé
d’entrer en grève après avoir reçu seulement une prime équivalante à la paye de
20 jours, alors qu’ils estimaient que leur part des bénéfices est huit fois
plus supérieur. L’usine Misr, le plus important de l’industrie textile en
Egypte, fut complètement paralysée à cause de cette grève.
27 000
travailleurs ont observé un sit-in pendant six jours au sein même de leur usine
dont la production est essentiellement destinée à l’exportation. Les
responsables de l’usine estimaient les pertes à plusieurs millions de livres
par journée de grève.
« Les
grévistes passaient leur temps à converser entre eux, ils ne parlaient que de
deux choses, l’état de misère dans lequel ils se trouvent, et la corruption qui
gangrène leur entreprise. Ils n’arrêtaient pas de se demander : Notre usine
est-elle riche ? Où passe tout cet argent ? », rapporte Khaled Ali, un
activiste de gauche qui a fait la grève à Mahalla par solidarité.
Cette
grève, la deuxième en l’espace d’un an pour cette même usine, s’inscrit dans
une vague de mouvements ouvriers qui gagne le pays alors que de plus en plus de
travailleurs prennent conscience de leurs droits qu’ils n’hésitent pas à
revendiquer, notamment ceux relatifs à leur part dans les bénéfices des
établissements publics où ils travaillent.
Jusque-là,
tous les mouvements de protestation se sont achevés avec une réponse favorable
de la part du gouvernement. Des concessions qui encouragent les travailleurs à
aller plus loin sur le chemin des grèves.
« Le
gouvernement répond favorablement aux revendications ouvrières parce que tout
d’abord elles sont légitimes, il y a aussi la peur de voir naître une coalition
entre le mouvement ouvrier et les forces politiques favorables aux réformes »,
explique Mohamad Al-Sayed Saïd, rédacteur en chef du quotidien Al-Badil, de
tendance gauche. Analysant l’origine de cette vague de grèves, phénomène très
récent pour l’Egypte, Saïd affirme : « Il ne s’agit pas de prendre ses
distances avec ce mouvement et de dire on n’a rien à voir, parce que c’est le
devoir de toute la gauche de soutenir et de défendre cette couche sociale. Toutefois,
je pense que ces mouvements spontanés sont surtout motivés par la pauvreté » .
Chérif Albert