Dollar.
Suite à la décision de la Réserve fédérale américaine de
réduire son taux d’intérêt, il est en chute sur le marché
égyptien. De quoi affecter les crédits bancaires et les
exportations. Explications.
Faiblesse menaçante
Le
billet vert, symbole de l’investissement, a été affecté par
la décision du conseil de la Réserve fédérale des Etats-Unis
(Fed, Banque Centrale américaine), la semaine dernière, de
diminuer le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires en
dollars de 5,25 % à 4,75 %. Ce qui a mené à un fléchissement
de son cours sur le marché égyptien de 7 piastres atteignant
5,55 L.E. à l’achat et 5,57 L.E. à la vente. En début de
semaine, le dollar a subi une deuxième chute atteignant 5,50
L.E. à l’achat et 5,52 L.E. à la vente.
Cela fait neuf mois que le dollar subi des baisses
continuelles face à la livre égyptienne, ce qui lui a fait
perdre 15 piastres au cours de cette période. Les déposants
en dollar auprès des banques égyptiennes ont été les
premières victimes de cette décision de la Fed. « Ils ont
subi deux chocs : le premier est la réduction du taux
d’intérêt et le deuxième est la dévaluation de leurs dollars
déposés sur des comptes courants », assure Hassan
Abdel-Hamid, chef du département de l’investissement auprès
de la banque Ahli Mottahed.
En fait, cette réduction du taux d’intérêt sur le dollar est
la première depuis juin 2003, quand la Fed a diminué ce taux
de 5,75 % à 5,25 %.
Tamer Youssef, directeur du département de trésorerie auprès
de Piraeus Bank Egypt, explique les causes de la décision de
la Fed. « C’est une réaction préventive qui vise
l’allégement des effets négatifs de la dernière crise de
l’hypothèque immobilière qui a frappé le marché américain il
y a un mois. Ben Bermanke, président actuel de la Réserve
fédérale, voulait éviter une stagnation éventuelle de
l’économie suite à la récession frappant le pouvoir d’achat
des citoyens, le remboursement des dettes de l’hypothèque
immobilière et l’octroi par les banques de crédits bancaires
aux investisseurs », explique Youssef. Il ajoute qu’il
existe d’autres indices négatifs relatifs à l’économie
américaine qui ont encouragé à prendre cette décision. Avec
entre autres les prévisions d’un recul du taux de croissance
de 3,1 % cette année à 2,8 % en 2008 ainsi qu’une
augmentation des taux de chômage.
Profiter de la marge
La majorité des experts financiers et cadres bancaires
prévoient que la Fed procédera, dans deux ou trois mois, à
une deuxième réduction. « Pour remédier à la situation
économique américaine, il faudra encore plusieurs réductions
du taux d’intérêt du dollar, puisque la première réduction
qui a eu lieu la semaine dernière n’a pas réussi à calmer la
situation », note Amr Khattab, vice-directeur du département
de l’investissement auprès de la Banque arabe africaine
internationale.
Cette décision a mené les déposants en dollar sur le marché
égyptien à se rabattre sur les investissements en livre
égyptienne pour profiter de la marge entre les deux devises,
ouvrant des comptes courants en L.E. « L’investisseur
égyptien, très classique dans son choix, n’a été habitué
qu’à investir en dollar. Ce qui a rendu très difficiles les
investissements dans d’autres devises comme l’euro »,
explique Amr Lameï, vice-directeur général auprès de HSBC
Bank. Il prévoit que les investisseurs égyptiens ainsi
qu’étrangers reviennent sur la Bourse égyptienne. « Ce qui
explique l’essor de l’indice égyptien, le Case 30, qui a
marqué un record jeudi 27 septembre dernier avec 8 647
points », estime Lameï.
Mais à côté de cet aspect positif, la dépréciation du dollar
a aussi porté atteinte à d’autres secteurs, notamment les
exportations égyptiennes. Car la surévaluation de la livre
égyptienne qui en découle, élève le prix des exportations
nationales et ne les rend pas concurrentielles. « Les
exportateurs ont subi un grand choc et ont réclamé
l’intervention de la Banque Centrale égyptienne pour les
protéger », dévoile Moustapha Zaki, président de
l’association des exportateurs auprès de l’Union des
chambres commerciales.
Selon Ismaïl Hassan, ex-gouverneur de la Banque Centrale et
actuel président de la banque Misr-Iran, la réduction du
taux d’intérêt du dollar a élargi le fossé entre le taux
d’intérêt en dollar et celui en livre égyptienne. Il met
d’ailleurs en garde contre une diminution du taux d’intérêt
de la livre égyptienne pour le rapprocher de celui du dollar
car cela aura des effets négatifs sur l’investissement dans
le pays et sur l’inflation. « La réduction du taux d’intérêt
élèvera le taux actuel d’inflation de 8,5 %, faisant
souffrir plus de 40 % de la population », souligne-t-il.
Enfin, Ibrahim Al-Mazalawi, propriétaire d’un bureau de
changes, souligne que la tendance de la baisse du dollar,
qui remonte à plus de neuf mois, lui a fait perdre plus de
15 piastres face à la livre égyptienne. « Cette baisse n’a
pas seulement diminué la valeur du dollar face à la livre
égyptienne mais aussi devant toutes les autres devises. La
Banque Centrale doit donc diversifier les devises de son
panier des réserves », préconise-t-il .
Dahlia Réda