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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Economie

Cnuced . Dans son rapport 2007, la Conférence des Nations-Unies pourle commerce et le développement estime que l’Afrique doit mobiliser ses ressources intérieures au lieu de dépendre de l’aide étrangère. 

Appel au développement africain indépendant 

Les stratégies de développement s’appuyant sur des ressources extérieures n’ayant pas atteint les objectifs escomptés, il est temps de changer de modèle, de « fusil d’épaule » et de trouver autre chose : tel pourrait être, en résumé, le message du rapport 2007 sur Le Développement économique en Afrique, diffusé par la Cnuced le 26 septembre. Le rapport appelle à une meilleure utilisation des ressources intérieures, ce qui aiderait les pays africains à bénéficier d’une croissance économique plus forte et régulière ainsi qu’à réduire, à long terme, leur dépendance excessive à l’égard de l’aide. Intitulé Retrouver une marge d’action : la mobilisation des ressources intérieures et l’Etat développementiste, il insiste sur l’effet positif espéré d’une telle évolution : permettre à l’Afrique de déterminer ses propres priorités en matière de développement. Présenté à Paris par l’économiste de la Cnuced Janvier Nkurunziza, ce travail souligne qu’une utilisation accrue des ressources financières intérieures et des investissements plus productifs donnerait aux dirigeants africains la « marge d’action » nécessaire pour concevoir des programmes qui correspondent aux priorités de leur pays, donnant ainsi tout son sens à la notion d’« appropriation » des politiques économiques.

 

Effondrement brutal de l’épargne intérieure

Se développer avec son propre argent ? Cela ressemble à une évidence — qui viendra investir chez vous si vous-mêmes ne le faites pas ? Et pourtant, il est bon de la rappeler, au regard, par exemple, des destins distincts des économies africaines et asiatiques. La Cnuced note ainsi combien l’évolution du taux d’épargne intérieure brute (qui détermine ensuite les sommes disponibles pour l’investissement) a été différente dans ces deux zones : en Afrique subsaharienne, ce taux a progressé régulièrement entre 1960 et 1974, passant de 17,5 % à 24,3 % du PIB. Puis l’instabilité s’est installée, et après un pic à 26 % en 1980, l’effondrement a été brutal, avec une chute à moins de 15 % en 1992. Aujourd’hui, le taux plafonne à 17,6 % du PIB (2005). Dans la région Asie de l’Est-Pacifique, ce taux, à peu près au même niveau que celui de l’Afrique dans les années soixante, n’a fait depuis que progresser — certes avec quelques à-coups — pour atteindre, aujourd’hui, 40 % du PIB.

Autre difficulté, au-delà du taux de l’épargne : sa forme. Sur le continent, rappelle la Cnuced, les ménages épargnent essentiellement par précaution, les actifs qu’ils détiennent remplacent l’assurance et le crédit auxquels ils n’ont pas accès. Conclusion, « en Afrique, l’épargne des ménages comprend essentiellement des biens matériels et un peu d’épargne financière placée dans le secteur financier informel. Seule une part restreinte de cette épargne est donc disponible pour des investissements productifs ». De même, face à un système financier qui répond rarement à leurs besoins, les entreprises constituent une épargne dans l’optique de s’assurer contre d’éventuels risques ; autant d’argent qui n’est pas disponible pour investir.

Parmi les autres ressources financières intérieures « cachées » des pays africains, qui, si elles étaient correctement mobilisées et efficacement utilisées, fourniraient des ressources pour le développement, le rapport passe en revue les recettes publiques (qui pourraient doubler dans certains pays simplement par une amélioration de la collecte de l’impôt, ou un élargissement de l’assiette fiscale par intégration au secteur formel d’activités économiques existantes), les envois de fonds des travailleurs émigrés (qui pour la plupart stimulent la consommation, mais pourraient être davantage consacrés à l’investissement), sans oublier les capitaux ayant fui l’Afrique, issus notamment de la corruption et des détournements de fonds, et dont on estime le montant supérieur à celui de la dette du continent.

S’il est peu probable que l’accroissement de l’épargne intérieure suffise à combler immédiatement le manque de ressources — évalué entre 10 et 20 % du PIB — pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015, cette augmentation donnera aux pays africains la marge d’action nécessaire pour concevoir des stratégies de développement plus appropriées.

 

Croissance sans emploi

Parallèlement, note en effet la Cnuced, « les taux de croissance relativement élevés récemment enregistrés en Afrique n’ont entraîné aucune amélioration sensible du niveau de vie. La croissance a été alimentée par l’essor des produits de base, en particulier des minéraux, dans des industries enclavées ayant peu ou pas de lien avec le reste de l’économie. Ce qui a conduit à un phénomène de croissance sans emploi ». Pour qu’une grande partie de la population d’un pays puisse en tirer parti, la croissance doit être générée par une économie intégrée : une stratégie à mener à l’échelle d’un Etat.

On le voit, aucune des actions suggérées (auxquelles il faudrait encore ajouter l’amélioration de l’environnement des affaires ou la réalisation d’infrastructures) ne peut être le fait du seul secteur privé. La stratégie préconisée par la Cnuced est ainsi bien différente des politiques récemment adoptées par les — ou conseillées aux — pays africains, consistant à réduire la participation de l’Etat dans l’économie pour se conformer à l’idéologie dominante d’ouverture des marchés. L’organisation plaide donc pour des Etats africains développementistes, soulignant toutefois que l’intervention de l’Etat ne signifie pas qu’il faut commettre « les mêmes erreurs que par le passé, par exemple surprotection et interventionnisme : les pays africains n’ont pas besoin d’un Etat moins présent, ils ont besoin d’un Etat plus efficace ».

Ariane Poissonnier 

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Le FMI change de tête 

L’ancien ministre socialiste français de l’Economie et des Finances, Dominique Strauss-Kahn, a été élu vendredi 28 septembre au poste de directeur général du Fonds Monétaire International (FMI). Agée de 58 ans, le nouveau candidat entamera le 1er novembre un mandat de cinq ans pour succéder à l’Espagnol Rodrigo Rato, qui avait démissionné en juin pour des raisons personnelles. Dominique Strauss-Kahn devient le quatrième Français à prendre la tête de l’institution, après Pierre-Paul Schweitzer de 1963 à 1973, Jacques de Larosière, de 1978 à 1987 et Michel Camdessus de 1987 à 2000. Soutenu par l’Union européenne, les Etats-Unis et plusieurs pays émergents, Dominique a été préféré à son unique rival, le Tchèque Josef Tosovsky, ancien premier ministre tchèque et ancien gouverneur de la Banque Centrale, soutenu par la Russie. Cette nomination est une victoire pour les Français, qualifiée par le chef d’Etat français de « très bonne nouvelle pour la France » et de « grande victoire pour la diplomatie française ». Economiste reconnu, M. Strauss-Kahn s’est toujours voulu l’avocat d’un « socialisme du réel ». Né le 25 avril 1949, DSK, comme on le surnomme en France, était un professeur d’économie et avocat d’affaires. Ce polyglotte affiche une allure élégante et décontractée qui lui a souvent valu l’étiquette de dilettante, récusée par ses proches. Dans un communiqué diffusé à Washington, peu après l’officialisation de sa nomination, M. Strauss-Kahn s’est dit déterminé à engager « sans tarder » des réformes au sein du FMI. « C’est pour moi une joie, un honneur et une responsabilité », a-t-il affirmé, soulignant « la puissante légitimité que (lui) donne le très large soutien dont il a bénéficié, notamment dans les pays émergents et des pays à bas revenus. D’ailleurs, le FMI doit être le garant de la stabilité du système monétaire international mais aussi un acteur engagé au service de ses membres, dans le cadre d’un dialogue permanent avec eux, et en particulier avec les pays en voie de développement ». Selon une tradition non écrite, la direction générale du FMI est assurée par un Européen et la présidence de la Banque mondiale par un Américain depuis la création des deux organismes internationaux par les accords de Bretton Woods en juillet 1944.

Gilane Magdi

 




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