Le nouveau rapport annuel Doing Business, publié par la
Société Financière Internationale (SFI), dépendante de la
Banque Mondiale (BM), a été cette année plutôt bien
accueilli par les responsables, alors que l’édition de
l’année dernière avait été dénigrée par le gouvernement. Et
pour cause, l’année dernière, l’Egypte avait été classée
d’après ce rapport 165e sur un total de 175 pays étudiés en
matière de climat des affaires. Or cette année, l’Egypte a
grimpé pour atteindre la 126e place parmi 178 pays étudiés.
« Le classement de l’année dernière était un choc ou plutôt
une humiliation. Il est vrai qu’on avait des réserves sur
les résultats de l’année dernière, mais cela n’empêche pas
le fait qu’on sait bien que le rapport étudie des thèmes
bien précis sur une période bien déterminée », souligne Ziad
Bahaeddine, ex-président de l’Organisme de l’investissement.
Le rapport examine dix repères de réalisation relatifs à
l’environnement des affaires aux yeux des investisseurs, et
par là même, souligne les problèmes de chaque pays. « Les
résultats de l’année dernière ont suscité le mécontentement
du gouvernement égyptien, mais l’ont aussi incité à
davantage de réformes », se réjouit Dalia Khalifa, chargée,
à Washington, de la communication à la SFI. Avis partagé par
Michael Klein, vice-président en charge du développement
financier et du secteur privé de la Banque mondiale : « Le
rapport révèle que le rendement sur le capital investi est
plus élevé dans les pays ayant entrepris le plus de
réformes. Les investisseurs ne prennent pas en compte les
situations de départ ».
Temps et coût de création divisés par deux
En fait, l’Egypte a été par ailleurs classée dans le peloton
de tête des pays réformateurs facilitant la pratique des
affaires. Selon le rapport, l’Egypte a amélioré de façon
significative sa position dans le classement mondial quant à
la facilité d’entamer des affaires, avec 5 réformes
entreprises sur les 10 repères étudiés. Parmi les 5 figurent
la création d’entreprises, l’octroi de licences, le
transfert de propriété, l’obtention des prêts et le commerce
transfrontalier.
Le rapport précise que « les réformes de l’Egypte sont
profondes ». Ainsi, le capital minimum obligatoire à verser,
pour démarrer une entreprise, a-t-il été réduit de 50 000 à
1 000 livres égyptiennes. De plus, le temps et le coût de
création d’une entreprise ont été divisés par deux. De même
pour les droits de transfert des propriétés, qui sont passés
de 3 % de la valeur de la propriété à un montant fixe de 1
500 L.E. Par ailleurs, les procédures bureaucratiques,
auxquelles sont notamment confrontés les constructeurs pour
obtenir des permis de construire, ont été assouplies.
L’Administration des ports a également témoigné d’une
amélioration tangible avec la création de nouveaux guichets
uniques pour les importateurs et exportateurs, réduisant
ainsi le délai à l’import de 7 jours et le délai à l’export
de 5 jours.
Autant de bonnes performances qui ne cachent pas la réalité
selon laquelle, dans le contexte régional, l’Egypte est
largement à la traîne et a du mal à emboîter le pas à
d’autres pays comme l’Arabie saoudite, qui figure, parmi les
30 premiers pays de la liste, à la 23e place. Israël est
classé 29e, le Koweït 40e, les Emirats arabes unis 68e, le
Liban 85e, la Tunisie 88e, le Yémen 113e et les territoires
palestiniennes 117e (voir graphique).
Pire, « l’Egypte reste encore absente dans d’autres domaines
de réformes tels que l’exécution des contrats, la protection
des investisseurs ainsi que la loi et les procédures réglant
la fermeture d’une entreprise. Ils n’en sont pas moins
importants », déplore Chérif Hamdi, chef du projet du
partenariat pour l’entreprise privée au Moyen-Orient et en
Afrique du Nord à la SFI. L’Etat doit se référer aux
expériences des autres pays. Car ces problèmes représentent
un lourd fardeau pour tout investisseur. « En réalité, il y
a eu un progrès indéniable, mais il reste beaucoup à faire.
Une série d’obstacles demeurent tels que l’octroi de
licences, notamment les licences pour la construction. Il
n’est plus possible que chaque investisseur attende
l’approbation de 20 directions différentes pour
obtenir une licence de construction ? » , critique Chérif
Hamdi qui ajoute que « toute entrave à l’octroi de ces
licences représente un gel du capital ».
Ibtessam Zayed