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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Dossier

Environnement des affaires. La Société Financière Internationale (SFI), dépendante de la Banque mondiale, vient de publier le cinquième rapport Doing Business. L’Egypte est cette année classée dans le peloton de tête des pays réformateurs.

Un grand bond en avant

Le nouveau rapport annuel Doing Business, publié par la Société Financière Internationale (SFI), dépendante de la Banque Mondiale (BM), a été cette année plutôt bien accueilli par les responsables, alors que l’édition de l’année dernière avait été dénigrée par le gouvernement. Et pour cause, l’année dernière, l’Egypte avait été classée d’après ce rapport 165e sur un total de 175 pays étudiés en matière de climat des affaires. Or cette année, l’Egypte a grimpé pour atteindre la 126e place parmi 178 pays étudiés. « Le classement de l’année dernière était un choc ou plutôt une humiliation. Il est vrai qu’on avait des réserves sur les résultats de l’année dernière, mais cela n’empêche pas le fait qu’on sait bien que le rapport étudie des thèmes bien précis sur une période bien déterminée », souligne Ziad Bahaeddine, ex-président de l’Organisme de l’investissement.

Le rapport examine dix repères de réalisation relatifs à l’environnement des affaires aux yeux des investisseurs, et par là même, souligne les problèmes de chaque pays. « Les résultats de l’année dernière ont suscité le mécontentement du gouvernement égyptien, mais l’ont aussi incité à davantage de réformes », se réjouit Dalia Khalifa, chargée, à Washington, de la communication à la SFI. Avis partagé par Michael Klein, vice-président en charge du développement financier et du secteur privé de la Banque mondiale : « Le rapport révèle que le rendement sur le capital investi est plus élevé dans les pays ayant entrepris le plus de réformes. Les investisseurs ne prennent pas en compte les situations de départ ».

Temps et coût de création divisés par deux

En fait, l’Egypte a été par ailleurs classée dans le peloton de tête des pays réformateurs facilitant la pratique des affaires. Selon le rapport, l’Egypte a amélioré de façon significative sa position dans le classement mondial quant à la facilité d’entamer des affaires, avec 5 réformes entreprises sur les 10 repères étudiés. Parmi les 5 figurent la création d’entreprises, l’octroi de licences, le transfert de propriété, l’obtention des prêts et le commerce transfrontalier.

Le rapport précise que « les réformes de l’Egypte sont profondes ». Ainsi, le capital minimum obligatoire à verser, pour démarrer une entreprise, a-t-il été réduit de 50 000 à 1 000 livres égyptiennes. De plus, le temps et le coût de création d’une entreprise ont été divisés par deux. De même pour les droits de transfert des propriétés, qui sont passés de 3 % de la valeur de la propriété à un montant fixe de 1 500 L.E. Par ailleurs, les procédures bureaucratiques, auxquelles sont notamment confrontés les constructeurs pour obtenir des permis de construire, ont été assouplies. L’Administration des ports a également témoigné d’une amélioration tangible avec la création de nouveaux guichets uniques pour les importateurs et exportateurs, réduisant ainsi le délai à l’import de 7 jours et le délai à l’export de 5 jours.

Autant de bonnes performances qui ne cachent pas la réalité selon laquelle, dans le contexte régional, l’Egypte est largement à la traîne et a du mal à emboîter le pas à d’autres pays comme l’Arabie saoudite, qui figure, parmi les 30 premiers pays de la liste, à la 23e place. Israël est classé 29e, le Koweït 40e, les Emirats arabes unis 68e, le Liban 85e, la Tunisie 88e, le Yémen 113e et les territoires palestiniennes 117e (voir graphique).

Pire, « l’Egypte reste encore absente dans d’autres domaines de réformes tels que l’exécution des contrats, la protection des investisseurs ainsi que la loi et les procédures réglant la fermeture d’une entreprise. Ils n’en sont pas moins importants », déplore Chérif Hamdi, chef du projet du partenariat pour l’entreprise privée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à la SFI. L’Etat doit se référer aux expériences des autres pays. Car ces problèmes représentent un lourd fardeau pour tout investisseur. « En réalité, il y a eu un progrès indéniable, mais il reste beaucoup à faire. Une série d’obstacles demeurent tels que l’octroi de licences, notamment les licences pour la construction. Il n’est plus possible que chaque investisseur attende l’approbation de 20 directions  différentes pour obtenir une licence de construction ? » , critique Chérif Hamdi qui ajoute que « toute entrave à l’octroi de ces licences représente un gel du capital ».

Ibtessam Zayed


 

Thomas Moulier, directeur du Partenariat pour l’entreprise privée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, au bureau de la SFI au Caire, commente les résultats du rapport.

« On s’attend encore à de très bons résultats »

Al-Ahram Hebdo : Bien que l’Egypte ait progressé, elle reste encore très loin derrière les autres pays de la région. Que manque-t-il à l’Egypte ?

Thomas Moulier : La réforme, c’est un voyage. C’est un sujet assez vaste aujourd’hui, un processus continu. La raison pour laquelle l’Egypte arrive après d’autres pays arabes est que ces pays avaient une base plus solide que l’Egypte, comparable à un pays comme le Canada. L’Egypte avance pour justement parvenir à une base comparable, ce qui est plus dur. L’Egypte s’attaque à toutes les réformes, du jamais vu auparavant. L’Egypte a commencé les réformes en 2005. Elle fait la course dans le domaine du changement des réglementations. On s’attend encore à de très bons résultats.

Le rapport a noté une nette amélioration de l’accès au crédit, alors que ce dernier reste un des grands obstacles à tout investissement dans le pays. Comment expliquez-vous cette contradiction ?

— L’accès au crédit s’améliore, car le système d’information concernant les créditeurs s’améliore. Le rapport Doing Business essaie de mesurer l’environnement régulateur et les informations fournies pour chaque thème étudié. Ce qui importe donc le rapport, c’est l’accès aux informations. L’Egypte avait lancé un Crédit Bureau, qui a le rôle de collecter les informations sur les créditeurs banquiers, et ce pour mieux analyser le risque des crédits et par suite, faciliter la prise de décision concernant les crédits.

Quels sont les domaines de réformes prioritaires auxquels l’Egypte doit s’attaquer afin d’améliorer l’environnement de ses affaires ?

— Il y a le secteur de la construction. L’Egypte examine à l’Assemblée du peuple une loi unifiée sur la construction pour un système d’autorisation de construction plus simple et plus efficace. On doit voir comment ça va évoluer. Un autre chantier est celui qui touche aux licences d’industrie et à la corruption. Le volume de corruption est un grand chantier. L’Egypte traîne encore un passé trop bureaucratique. Son système est caractérisé par la lenteur administrative, la centralisation excessive des procédures qui laisse à désirer. Il en est de même pour la simplification des procédures de la sortie du marché. Ce qui est important, c’est de faciliter les procédures des tribunaux. Le taux de recouvrement sur la faillite est faible. Donc, c’est un point qu’il faut travailler.

Le rapport Doing Business devrait ajouter deux repères de réalisation l’année prochaine, notamment la corruption et les infrastructures. Pensez-vous que cela affectera sensiblement le classement de l’Egypte ?

— Il y a énormément de pressions des pays à revenus moyens pour relativiser ces aspects. Je ne suis pas sûr que cela aura un impact sur le classement des pays de la Mena. En fait, la corruption est l’aspect le plus partagé dans le monde. Mais cela risque d’élargir le fossé entre les pays développés et ceux en développement.

Propos recueillis par Ibtessam Zayed

 




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