Kosovo.
Dans leurs premiers pourparlers directs sur l’avenir de la
province séparatiste, Serbes et Kosovars n’ont pu parvenir à
aucun compromis.
Nouvelle impasse
Le nouveau round des discussions s’est achevé vendredi
dernier à New York sans réaliser aucun compromis sur le
futur statut de la province. Les deux parties, les Serbes et
les Kosovars, ont campé sur leurs positions, mais ils ont
convenu de se retrouver le 14 octobre à Bruxelles. « Les
parties ont réitéré leur engagement à participer avec
conviction à ces pourparlers. La troïka a rappelé aux
parties la déclaration du 1er août du secrétaire général (de
l’Onu) selon laquelle le statu quo n’est pas acceptable »,
selon la déclaration commune publiée à l’issue de la
rencontre. Les parties ont aussi accepté de cosigner un
document appelé la « déclaration de New York », dans lequel
elles « s’engagent de nouveau à s’abstenir de toute activité
ou déclaration qui pourrait porter atteinte à la situation
sécuritaire ».
La Serbie, soutenue par la Russie qui dispose d’un droit de
veto au Conseil de sécurité des Nations-Unies, rejette toute
idée d’indépendance du Kosovo, tandis que les représentants
des Kosovars albanais refusent toute autre issue. « Belgrade
a présenté sa vision d’une autonomie substantielle pour le
Kosovo à l’intérieur des frontières serbes. Pristina a
présenté sa vision d’une relation d’amitié et de coopération
entre deux pays indépendants », a reconnu l’Allemand
Wolfgang Ischinger, négociateur européen de la troïka
(Russie, Union européenne et Etats-Unis).
Pour sa part, le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica,
représentant la partie serbe aux côtés du président Boris
Tadic, a déclaré qu’il était « déçu » des résultats de la
rencontre. Il a en plus accusé Washington de bloquer les
négociations en faisant pression depuis des mois pour
l’indépendance du Kosovo, province serbe peuplée à 90 %
d’Albanais et administrée par l’Onu depuis la guerre de
1999. « Je crains que l’autre partie ne soit encouragée par
certains pays, particulièrement les Etats-Unis, à ne pas
négocier, se sentant certaine qu’elle pourra obtenir son
indépendance », a-t-il souligné. Il a estimé que la réalité
était « plus compliquée que cela » et que les Kosovars
allaient « devoir négocier et respecter entièrement le droit
international ».
Cette déclaration décrit la réalité sur le terrain. D’un
côté, les leaders kosovars ont annoncé qu’ils proclameraient
l’indépendance si aucun compromis n’était alors trouvé. De
l’autre côté, la Serbie avait mis en garde les Nations-Unies
contre des « conséquences imprévisibles » susceptibles de
déstabiliser le monde entier si le Kosovo proclamait
unilatéralement son indépendance à la conclusion des
négociations en décembre, et si l’Occident reconnaissait le
nouvel Etat. A cet égard, la question s’aggrave de plus en
plus et les négociateurs de la troïka ont jusqu’au 10
décembre pour mener à bien une ultime tentative de médiation
et trouver un compromis qui convienne aux deux parties. Elle
doit terminer sa mission, au plus tard à cette date, par un
rapport au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon.
Ce dernier face-à-face entre Serbes et Kosovars était le
premier depuis que les pourparlers sont guidés par la troïka
et le troisième depuis 2005. La troïka a été constituée
après que la Russie a empêché l’adoption au Conseil de
sécurité d’une résolution favorable à une indépendance du
Kosovo sous contrôle international, préconisée au début de
l’année par le médiateur de l’Onu, Martti Ahtisaari. Les
Etats-Unis font pression depuis des mois pour l’indépendance
du Kosovo, quitte à reconnaître unilatéralement une
indépendance autoproclamée de cette province serbe.
Les Européens, qui pourraient jouer un rôle d’arbitre, sont
divisés : la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont
favorables à une reconnaissance en dehors de l’Onu,
concertée avec les Etats-Unis. Mais des pays tels que
l’Espagne, la Grèce ou Chypre, confrontés à des
revendications indépendantistes, sont réticents. Ils
insistent pour que le statut du Kosovo soit réglé par une
résolution de l’Onu. Le Portugal, qui préside actuellement
l’Union européenne, a plaidé pour un plan de rechange si les
discussions échouent et si les Albanais déclarent
l’indépendance. « Les acteurs internationaux, spécialement
ceux qui sont engagés dans les négociations, doivent avoir
un plan pour toutes les situations et tous les scénarios »,
a plaidé le ministre portugais de la Défense, Nuno Severiano
Teixeira.
Maha
Salem