Ukraine.
Les partisans de la mouvance « orange » ont revendiqué lundi
leur victoire aux élections législatives anticipées tenues
la veille. La crise politique que vit le pays depuis
plusieurs mois est cependant loin de prendre fin.
Le flou persiste
Après
le dépouillement de quelque 56 % des bulletins de vote, le
bloc Timochenko, du nom de l’ancien premier ministre Ioulia
Timochenko, a obtenu 33,26 % des voix, le Parti des régions
30,75 % et le parti Notre Ukraine du président Iouchtchenko
15,54 %, selon les résultats partiels publiés lundi. Des
résultants inattendus, le bloc Timochenko a en effet réalisé
une percée de plus de dix points par rapport aux
législatives de mars 2006 (22,29 %). De son côté, le Parti
communiste remporte 5,08 % des voix tandis qu’un petit
parti, le bloc Litvine, obtient 4,17 %, et le Parti
socialiste 3,19 %. Au total, six partis pourraient donc
faire leur entrée à la Rada (Parlement ukrainien). Un
minimum de 3 % des suffrages est requis pour qu’un parti
puisse avoir des élus au Parlement.
Avant même la publication des résultats définitifs, l’égérie
de la Révolution orange, Ioulia Timochenko, a dit vouloir
commencer à engager des négociations pour prendre la tête
d’un gouvernement « orange » pro-occidental. Dans la nuit de
dimanche à lundi, la dirigeante politique, qui fut déjà
premier ministre en 2005, a déclaré vouloir demander au
président de « commencer la formation de la coalition » et
du gouvernement. Les deux leaders, alliés lors de la
Révolution orange démocratique qui porta M. Iouchtchenko au
pouvoir en 2004 mais souvent rivaux depuis, ont promis de
former un gouvernement ensemble en cas de victoire.
Cependant, rien n’est encore joué. Le dépouillement des
bulletins n’était pas encore achevé lundi quand le camp
Timochenko a crié victoire et les résultats restent
suffisamment serrés pour que des renversements de situation
adviennent. D’autant plus que les responsables du scrutin
soulignent que le dépouillement avance lentement dans les
zones industrielles russophones de l’est de l’Ukraine,
bastions du parti du premier ministre Victor Ianoukovitch.
En effet, loin de reconnaître sa défaite, Ianoukovitch a
affirmé que sa formation, le Parti des régions, plus
russophile, est arrivé en tête, ce qui lui donne le droit de
mener les discussions sur la formation d’un nouveau
gouvernement.
D’ores et déjà donc, les deux rivaux semblent ne pas vouloir
lâcher le pouvoir. « Je crois que personne ne peut réduire
ou nier la victoire que l’Ukraine a remportée », a déclaré
dimanche soir Timochenko. « Tout va se résoudre. Dans
quelques semaines, nous tiendrons la première conférence de
presse du nouveau gouvernement », a-t-elle ajouté,
confiante. « Ce soutien important du peuple ukrainien (...)
donne carte blanche au Parti des régions pour former un
nouveau gouvernement performant », a répliqué Ianoukovitch,
l’air sombre, refusant ainsi de reconnaître la victoire de
sa rivale.
Deux conditions
Par ailleurs, le parti présidentiel devrait proposer deux
conditions pour une alliance : soutenir des amendements à la
Constitution renforçant le président et, pour le futur
premier ministre, renoncer à briguer la présidence, écrit le
quotidien Segodnia, proche des courants pro-russes. « La
tentation d’Iouchtchenko de créer une large coalition (avec
M. Ianoukovitch) est toujours grande », estime pour sa part
le quotidien Gazeta 24. Les deux Viktor vont « faire en
sorte de ne pas laisser Mme Timochenko devenir premier
ministre », pronostique aussi Stanislav Belkovski, directeur
de l’Institut de stratégie nationale pour la Russie et
l’Ukraine. Quant à l’analyste Ivan Presniakov, du Centre
international pour les études politiques à Kiev, il estime
que « Timochenko veut le poste de premier ministre comme un
tremplin vers la présidence. (...) Il n’y a pas actuellement
de front orange avec des objectifs communs ».
Les élections anticipées de dimanche visaient à sortir de la
paralysie politique qui s’est installée en Ukraine depuis
plusieurs mois en raison du bras de fer entre le président
et le premier ministre. Iouchtchenko a dissous la Rada en
avril dernier, accusant Ianoukovitch de vouloir tenter un
coup de force, et convoqué ces élections anticipées. Rien ne
permet d’affirmer que le scrutin permettra de voir plus
clair dans l’équilibre des pouvoirs entre Iouchtchenko,
propulsé au pouvoir lors de la « révolution orange » de
2004, et Ianoukovitch, son rival sorti alors perdant de la
confrontation.
Abir
Taleb