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Concerts.
Durant ce mois de Ramadan, jazz et musique soufie se
rencontrent avec Fathi Salama et sa musique soufie d’une
part, et la troupe de jazz fusion Eftekassat d’autre part.
Des représentations un peu partout et durant tout le mois
saint.
Sous le signe de la piété
Qui
dit musique orientale moderne dit Fathi Salama et sa troupe
Charqiyat. Une musique qui attire de plus en plus d’adeptes.
Sur scène, la répartition est faite. Les instruments
occidentaux : l’orgue (Fathi Salama), la basse (Ahmad Hani)
et les percussions (Aymane Sedqi) sont à gauche. Alors que
la tabla (tambour, Ramadan Mansour), les sagats (les
cymbales, Ahmad Al-Gazzar) et le tambour indien (Jack Deep)
… Le reste des instruments orientaux ayant pris place à
droite. On entend les morceaux joués de l’album Camel Dance
aussi bien que d’autres. Mais le programme est en fait
chargé de nouveautés. Fathi Salama nous propose une soirée
de madih (éloges) de Dieu et de son prophète. Il puise dans
la musique soufie et collabore avec l’ensemble de Mohamad
Antar, Monajah.
Charqiyat accueille alors Monajah qui se place au milieu de
la scène. La troupe regroupe trois mounchédines (chanteurs
de louanges) : le cheikh Ihab Younès, Yéhia Abdel-Halim et
Mordi Aboul-Hassan. Mohamad Antar au nay (flûte), et Karim
Sami au luth. Ils débutent leur programme religieux par
chanter Les 99 noms de Dieu. Monajah est spécialiste de la
musique arabe traditionnelle. Son répertoire comprend aussi
bien des chansons profanes, soufies que religieuses. Ces
dernières ont bien marqué la réputation de l’ensemble à
l’étranger. « Mon projet avec Monajah est encore à ses
débuts. J’ai voulu collaborer avec des musiciens
professionnels et ouverts d’esprit qui peuvent s’adapter à
mes arrangements. En plus, l’ensemble de Mohamad Antar
étudie bien la musique traditionnelle et arabe, puise dans
les musiques turque et iranienne qui ont des racines
communes avec la musique arabe. S’ajoute à cela qu’il
maîtrise aussi bien la langue arabe. J’espère pouvoir
présenter ce genre de concert à l’étranger », souligne
Salama, qui a déjà puisé dans la musique religieuse et
soufie. On se rappelle alors son travail en 2004 avec le
Sénégalais Youssou N’Dour. Salama s’est inspiré de la
musique soufie de l’ouest d’Afrique et a travaillé avec ses
dialectes traditionnels. La chanson tube Allah fut le point
d’orgue de la coopération entre Salama et N’dour dans Egypte,
un album très réussi qui a reçu le Grammy Award.
Une
autre expérience de Salama avec la musique soufie, qui
s’avère incontestable, est celle des chansons soufies
répandues dans la ville de Port-Saïd, en Egypte. C’étaient
des anciennes chansons reconnues par les habitants de la
ville et qui ont été transmises d’une génération à l’autre
par la récitation et la répétition, lesquelles ont été
arrangées par le jazzman. « D’une manière générale, la
culture se propage à travers la religion. Si l’on cherche à
avoir une bonne formation musicale, on doit retourner aux
musiques traditionnelles et originales qui ont rapport avec
la religion. Ainsi, la musique soufie garde-t-elle toujours
les origines et les bases fondamentales de la musique arabe
», estime-t-il. Une fusion s’effectue alors entre le jazz
et la musique soufie arabe. Les musiciens de Charqiyat et de
Monajah se rencontrent, jouent des modes arabes tels le
bachraf et le samaï teqil.
Les chanteurs interprètent par exemple Hob rassoul Allah
(l’amour du prophète), accompagnés des instruments de jazz
en parfaite harmonie. La musique de la chanson était prête,
puis les membres de Monajah ont choisi le texte qui leur
convient. Parfois, les mounchédines chantent sans musique,
accompagnés des rythmes de la base ou d’autres instruments.
Dans certains cas, la musique jazzy inaugure la chanson
ensuite viennent les voix des mounchédines et les mélodies
arabes. « La musique arabe est riche aux niveaux du rythme
et de la mélodie. Cependant, elle est pauvre au niveau de
l’harmonie contrairement à la musique occidentale. C’est
pourquoi on a essayé de travailler ce troisième élément, à
savoir l’harmonie. Ainsi, les instruments de jazz
accompagnent-ils et créent-ils les rythmes nécessaires aux
chants soufis », explique Salama. Le programme s’achève par
une chanson inspirée du patrimoine andalou, et plus
particulièrement du Maghreb Sallo ala nabina (prière sur
l’âme du prophète) qui fut totalement arrangée par Fathi
Salama. Une seule phrase se répète différemment au niveau du
chant et au niveau de la musique. La redondance et la
polyphonie équilibrées créent une sorte d’écho accompagnant
toute la chanson. La clarinette de Mohamad Antar y joue un
rôle important. C’est à lui d’ailleurs d’expliquer : « Dans
les pays du Maghreb, influencés par la musique andalouse, la
guitare constitue l’instrument principal de la musique.
Jouer cette chanson avec le nay et les instruments du jazz
n’a pas donné l’ambiance soufie voulue, raison pour laquelle
j’ai eu recours à la clarinette ».
Une
alliance réussie.
May
Sélim
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Empreints de l’inchad traditionnel |
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Tout au long du Ramadan, cinq concerts de musique
soufie-jazzy ont été prévus par la troupe Eftekassat, du 20
septembre jusqu’au 10 octobre. Il est temps d’emprunter à
l’âme religieuse du Ramadan. « Notre objectif est
d’atteindre toujours une sorte d’interaction avec l’autre.
On peut parler d’un instrument de musique, d’un chanteur,
d’un chant, d’une danse folklorique, etc. On aime toujours
expérimenter », lance Amr Salah, pianiste, synthétiseur et
fondateur de la troupe Eftekassat il y a quatre ans,
laquelle se classe comme une troupe de jazz fusion.
L’idée de s’inspirer du chant religieux, de l’inchad
traditionnel, est donc née avec l’arrivée de ce mois saint.
Amr Salah a eu recours à un chanteur de louanges confirmé,
le cheikh Ahmad Hassan. Sous un éclairage verdâtre,
signe de tranquillité et de piété, Amr Salah à l’orgue,
Samer Georges à la basse guitare, Amr Khaïri à la
percussion, Mohamad Medhat au violon, Ousso à la guitare et
Hani Bédeir à la tabla prennent position sur les planches,
accompagnés du cheikh en djellaba et turban blancs. « En
fait, Ahmad Hassan est à l’origine l’imam d’une mosquée. Il
est issu d’une famille de mounchédines très familière au
chant religieux. Le cheikh Ahmad Hassan nous a fait
remarquer que le chant soufi comprend plusieurs phases : la
récitation d’un poème, les ibtéhalats (invocations), les
chants populaires, l’éloge, etc. Allier notre culture
musicale de jazz à celle plus traditionnelle du cheikh était
pour nous un défi à relever », ajoute Amr Salah. Deux
répétitions avant le premier concert ont suffi à elles
seules à nouer l’entente nécessaire. Amr Salah a proposé au
cheikh Hassan de chanter tout ce qu’il retient par cœur et
c’était à la troupe de s’arranger, faisant avec la voix de
l’interprète et ses intonations. Sur ce, les instruments de
jazz accompagnent le cheikh, improvisent le rythme
nécessaire et créent une nouvelle chanson de « jazz soufi ».
Dans une chanson, le cheikh commence par réciter tout seul
un poème faisant l’éloge du prophète. Ensuite, le violon de
Mohamad Medhat l’escorte, puis s’introduisent les autres
instruments joués par les membres de la troupe. S’alternent
alors les pièces jazzy signées par Eftekassat, qui ont
marqué son premier album
Mouled sidi al-latini sorti en mars 2007 et les chansons du
cheikh. Le programme regroupe des œuvres comme Anxious Dance
(danse anxieuse), Dandacha, Titre, etc. Le morceau Sabr
(patience), qui fait partie du répertoire de la troupe, a
inspiré le cheikh à chanter un mawwal sur la patience.
L’interaction entre le monde du jazz et celui du chant
populaire est de mise. Un long mawwal précède une chanson
sur l’amour divin et du prophète. S’entament des dialogues à
l’infini. Le cheikh mélange les genres sur scène, accompagné
de jazzmen qui n’hésitent pas à varier les rythmes.
Fathi Salama, Screwdriver et chanteurs populaires,
le
5 octobre à 22h,
au
centre d’Al-Saqia,
fin
rue du 26 Juillet.
Fathi Salama et Monajah,
le
6 octobre à 21h,
au
théâtre Al- Guéneina,
jardin
d’Al-Azhar, rue Salah Salem.
Monajah,
le
3 octobre à 21h,
à
l’institut Cervantes,
20, rue Boulos Hana, Doqqi.
Eftekassat,
le
10 octobre à 21h,
Ewart
Hall, AUC,
rue
Al-Cheikh
Rihane.
May
Sélim
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