Al-Ahram Hebdo, Arts | Sous le signe de la piété
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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Arts

Concerts. Durant ce mois de Ramadan, jazz et musique soufie se rencontrent avec Fathi Salama et sa musique soufie d’une part, et la troupe de jazz fusion Eftekassat d’autre part. Des représentations un peu partout et durant tout le mois saint.  

Sous le signe de la piété 

Qui dit musique orientale moderne dit Fathi Salama et sa troupe Charqiyat. Une musique qui attire de plus en plus d’adeptes. Sur scène, la répartition est faite. Les instruments occidentaux : l’orgue (Fathi Salama), la basse (Ahmad Hani) et les percussions (Aymane Sedqi) sont à gauche. Alors que la tabla (tambour, Ramadan Mansour), les sagats (les cymbales, Ahmad Al-Gazzar) et le tambour indien (Jack Deep) … Le reste des instruments orientaux ayant pris place à droite. On entend les morceaux joués de l’album Camel Dance aussi bien que d’autres. Mais le programme est en fait chargé de nouveautés. Fathi Salama nous propose une soirée de madih (éloges) de Dieu et de son prophète. Il puise dans la musique soufie et collabore avec l’ensemble de Mohamad Antar, Monajah.

Charqiyat accueille alors Monajah qui se place au milieu de la scène. La troupe regroupe trois mounchédines (chanteurs de louanges) : le cheikh Ihab Younès, Yéhia Abdel-Halim et Mordi Aboul-Hassan. Mohamad Antar au nay (flûte), et Karim Sami au luth. Ils débutent leur programme religieux par chanter Les 99 noms de Dieu. Monajah est spécialiste de la musique arabe traditionnelle. Son répertoire comprend aussi bien des chansons profanes, soufies que religieuses. Ces dernières ont bien marqué la réputation de l’ensemble à l’étranger. « Mon projet avec Monajah est encore à ses débuts. J’ai voulu collaborer avec des musiciens professionnels et ouverts d’esprit qui peuvent s’adapter à mes arrangements. En plus, l’ensemble de Mohamad Antar étudie bien la musique traditionnelle et arabe, puise dans les musiques turque et iranienne qui ont des racines communes avec la musique arabe. S’ajoute à cela qu’il maîtrise aussi bien la langue arabe. J’espère pouvoir présenter ce genre de concert à l’étranger », souligne Salama, qui a déjà puisé dans la musique religieuse et soufie. On se rappelle alors son travail en 2004 avec le Sénégalais Youssou N’Dour. Salama s’est inspiré de la musique soufie de l’ouest d’Afrique et a travaillé avec ses dialectes traditionnels. La chanson tube Allah fut le point d’orgue de la coopération entre Salama et N’dour dans Egypte, un album très réussi qui a reçu le Grammy Award.

Une autre expérience de Salama avec la musique soufie, qui s’avère incontestable, est celle des chansons soufies répandues dans la ville de Port-Saïd, en Egypte. C’étaient des anciennes chansons reconnues par les habitants de la ville et qui ont été transmises d’une génération à l’autre par la récitation et la répétition, lesquelles ont été arrangées par le jazzman. « D’une manière générale, la culture se propage à travers la religion. Si l’on cherche à avoir une bonne formation musicale, on doit retourner aux musiques traditionnelles et originales qui ont rapport avec la religion. Ainsi, la musique soufie garde-t-elle toujours les origines et les bases fondamentales de la musique arabe », estime-t-il. Une fusion s’effectue alors entre le jazz  et la musique soufie arabe. Les musiciens de Charqiyat et de Monajah se rencontrent, jouent des modes arabes tels le bachraf et le samaï teqil.

Les chanteurs interprètent par exemple Hob rassoul Allah (l’amour du prophète), accompagnés des instruments de jazz en parfaite harmonie. La musique de la chanson était prête, puis les membres de Monajah ont choisi le texte qui leur convient. Parfois, les mounchédines chantent sans musique, accompagnés des rythmes de la base ou d’autres instruments. Dans certains cas, la musique jazzy inaugure la chanson ensuite viennent les voix des mounchédines et les mélodies arabes. « La musique arabe est riche aux niveaux du rythme et de la mélodie. Cependant, elle est pauvre au niveau de l’harmonie contrairement à la musique occidentale. C’est pourquoi on a essayé de travailler ce troisième élément, à savoir l’harmonie. Ainsi, les instruments de jazz accompagnent-ils et créent-ils les rythmes nécessaires aux chants soufis », explique Salama. Le programme s’achève par une chanson inspirée du patrimoine andalou, et plus particulièrement du Maghreb Sallo ala nabina (prière sur l’âme du prophète) qui fut totalement arrangée par Fathi Salama. Une seule phrase se répète différemment au niveau du chant et au niveau de la musique. La redondance et la polyphonie équilibrées créent une sorte d’écho accompagnant toute la chanson. La clarinette de Mohamad Antar y joue un rôle important. C’est à lui d’ailleurs d’expliquer : « Dans les pays du Maghreb, influencés par la musique andalouse, la guitare constitue l’instrument principal de la musique. Jouer cette chanson avec le nay et les instruments du jazz n’a pas donné l’ambiance soufie voulue, raison pour laquelle j’ai eu recours à la clarinette ». Une alliance réussie.

May Sélim

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Empreints de l’inchad traditionnel 

Tout au long du Ramadan, cinq concerts de musique soufie-jazzy ont été prévus par la troupe Eftekassat, du 20 septembre jusqu’au 10 octobre. Il est temps d’emprunter à l’âme religieuse du Ramadan. « Notre objectif est d’atteindre toujours une sorte d’interaction avec l’autre. On peut parler d’un instrument de musique, d’un chanteur, d’un chant, d’une danse folklorique, etc. On aime toujours expérimenter », lance Amr Salah, pianiste, synthétiseur et fondateur de la troupe Eftekassat il y a quatre ans, laquelle se classe comme une troupe de jazz fusion.

L’idée de s’inspirer du chant religieux, de l’inchad traditionnel, est donc née avec l’arrivée de ce mois saint. Amr Salah a eu recours à un chanteur de louanges confirmé, le cheikh Ahmad Hassan. Sous un éclairage  verdâtre, signe de tranquillité et de piété, Amr Salah à l’orgue, Samer Georges à la basse guitare, Amr Khaïri à la percussion, Mohamad Medhat au violon, Ousso à la guitare et Hani Bédeir à la tabla prennent position sur les planches, accompagnés du cheikh en djellaba et turban blancs. « En fait, Ahmad Hassan est à l’origine l’imam d’une mosquée. Il est issu d’une famille de mounchédines très familière au chant religieux. Le cheikh Ahmad Hassan nous a fait remarquer que le chant soufi comprend plusieurs phases : la récitation d’un poème, les ibtéhalats (invocations), les chants populaires, l’éloge, etc. Allier notre culture musicale de jazz à celle plus traditionnelle du cheikh était pour nous un défi à relever », ajoute Amr Salah. Deux répétitions avant le premier concert ont suffi à elles seules à nouer l’entente nécessaire. Amr Salah a proposé au cheikh Hassan de chanter tout ce qu’il retient par cœur et c’était à la troupe de s’arranger, faisant avec la voix de l’interprète et ses intonations. Sur ce, les instruments de jazz accompagnent le cheikh, improvisent le rythme nécessaire et créent une nouvelle chanson de « jazz soufi ». Dans une chanson, le cheikh commence par réciter tout seul un poème faisant l’éloge du prophète. Ensuite, le violon de Mohamad Medhat l’escorte, puis s’introduisent les autres instruments joués par les membres de la troupe. S’alternent alors les pièces jazzy signées par Eftekassat, qui ont marqué son  premier album Mouled sidi al-latini sorti en mars 2007 et les chansons du cheikh. Le programme regroupe des œuvres comme Anxious Dance (danse anxieuse), Dandacha, Titre, etc. Le morceau Sabr (patience), qui fait partie du répertoire de la troupe, a inspiré le cheikh à chanter un mawwal sur la patience. L’interaction entre le monde du jazz et celui du chant populaire est de mise. Un long mawwal précède une chanson sur l’amour divin et du prophète. S’entament des dialogues à l’infini. Le cheikh mélange les genres sur scène, accompagné de jazzmen qui n’hésitent pas à varier les rythmes.

Fathi Salama, Screwdriver et chanteurs populaires,

le 5 octobre à 22h,

au centre d’Al-Saqia,

fin rue du 26 Juillet.  

Fathi Salama et Monajah,

le 6 octobre à 21h,

au théâtre Al- Guéneina,

jardin d’Al-Azhar, rue Salah Salem. 

Monajah,

le 3 octobre à 21h,

à l’institut Cervantes,

20, rue Boulos Hana, Doqqi.  

Eftekassat,

le 10 octobre à 21h,

Ewart Hall, AUC,

rue Al-Cheikh Rihane.

May Sélim

 




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