Al-Ahram Hebdo, Arts | Un roi mythe ou le mythe d’un roi
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

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Arts

Télévision. Le Roi Farouq, feuilleton diffusé sur la chaîne satellite MBC1, aborde la vie du dernier monarque d’Egypte. La part de la fiction et de la vérité soulève des polémiques. 

Un roi mythe ou le mythe d’un roi 

Le 29 juillet 1937, le peuple égyptien en ravissement acclamait l’accession officielle au trône d’un jeune roi de dix-sept ans, fraîchement sorti des écoles britanniques. La silhouette mince et athlétique, le sourire timide et charmeur d’un adolescent, le roi Farouq 1er avait aussitôt conquis le cœur des foules. 15 ans plus tard, au crépuscule du 26 juillet 1952, une foule silencieuse, la gorge serrée par un mélange de pitié et de joie, assiste au départ en exil de ce descendant de Mohamad Ali. Le roi déchu est un homme chauve, aux traits gonflés, obèse jusqu’à la laideur, vêtu de l’uniforme d’apparat d’amiral de la flotte, les yeux cachés sous d’épaisses lunettes noires. Il quitte solennellement le palais de Rass Al-Tine, à Alexandrie, pour monter à bord du yacht royal Al-Mahroussa, quittant les territoires égyptiens pour jamais.

Telles étaient les deux images différentes retenues par les Egyptiens de leur dernier souverain ; deux dates qui marquent les limites de cette époque du règne du roi Farouq et qui représentent les points axiaux du feuilleton Al-Malek Farouq (le roi Farouq), écrit par Lamis Gaber et réalisé par le Syrien Hatem Ali.

A suivre les épisodes de ce feuilleton, l’on assiste à une « guerre d’opinions ». Le ravissant dernier roi d’Egypte s’est-il mué en un coureur de jupons accusé de toutes les perversités et vivement critiqué pour son train de vie ostentatoire ? L’œuvre s’attache cependant à décrire ce roi qui se montrait courageux et déterminé, jusqu’à l’adversité, mais qui n’a rien su comprendre au tumulte pré-révolutionnaire.

Pourquoi prendre enfin la décision de consacrer 30 épisodes à celui dont on a toujours caché le vrai visage ? En fait, le projet était prévu l’année dernière, toutefois le réalisateur a préféré remettre l’exécution afin de discuter plusieurs points historiques avec la scénariste, surtout après que la télévision égyptienne a déclaré son intérêt à produire une telle œuvre, manifestant là son désir de discuter cette période de l’histoire d’Egypte. Toutefois, les responsables de Maspéro ont surpris l’équipe du feuilleton par leur changement d’avis, et donc il fallait trouver d’autres producteurs arabes, lesquels ont exigé de vendre la diffusion exclusive du feuilleton à la chaîne arabe, MBC.

Constat d’une période et d’une personne avant d’être celui d’un personnage, le réalisateur Hatem Ali continue d’utiliser ses mêmes éléments techniques et visuels pour peindre un nouveau portrait de ce qu’il affectionne le plus : l’histoire des peuples arabes et de leurs leaders. Avec le ravissant comédien syrien Tayem Al-Hassan en tête d’affiche, le réalisateur s’assure une bonne dose de charme. Admirable dans son rôle pour la plupart de ses fans, Tayem garde pourtant sa capacité de démontrer toujours son talent, premier garant de sa crédibilité dans un tel rôle assez différent pour celui qu’on a connu dans des rôles romantiques. En face de lui, Wafaa Amer dans le rôle de la reine mère Nazli et la jeune Menna Fadali dans celui de la reine Farida. Les paysages somptueux du Caire de la première moitié du XXe siècle accompagnent les années d’ennui des héros au destin royal.

 

Mise en scène soignée

Bien entendu, dans sa première expérience dans le drame télévisé égyptien, Hatem Ali était attendu au tournant par la presse et les fans. Il a quand même été bien aidé par les bandes-annonces depuis longtemps dévoilées, où les images classiques de cette riche production, dont le budget a dépassé les 5 millions de dollars, étaient mixées avec un esprit moderne !

Le réalisateur a mis les petits plats dans les grands. Tournage entre Le Caire et Londres, décors et costumes somptueux et nombreux, casting suréquipé de série, etc. Le générique, assez original, place d’entrée le feuilleton sur un ton classique. La mise en scène est relativement soignée. Une photo sans faute de goût, à part quelques plans de localisation avec un filtre parfois inadéquat. Côté cadrage, même si on est loin d’être dans l’indigence la plus complète, rien qui nous fait sauter au plafond, mais rien non plus de spécialement laid, à part là aussi quelques plans à l’épaule tout à fait convenus. Par ailleurs, la mise en scène manque d’originalité et d’élégance dans les scènes de foule. Dès qu’on dépasse les quatre personnes à l’écran, on se sent perdu dans des cadres serrés et des mouvements de caméra parfois peu calculés. Côté narration, on peut trouver la scénariste et le réalisateur imposant des sauts temporels sans prévenir, mais toujours en respectant l’ordre chronologique. Les événements se déroulent néanmoins tranquillement, dans une espèce de langueur parfois fluviale.

La question est : « Qu’est-ce qu’il a voulu raconter exactement, ce feuilleton ? » S’inspirant de la biographie bien connue du roi, le scénario entend être au plus près de la vérité historique tout en revendiquant la liberté de son coup de pinceau et plaide le droit du monarque à vivre comme il l’entendait. Le Roi Farouq ne prétend pas être une biographie, encore moins une fresque politique, le tandem Lamis Gaber et Hatem Ali évince la nation, et décrit toute une période historique à travers les actions des protagonistes. Ils voulaient, selon eux, y « brosser le portrait d’un jeune homme en quête de son accord majeur, tout en tenant le pouvoir du plus grand peuple arabe ».

Paradoxalement, les états d’âme du roi Farouq ne sont jamais abordés en profondeur. Le réalisateur Hatem Ali, fidèle à son habitude, préfère laisser parler les images. Mais cette fois-ci, cela fonctionne moins bien. Son Farouq s’en tient à une image de charme éthéré et vaguement dépressif. Autre point noir, l’utilisation de tout le casting. Comment, avec un si beau casting, peut-on arriver à une interprétation globale aussi fadasse et sans grand relief, à part les principaux protagonistes ?

Finalement, l’œuvre peut facilement surprendre dans sa conception avec un Farouq tout à fait loin des clichés et qu’on peut finir par apprécier. Ce n’est peut-être pas une grande œuvre dramatique ni artistique, mais qui a, au moins, dans le paysage surchargé de feuilletons de Ramadan, le mérite de ne pas laisser indifférent.

Yasser Moheb

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Entre Histoire et fiction 

« Depuis quelques années, une relecture de la vie de ce roi s’est faite cherchant à démêler les enchaînements entre sa vie privée et sa vie publique. Récemment, une certaine farouqomanie s’est emparée des colonnes de presse, des travaux et de nouveaux projets ont permis une nouvelle approche de son personnage », affirme l’historien Ibrahim Eweida, professeur d’Histoire à l’Université du Caire.

Tour à tour, « jeune souverain gâté »,  « roi abusif » ou « souverain détrôné », il est l’un des rares dans l’Histoire de l’Egypte « à avoir cristallisé autant de passions haineuses, envieuses ou amoureuses, avant de périr en transformant sa vie avec tous ses péchés en destin ».

L’historien Ibrahim Eweida trouve que pour tous les auteurs des œuvres qui l’ont traité comme héros dramatique, le recours aux archives nationales et aux historiens est incontournable. Pourtant, à y regarder de plus près, il n’existe pas d’archives de fond, « c’est-à-dire des archives d’ensemble constituées et organisées par le roi lui-même et conservées en l’état. Seuls quelques trop rares documents émanent de lui », précise l’historien. De quoi rendre difficile l’adaptation du personnage à l’écran. Plusieurs raisons à cela, explique l’historien : « En premier lieu, le roi Farouq était peu producteur d’archives, ou plutôt il n’était pas un grand épistolier, il n’écrivait que contraint ou forcé. Donc, il n’a pas tenu de journal, par exemple, à l’inverse de beaucoup d’autres rois ou leaders ». Et de poursuivre : « En second lieu, les papiers dudit roi, et en particulier les correspondances, ont subi plusieurs vagues de destruction. Nous savons ainsi qu’on a brûlé une grande quantité de ses papiers, au lendemain du 23 Juillet 1952 ».

D’après lui, malgré ses écarts décomplexés par rapport à la réalité des faits historiques, ses omissions ou lacunes manifestes, ses anachronismes, ou encore la très probable ingénuité politique de ses créateurs, le feuilleton touche juste. Autrement dit, l’œuvre respecte l’esprit de la cour du royaume en Egypte pendant les années trente, quarante et cinquante : émeutes, insouciance, égoïsme et de rapides virements de positions.

« Le feuilleton évite ce côté réactionnel, malgré l’évidence de l’empathie avec le roi, un personnage que nous, Egyptiens, et plus encore les admirateurs de la Révolution de Juillet, ne portons pas précisément dans notre cœur », précise l’historien. Et d’expliquer : « C’est dire la complexité que parvient à atteindre l’équipe du feuilleton, peut-être à son insu : tout en racontant les malheurs d’un jeune homme qui se trouve incompris par son entourage, et qui a été avant tout victime des protocoles de la vie politique, vu qu’il n’a pas choisi d’être roi d’Egypte à 17 ans. Bien sûr, l’écrivaine montre son personnage souffrant de ce qui surgit. Mais elle montre aussi à quel point l’événement dépasse sa compréhension. Et ce qui précède est apparu suffisamment irréel pour que le coup d’arrêt qui y sera porté ne paraisse illégitime ».

Pour Eweida, le feuilleton ne quitte jamais le point de vue du roi, sauf pour quelques rares séquences où sa mère reine délibère avec les conseillers. De même, il trouve que l’écrivaine ne présente pas une biographie de Farouq Ier, mais étudie un mythe, celui du roi abdiqué et du jeune homme effronté, créé par les courants misogynes et xénophobes qui transformèrent un jeune roi en un traître nymphomane.

Pour sa part, la scénariste Lamis Gaber réplique, défendant son point de vue présenté dans le feuilleton dont la récolte des informations lui a coûté 15 ans de recherche : « Ce feuilleton n’est pas historique et il n’a rien à voir avec le vrai roi Farouq, que les historiens vont s’empresser de relever tant ils pensent le connaître sans l’avoir jamais rencontré. C’est une œuvre sur notre propre enfermement », affirme la scénariste.

« On l’a assez dit, il ne s’agissait pas de réaliser une œuvre historique classique, une énième reconstitution en costumes pour un personnage historique, mais de partir du point de vue du roi Farouq lui-même, en s’intéressant notamment à ses jeunes années, complétant ainsi un cycle centré sur le basculement entre adolescence et âge adulte, sur la suspension du temps entre deux états. Pour une fois, Farouq est envisagé sous l’angle de son histoire personnelle et non plus seulement à travers le prisme de la Révolution égyptienne de 1952 », explique-t-elle.

Selon la scénariste, l’œuvre essaye de montrer comment des êtres qui n’ont rien choisi de leur existence peuvent être enfermés dans un monde sans avoir conscience de l’extérieur et vont, à force de tourner en rond, se perdre et perdre leur pouvoir. Il détaille également avec quel courage Farouq a souffert, passant d’un monde à l’autre avec des rites de passage et des changements de peau, bien décrits symboliquement, afin de dresser un portrait assez différent.

Yasser Moheb

 

 




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