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Télévision.
Le Roi Farouq, feuilleton diffusé sur la chaîne satellite
MBC1, aborde la vie du dernier monarque d’Egypte. La part de
la fiction et de la vérité soulève des polémiques.
Un roi mythe ou le mythe d’un roi
Le
29 juillet 1937, le peuple égyptien en ravissement acclamait
l’accession officielle au trône d’un jeune roi de dix-sept
ans, fraîchement sorti des écoles britanniques. La
silhouette mince et athlétique, le sourire timide et
charmeur d’un adolescent, le roi Farouq 1er avait aussitôt
conquis le cœur des foules. 15 ans plus tard, au crépuscule
du 26 juillet 1952, une foule silencieuse, la gorge serrée
par un mélange de pitié et de joie, assiste au départ en
exil de ce descendant de Mohamad Ali. Le roi déchu est un
homme chauve, aux traits gonflés, obèse jusqu’à la laideur,
vêtu de l’uniforme d’apparat d’amiral de la flotte, les yeux
cachés sous d’épaisses lunettes noires. Il quitte
solennellement le palais de Rass Al-Tine, à Alexandrie, pour
monter à bord du yacht royal Al-Mahroussa, quittant les
territoires égyptiens pour jamais.
Telles étaient les deux images différentes retenues par les
Egyptiens de leur dernier souverain ; deux dates qui
marquent les limites de cette époque du règne du roi Farouq
et qui représentent les points axiaux du feuilleton Al-Malek
Farouq (le roi Farouq), écrit par Lamis Gaber et réalisé par
le Syrien Hatem Ali.
A suivre les épisodes de ce feuilleton, l’on assiste à une «
guerre d’opinions ». Le ravissant dernier roi d’Egypte
s’est-il mué en un coureur de jupons accusé de toutes les
perversités et vivement critiqué pour son train de vie
ostentatoire ? L’œuvre s’attache cependant à décrire ce roi
qui se montrait courageux et déterminé, jusqu’à l’adversité,
mais qui n’a rien su comprendre au tumulte
pré-révolutionnaire.
Pourquoi prendre enfin la décision de consacrer 30 épisodes
à celui dont on a toujours caché le vrai visage ? En fait,
le projet était prévu l’année dernière, toutefois le
réalisateur a préféré remettre l’exécution afin de discuter
plusieurs points historiques avec la scénariste, surtout
après que la télévision égyptienne a déclaré son intérêt à
produire une telle œuvre, manifestant là son désir de
discuter cette période de l’histoire d’Egypte. Toutefois,
les responsables de Maspéro ont surpris l’équipe du
feuilleton par leur changement d’avis, et donc il fallait
trouver d’autres producteurs arabes, lesquels ont exigé de
vendre la diffusion exclusive du feuilleton à la chaîne
arabe, MBC.
Constat d’une période et d’une personne avant d’être celui
d’un personnage, le réalisateur Hatem Ali continue
d’utiliser ses mêmes éléments techniques et visuels pour
peindre un nouveau portrait de ce qu’il affectionne le plus
: l’histoire des peuples arabes et de leurs leaders. Avec le
ravissant comédien syrien Tayem Al-Hassan en tête d’affiche,
le réalisateur s’assure une bonne dose de charme. Admirable
dans son rôle pour la plupart de ses fans, Tayem garde
pourtant sa capacité de démontrer toujours son talent,
premier garant de sa crédibilité dans un tel rôle assez
différent pour celui qu’on a connu dans des rôles
romantiques. En face de lui, Wafaa Amer dans le rôle de la
reine mère Nazli et la jeune Menna Fadali dans celui de la
reine Farida. Les paysages somptueux du Caire de la première
moitié du XXe siècle accompagnent les années d’ennui des
héros au destin royal.
Mise en scène soignée
Bien entendu, dans sa première expérience dans le drame
télévisé égyptien, Hatem Ali était attendu au tournant par
la presse et les fans. Il a quand même été bien aidé par les
bandes-annonces depuis longtemps dévoilées, où les images
classiques de cette riche production, dont le budget a
dépassé les 5 millions de dollars, étaient mixées avec un
esprit moderne !
Le réalisateur a mis les petits plats dans les grands.
Tournage entre Le Caire et Londres, décors et costumes
somptueux et nombreux, casting suréquipé de série, etc. Le
générique, assez original, place d’entrée le feuilleton sur
un ton classique. La mise en scène est relativement soignée.
Une photo sans faute de goût, à part quelques plans de
localisation avec un filtre parfois inadéquat. Côté cadrage,
même si on est loin d’être dans l’indigence la plus
complète, rien qui nous fait sauter au plafond, mais rien
non plus de spécialement laid, à part là aussi quelques
plans à l’épaule tout à fait convenus. Par ailleurs, la mise
en scène manque d’originalité et d’élégance dans les scènes
de foule. Dès qu’on dépasse les quatre personnes à l’écran,
on se sent perdu dans des cadres serrés et des mouvements de
caméra parfois peu calculés. Côté narration, on peut trouver
la scénariste et le réalisateur imposant des sauts temporels
sans prévenir, mais toujours en respectant l’ordre
chronologique. Les événements se déroulent néanmoins
tranquillement, dans une espèce de langueur parfois
fluviale.
La question est : « Qu’est-ce qu’il a voulu raconter
exactement, ce feuilleton ? » S’inspirant de la biographie
bien connue du roi, le scénario entend être au plus près de
la vérité historique tout en revendiquant la liberté de son
coup de pinceau et plaide le droit du monarque à vivre comme
il l’entendait. Le Roi Farouq ne prétend pas être une
biographie, encore moins une fresque politique, le tandem
Lamis Gaber et Hatem Ali évince la nation, et décrit toute
une période historique à travers les actions des
protagonistes. Ils voulaient, selon eux, y « brosser le
portrait d’un jeune homme en quête de son accord majeur,
tout en tenant le pouvoir du plus grand peuple arabe ».
Paradoxalement, les états d’âme du roi Farouq ne sont jamais
abordés en profondeur. Le réalisateur Hatem Ali, fidèle à
son habitude, préfère laisser parler les images. Mais cette
fois-ci, cela fonctionne moins bien. Son Farouq s’en tient à
une image de charme éthéré et vaguement dépressif. Autre
point noir, l’utilisation de tout le casting. Comment, avec
un si beau casting, peut-on arriver à une interprétation
globale aussi fadasse et sans grand relief, à part les
principaux protagonistes ?
Finalement, l’œuvre peut facilement surprendre dans sa
conception avec un Farouq tout à fait loin des clichés et
qu’on peut finir par apprécier. Ce n’est peut-être pas une
grande œuvre dramatique ni artistique, mais qui a, au moins,
dans le paysage surchargé de feuilletons de Ramadan, le
mérite de ne pas laisser indifférent.
Yasser Moheb
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Entre Histoire et fiction
« Depuis quelques années, une relecture de la vie de ce roi
s’est faite cherchant à démêler les enchaînements entre sa
vie privée et sa vie publique. Récemment, une certaine
farouqomanie s’est emparée des colonnes de presse, des
travaux et de nouveaux projets ont permis une nouvelle
approche de son personnage », affirme l’historien Ibrahim
Eweida, professeur d’Histoire à l’Université du Caire.
Tour à tour, « jeune souverain gâté », « roi abusif »
ou « souverain détrôné », il est l’un des rares dans
l’Histoire de l’Egypte « à avoir cristallisé autant de
passions haineuses, envieuses ou amoureuses, avant de périr
en transformant sa vie avec tous ses péchés en destin ».
L’historien Ibrahim Eweida trouve que pour tous les auteurs
des œuvres qui l’ont traité comme héros dramatique, le
recours aux archives nationales et aux historiens est
incontournable. Pourtant, à y regarder de plus près, il
n’existe pas d’archives de fond, « c’est-à-dire des archives
d’ensemble constituées et organisées par le roi lui-même et
conservées en l’état. Seuls quelques trop rares documents
émanent de lui », précise l’historien. De quoi rendre
difficile l’adaptation du personnage à l’écran. Plusieurs
raisons à cela, explique l’historien : « En premier lieu, le
roi Farouq était peu producteur d’archives, ou plutôt il
n’était pas un grand épistolier, il n’écrivait que contraint
ou forcé. Donc, il n’a pas tenu de journal, par exemple, à
l’inverse de beaucoup d’autres rois ou leaders ». Et de
poursuivre : « En second lieu, les papiers dudit roi, et en
particulier les correspondances, ont subi plusieurs vagues
de destruction. Nous savons ainsi qu’on a brûlé une grande
quantité de ses papiers, au lendemain du 23 Juillet 1952 ».
D’après lui, malgré ses écarts décomplexés par rapport à la
réalité des faits historiques, ses omissions ou lacunes
manifestes, ses anachronismes, ou encore la très probable
ingénuité politique de ses créateurs, le feuilleton touche
juste. Autrement dit, l’œuvre respecte l’esprit de la cour
du royaume en Egypte pendant les années trente, quarante et
cinquante : émeutes, insouciance,
égoïsme et de rapides virements de positions.
« Le feuilleton évite ce côté réactionnel, malgré l’évidence
de l’empathie avec le roi, un personnage que nous, Egyptiens,
et plus encore les admirateurs de la Révolution de Juillet,
ne portons pas précisément dans notre cœur », précise
l’historien. Et d’expliquer : « C’est dire la complexité que
parvient à atteindre l’équipe du feuilleton, peut-être à son
insu : tout en racontant les malheurs d’un jeune homme qui
se trouve incompris par son entourage, et qui a été avant
tout victime des protocoles de la vie politique, vu qu’il
n’a pas choisi d’être roi d’Egypte à 17 ans. Bien sûr,
l’écrivaine montre son personnage souffrant de ce qui
surgit. Mais elle montre aussi à quel point l’événement
dépasse sa compréhension. Et ce qui précède est apparu
suffisamment irréel pour que le coup d’arrêt qui y sera
porté ne paraisse illégitime ».
Pour Eweida, le feuilleton ne quitte jamais le point de vue
du roi, sauf pour quelques rares séquences où sa mère reine
délibère avec les conseillers. De même, il trouve que
l’écrivaine ne présente pas une biographie de Farouq Ier,
mais étudie un mythe, celui du roi abdiqué et du jeune homme
effronté, créé par les courants misogynes et xénophobes qui
transformèrent un jeune roi en un traître nymphomane.
Pour sa part, la scénariste Lamis Gaber réplique, défendant
son point de vue présenté dans le feuilleton dont la récolte
des informations lui a coûté 15 ans de recherche : « Ce
feuilleton n’est pas historique et il n’a rien à voir avec
le vrai roi Farouq, que les historiens vont s’empresser de
relever tant ils pensent le connaître sans l’avoir jamais
rencontré. C’est une œuvre sur notre propre enfermement »,
affirme la scénariste.
« On l’a assez dit, il ne s’agissait pas de réaliser une
œuvre historique classique, une énième reconstitution en
costumes pour un personnage historique, mais de partir du
point de vue du roi Farouq lui-même, en s’intéressant
notamment à ses jeunes années, complétant ainsi un cycle
centré sur le basculement entre adolescence et âge adulte,
sur la suspension du temps entre deux états. Pour une fois,
Farouq est envisagé sous l’angle de son histoire personnelle
et non plus seulement à travers le prisme de la Révolution
égyptienne de 1952 », explique-t-elle.
Selon la scénariste, l’œuvre essaye de montrer comment des
êtres qui n’ont rien choisi de leur existence peuvent être
enfermés dans un monde sans avoir conscience de l’extérieur
et vont, à force de tourner en rond, se perdre et perdre
leur pouvoir. Il détaille également avec quel courage Farouq
a souffert, passant d’un monde à l’autre avec des rites de
passage et des changements de peau, bien décrits
symboliquement, afin de dresser un portrait assez différent.
Yasser
Moheb
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